Les oligopoles canadiens et californiens du cannabis

production cannabis

Alors que l’industrie du cannabis canadienne se prépare à l’ouverture du marché récréatif, les fusions et les acquisitions vont bon train. La phase actuelle de consolidation voit émerger un oligopole, avec des super-compagnies dominant aujourd’hui largement le marché. La spéculation et les investissements sont également de mise et permettent aux compagnies de procéder à des injections de capital à hauteur de plusieurs millions de dollars.

Les contrats d’acquisition visent en premier lieu les cultivateurs, les chaines de vente au détail et les usines d’extraction permettant aux grands groupes d’avoir main mise sur toute la chaine de valeur du produit, de sa production à sa distribution. Ces derniers augmentent ainsi leur part du marché, qui selon un rapport de la Banque Canadienne Impériale de Commerce pourrait atteindre 4,2 milliards d’euros dès l’année prochaine.

Face à cette ruée vers l’or vert, des marques agroalimentaires telles que Constellation Brand et Starbucks prévoient déjà de s’immiscer dans le marché.

La création d’un oligopole canadien

Le géant du cannabis canadien Canopy Growth a récemment acheté son rival, Hiku Brands, pour 205 millions de dollars, un contrat stratégique qui lui permet d’accéder à la licence de vente au détail de Hiku au Manitoba et à la réputation établie de la marque. Malgré quelques pertes, les investisseurs se pressent à la porte de Canopy Growth et la compagnie continue de croître en bourse. Elle reconvertit certaines productions maraîchères en exploitation de cannabis contre des millions et a déjà réussi à s’implanter dans presque toutes les provinces, via une multitude d’acquisitions, atteignant ainsi des capacités de production considérables.

Un autre géant notable de l’industrie, Aurora Cannabis, a procédé à 14 acquisitions dans les deux dernières années, dont la plus chère de l’histoire du cannabis quand il a acheté pour 2,5 milliards de dollars le producteur MedReleaf. La firme se positionne aujourd’hui en tête du marché de la production.

Depuis janvier 2018, plus de 145 fusions et acquisitions ont été recensées soit le double de l’année 2017 pour la même période. Les pionniers de l’industrie revendent peu à peu leur compagnie à ces conglomérats pour des prix très intéressants. Ces acquisitions donnent l’illusion du choix avec une variété de marques en réalité possédées par quelques super-compagnies.

Les enjeux dépassent le marché intérieur canadien, il s’agit pour ces groupes de devenir des références mondiales. Elles comptent sur un « effet boule de neige » et multiplient les partenariats et acquisitions en Europe, en Amérique du Sud et aux Etats-Unis surfant sur la vague de légalisation du cannabis médical. Canopy Growth est déjà côtée à Wall Street et vient de s’installer au Danemark qui doit tester le cannabis médical pendant quatre ans.

En Californie, une situation similaire

A l’origine, la proposition de loi 64 était structurée à l’avantage des petits et moyens producteurs puisqu’elle n’autorisait qu’une licence par cultivateur et fixait une limite de taille de 22000m² aux exploitations jusqu’en 2022. Elle devait ainsi empêcher la monopolisation du marché par les grandes compagnies mais le texte a été modifié et la restriction de l’accès aux licences supprimée. Il est donc possible de détenir plusieurs licences de production ce qui favorise l’essor d’un monopole.

Le site Marijuana Business Daily estime qu’à l’heure actuelle seulement 12 compagnies détiennent 20% des licences de production : 10 détenteurs de licences possèdent 646 licences ce qui fait en moyenne 65 licences par détenteurs. La firme Organic Green Farms détient, par exemple, 147 licences ce qui équivaut à environ 1,5 millions de m² d’exploitation.

Or, il semble que les petits producteurs luttent pour acquérir des licences alors que les grands groupes bénéficient d’un accès facilité. Une situation injuste que dénonce l’Association des Producteurs de Californie qui a poursuivi en justice le Département californien de l’Agroalimentaire.

Les régulations n’étant pas encore en place, le Bureau de Contrôle du Cannabis peut toujours modifier l’état de fait en amendant le texte pour limiter l’accumulation des licences. Les limites de taille des exploitations, garanties par les licences, avaient pour objectif d’empêcher l’émergence immédiate d’immenses exploitations mais la suppression de la limite de détention de licence est en contradiction avec ces objectifs et met en doute la cohérence de la démarche.

Des limites à la monopolisation

Aux Etats-Unis, chaque Etat ayant son marché et ses propres régulations, l’implantation de grand groupes est limitée par les exigences régionales. Au Colorado par exemple, le prix de la fleur est en train de chuter et les entreprises de production ont du mal à rentabiliser.

Au Canada, la spéculation va bon train mais l’industrie sera-t-elle capable de s’adapter à la réalité du marché et de la demande ? La distribution étant contrôlée par le gouvernement des provinces qui s’approvisionne seulement chez quelques cultivateurs licenciés, l’offre risque d’être peu diversifiée et similaire dans le public ou le privé. Il est possible, cependant, qu’émerge une production locale, plus diversifiée et réputée de meilleure qualité, à l’image du marché de la bière.

Un autre problème relatif à l’industrie du cannabis est l’opacité de l’origine de certains investissements. Selon une enquête du Journal de Montréal, 40% des producteurs agréés bénéficient de financements offshores avec tous les risques que cela comporte.

 

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