Les effets du cannabis sur la santé
Le cannabis est la substance psychoactive illicite la plus consommée en France, environ 5 millions de consommateurs réguliers selon l’OFDT. Comme toute substance psychoactive, le cannabis a son lot d’effets secondaires. Tout le monde réagit différemment au cannabis, pour de nombreuses raisons, et toute consommation n’entraîne pas d’effets secondaires nocifs (attention à votre frigo quand même !).
Il est toutefois préférable de connaître les effets du cannabis pour en réduire les dommages, particulièrement quand la consommation de cannabis se fait sur le long terme. Ce guide fait le point sur ce qu’on sait vraiment, sans minimiser ni dramatiser.
| Effets à court terme | Risques à long terme | |
|---|---|---|
| Cerveau | Euphorie, modification des perceptions, anxiété possible | Dépendance (10%), effets sur mémoire à l’adolescence |
| Poumons | Irritation si fumé | Problèmes respiratoires chroniques (combustion) |
| Corps | Augmentation appétit, bouche sèche, yeux rouges | Risques cardiovasculaires à haute fréquence |
| Mental | Relaxation, paranoïa possible | Aggravation troubles préexistants |
| Thérapeutique | Analgésique, antiémétique, anxiolytique | Tolérance progressive |
Les effets immédiats ressentis
L’euphorie et la défonce
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les gens consomment du cannabis. Le principal ingrédient psychoactif, le THC, stimule la partie de votre cerveau qui répond au plaisir, à la nourriture ou au sexe. Il libère un produit chimique appelé dopamine, qui entraîne une sensation euphorique, agréable et détendue.
Si vous vaporisez ou fumez de l’herbe, le THC pénètre rapidement dans le sang et produit ses effets en quelques secondes ou minutes. Le niveau de THC atteint généralement un pic en 30 minutes et ses effets peuvent disparaître en 1 à 3 heures. Si vous buvez ou mangez du cannabis, les effets mettront plus de temps à venir, seront plus intenses pour une même dose et resteront plus longtemps.
Certains aliments augmentent aussi les effets du cannabis. La mangue, par exemple, est connue pour exacerber les effets psychoactifs du cannabis en raison de la présence du terpène myrcène qui rend la barrière hémato-encéphalique plus perméable au THC.
Le THC produit ses effets en interagissant avec le système endocannabinoïde — un réseau de récepteurs présents dans tout le corps qui régulent la douleur, l’humeur, l’appétit et le sommeil.
La faim (foncedalle)
Le cliché du consommateur de cannabis qui a faim est bien une réalité. Et si le frigo en paie souvent le prix certaines recherches suggèrent que cela pourrait aider les personnes atteintes du SIDA, du cancer ou d’autres maladies à reprendre du poids. Certaines variétés de cannabis sont aussi connues pour stopper la faim, et donc inverser cet effet.
Les variétés riches en THCV provoquent peu voire pas de foncedalle.
La bouche sèche
Le THC réduit la production de salive en se liant aux récepteurs cannabinoïdes des glandes salivaires. La solution est simple : s’hydrater régulièrement. La sensation persiste quelques heures.
Les yeux rouges
Le THC provoque une vasodilatation, dilatation des vaisseaux sanguins, y compris ceux de la conjonctive. Les yeux rougissent et peuvent devenir secs. Cet effet est variable selon les individus et les variétés. Les changements rapides de température (extérieur/intérieur) l’accentuent. Des gouttes ophtalmiques lubrifiantes peuvent soulager la sécheresse.
La perte de mémoire à court terme
Le THC interfère avec la formation de nouveaux souvenirs en perturbant la transmission dans l’hippocampe. Cet effet est immédiat et temporaire pour la grande majorité des consommateurs — il disparaît en quelques heures après la consommation. Chez les consommateurs très réguliers, des déficits de mémoire de travail persistants ont été observés mais tendent à se résorber après plusieurs semaines d’abstinence.
La léthargie
Certaines variétés, notamment les indica riches en myrcène, peuvent provoquer une sédation marquée et une léthargie parfois difficile à combattre. L’activité physique légère est le meilleur remède. Chez d’autres consommateurs avec d’autres variétés, l’effet est inverse : stimulation et créativité.
Les effets du cannabis sur la santé mentale
Tout le monde n’apprécie pas les effets du cannabis. Sa consommation peut amener de l’anxiété, de la paranoïa, déclencher des crises de panique, voire augmenter la dépression ou aggraver des troubles mentaux déjà existants. Les raisons ne sont pas encore connues scientifiquement.
Anxiété et paranoïa
L’anxiété et la paranoïa sont parmi les effets indésirables les plus fréquemment rapportés. Le THC active l’amygdale, centre de la peur et de la vigilance, et peut déclencher une hyperactivation des circuits d’alerte. Les facteurs de risque sont la dose (effets dose-dépendants), la variété (fort taux de THC, faible taux de CBD), le contexte de consommation, et la prédisposition individuelle à l’anxiété.
Le CBD présent dans certaines variétés module et atténue ces effets anxiogènes du THC. C’est l’une des raisons pour lesquelles les variétés équilibrées CBD:THC sont moins anxiogènes que les variétés THC dominantes actuelles. En cas d’épisode anxieux ou paranoïaque aigu : s’isoler dans un environnement calme, s’hydrater, attendre que les effets passent ; ils sont systématiquement temporaires.
Dépression et troubles de l’humeur
La consommation régulière de cannabis est associée à un risque accru de dépression, mais la causalité reste difficile à établir : les personnes souffrant de dépression consomment aussi plus de cannabis (automédication). Des études longitudinales suggèrent cependant que la consommation heavy à l’adolescence augmente le risque de dépression à l’âge adulte indépendamment des facteurs prédisposants.
Risque de psychose et schizophrénie
C’est l’effet le plus sérieusement documenté. Les consommateurs de cannabis à fort taux de THC ont un risque de psychose significativement plus élevé que les non-consommateurs. Une méta-analyse publiée dans The Lancet Psychiatry (2019) a montré que les consommateurs quotidiens d’herbe à fort taux de THC (> 10%) avaient un risque de trouble psychotique 5 fois supérieur à celui des non-consommateurs. Ce risque est particulièrement élevé chez les personnes génétiquement prédisposées (antécédents familiaux de schizophrénie).
Les effets sur le cerveau
Effets à court terme
Le cannabis perturbe temporairement la concentration, l’apprentissage et la mémorisation. Ces effets sont réversibles et se dissipent en quelques heures à quelques jours selon la consommation. Pour les adultes, la consommation de cannabis ne semble pas avoir d’incidence sur le QI.
Le cannabis peut aussi brouiller les sens et le jugement. Ces effets peuvent varier en fonction de la puissance du cannabis, la manière dont il a été consommé et la quantité de cannabis. Le cannabis peut :
- Renforcer les sens (les couleurs peuvent sembler plus lumineuses et les sons peuvent sembler plus forts)
- Déformer le sens du temps
- Modifier la motricité et rendre la conduite plus dangereuse
- Réduire l’inhibition et faciliter les relations sexuelles à risque
Effets à long terme chez l’adulte
Chez les consommateurs adultes réguliers, des déficits cognitifs légers persistent à l’arrêt mais tendent à se résorber après 1 à 4 semaines d’abstinence. Les études d’imagerie cérébrale ne montrent pas de dommages structurels permanents chez les adultes ayant commencé à consommer après 18 ans.
Effets chez les adolescents
Le cerveau est en développement actif jusqu’à 25 ans environ. Les études d’imagerie sur des adolescents consommateurs réguliers montrent des altérations dans les zones liées à la mémoire, l’apprentissage et la régulation émotionnelle. Des études longitudinales documentent une baisse des performances scolaires et, dans certains cas, une réduction du QI pour les consommateurs intensifs commençant avant 16 ans. Ces effets sont plus marqués et potentiellement moins réversibles que chez les adultes.
Effets du cannabis sur les poumons
Consommé en combustion, le cannabis peut provoquer une inflammation ou une irritation des poumons. Les consommateurs réguliers s’exposent aux mêmes problèmes respiratoires que les fumeurs de cigarettes et à des infections pulmonaires plus régulières.
La vaporisation est une alternative à la combustion qui réduit significativement l’exposition aux irritants et aux produits de combustion. En chauffant le cannabis à une température inférieure au point de combustion (généralement entre 170 et 210°C), elle libère les cannabinoïdes sans produire de goudron ni de monoxyde de carbone. C’est la méthode recommandée par de nombreux médecins pour les patients utilisant le cannabis à usage thérapeutique.
Cannabis et addiction
Environ 10% des consommateurs de cannabis sont dépendants. La dépendance au cannabis influe assez sur la vie du consommateur pour que ce soit visible au niveau social, au travail, à sa santé ou à ses finances. La dépendance physique existe aussi, avec une irritabilité, une agitation, une incapacité à dormir ou un appétit réduit.
Le risque est d’autant plus grand que la consommation commence jeune et se fait en quantité. Les risques de dépendance sont de 1 sur 6 si la consommation commence à l’adolescence. Elle pourrait atteindre 1 personne sur 2 parmi les consommateurs quotidiens.
Cannabis et fertilité
Plusieurs études ont tenté de déterminer les effets du cannabis sur le cycle menstruel féminin. Les niveaux d’anandamide, un des cannabinoïdes produits par le corps, varient tout au long du cycle menstruel. Le THC jouant sur la production d’endocannabinoïde, les phases d’ovulation pourraient s’en trouver chambouler et réduire conséquemment la fertilité féminine. De nombreuses femmes utilisent néanmoins le THC pour réduire les douleurs menstruelles.
Chez les hommes, une réduction de la mobilité et de la concentration des spermatozoïdes a été documentée chez les consommateurs réguliers, généralement réversible à l’arrêt.
Le cannabis peut soulager la douleur et d’autres symptômes
Le cannabis à usage médical fait l’objet d’une expérimentation en France depuis 2021, élargie depuis, avec la délivrance en pharmacie sous prescription médicale stricte. Dans la majorité des pays européens, il est désormais accessible dans des cadres réglementés. Les recherches sur le cannabis à usage thérapeutique montrent généralement qu’il peut être bénéfique sur :
- les douleurs chroniques
- les muscles raides ou les spasmes musculaires dus à la sclérose en plaques
- les problèmes de sommeil pour les personnes atteintes de fibromyalgie, de SEP et d’apnée du sommeil
- l’anxiété
- la perte d’appétit et perte de poids chez les personnes atteintes du SIDA
- les nausées ou vomissements de chimiothérapie
- les crises d’épilepsie
- le Syndrome de Dravet ou syndrome de Lennox-Gastaut
Il intensifie les dangers de l’alcool
Plus d’un buveur sur 10 déclare avoir consommé du cannabis au cours de la dernière année. Le mélange alcool-cannabis double les risques au volant et multiplie les risques de problèmes professionnels ou personnels par rapport à une consommation seule de cannabis ou d’alcool.
Comment éviter les effets secondaires désagréables du cannabis
Il existe différentes façons pour éviter les effets moins agréables du THC :
- choisir des variétés chargées en CBD
- s’en tenir à des petites doses de THC
- microdoser avec un vape pen
- boire beaucoup d’eau
Et si jamais l’effet est trop fort, la principale chose à savoir est qu’il ne peut rien vous arriver. Personne n’est jamais mort d’une surdose de cannabis. Plusieurs astuces pour redescendre plus rapidement existent : douche, sieste, promenade ou boisson sucrée, voire un grain de poivre noir.
Ce que le cannabis ne fait pas
Pour compléter le tableau : aucun décès par overdose directe de cannabis n’a été rapporté dans la littérature médicale. Le cannabis ne provoque pas de toxicité aiguë létale aux doses consommées habituellement — sa dose létale est estimée à plusieurs milliers de fois la dose active, un ratio que même une surconsommation massive ne peut atteindre.
Cela n’en fait pas une substance inoffensive : les risques psychiatriques, cognitifs et respiratoires sont réels. Mais ils sont différents en nature des risques des opioïdes ou de l’alcool.


