Du cannabis trop fort peut-il endommager le cerveau ?
Une récente étude du King’s College London a déclenché une épidémie de titres accrocheurs impliquant que l’étude montrait que la consommation de cannabis « skunk » (un raccourci pour désigner une variété de cannabis fortement dosée en THC) augmentait les chances de déclencher des psychoses et ses symptômes liés.
L’étude, qui s’intitule « Effect of High-Potency Cannabis on Corpus Callosum Miscrostructure » (les effets du cannabis fortement dosé sur la microstructure du corps calleux), concluait en fait que sur un nombre limité de participants, un lien existe entre la dégradation de la microstructure du corps calleux, une partie du cerveau qui assure le transfert d’informations entre les deux hémisphères et donc leur coordination, et la consommation régulière de cannabis fortement dosé.
Ces résultats apparaissaient chez les individus avec ou sans psychose, poussant l’équipe de recherche à demander une sensibilisation accrue et d’autres études sur le sujet.
L’étude en détails
L’étude du King’s College fait très attention à maintenir son intégrité scientifique, même avec une absence relative de données sur le cannabis, notamment à cause du manque de recherche sur le sujet liées aux restrictions légales. Les déclarations sont faites avec prudence et un certain degré de certitude lorsqu’elle fait référence à d’autres études.
Les conclusions précises de l’étude sont donc :
« L’usage fréquent de cannabis fortement dosé est associé à une organisation perturbée de la microstructure du cors calleux chez les personnes avec et sans psychose. Comme les préparations très dosées remplacent maintenant les drogues végétales dans de nombreux pays européens, sensibiliser sur les risques d’un cannabis très puissant est crucial. »
Cette étude examine donc l’effet du cannabis sur la structure du corps calleux, en évaluant d’un côté un groupe de 56 personnes ayant connu un premier épisode psychotique, dont 37 fument du cannabis, et de l’autre un groupe de 43 personnes sans psychose, dont 22 consommateurs de cannabis.
Au total, l’étude évalue donc 99 personnes, toutes auto-déclarant leur consommation de cannabis, ainsi que leur historique avec d’autres stupéfiants. En termes de taille de l’échantillon, de reproductibilité et de variables conditionnelles, cette étude a uniquement mis à jour un schéma, qui appelle à ce que de nouvelles études soient menées avec un échantillon plus large et des méthodes plus cohérentes sur les déclarations de consommation.
Une autre variable clinique sur laquelle des précisions devront être apportées est le type de cannabis utilisé par les participants à l’étude. Les patients ont simplement rapporté leur fréquence d’usage et une estimation de si le cannabis qu’ils consommaient pouvait être classé comme « du hash » peu dosé ou « de la skunk » très dosée.
Ces généralisations sont à la source des gros titres déclarant que la Skunk était à l’origine de psychoses chez ses consommateurs. Alors que l’étude a en effet trouvé un lien entre un cannabis très dosé en THC et une augmentation des chances de dommages dans la microstructure du corps calleux, seules 99 personnes ont été étudiées, dont 59 consommatrices de cannabis.
D’autres études sont donc nécessaires pour déterminer les mécanismes profonds du cannabis sur le cerveau, pour assurer un usage du cannabis médical sain et des preuves cliniques strictes.
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