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Sativex : histoire d’un blocage à la française

Sativex et le blocage de sa commercialisation

Nous parlons souvent ici du Sativex, le seul médicament à base de cannabis naturel autorisé à la vente en France. Ce spray oral est destiné à soulager la spasticité (la contracture des muscles) chez les malades atteints de sclérose en plaques. Mais quand son nom est évoqué, c’est à chaque fois pour dire qu’il est effectivement autorisé, mais qu’il n’est pas disponible en pharmacie. Et c’est d’ailleurs la seule chose consistante dans cette histoire. Les raisons du blocage du Sativex sont nombreuses. Pourtant une seule est le plus évoquée : le prix. Nous vous livrons ici toutes les informations disponibles sur le sujet.

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Qu’est-ce que le Sativex ?

Le Sativex est un médicament conçu par GW Pharmaceuticals, une entreprise pharmaceutique britannique. Il est commercialisé sous forme de spray oral, composé de doses équivalentes de THC et de CBD naturels. Le Sativex est disponible sur ordonnance dans plusieurs pays d’Europe (Royaume-Uni, Italie, Pologne, Norvège, Espagne) et plus loin (Canada, Nouvelle-Zélande, Israël).

Le Sativex a reçu en janvier 2014 son autorisation de mise sur le marché français (AMM), pour “spasticité de la sclérose en plaques après échec des autres thérapeutiques”, c’est-à-dire là où les autres médicaments ne fonctionnent pas. Et pourtant, pas un malade n’a encore pu s’en procurer.

1er blocage : le prix

Officiellement, le blocage serait le prix. Un spray buccal est vendu 440€, pour une utilisation de 22 jours, à raison de 4 sprays par jour. Ca fait un traitement à 600€ le mois.

Le remboursement recommandé par le Comité économique des produits de santé (CEPS) est de 15%. Après négociations entre le CEPS et Almirall (le laboratoire qui commercialise le Sativex en France), le laboratoire a proposé de baisser le prix à 350€ par spray. Le CEPS demande un prix de 60€ au labo, ce que n’accepte évidemment pas Almirall. Pourquoi le CEPS poursuit le bras de fer alors que le prix proposé par le labo est déjà plus bas que dans tous les autres pays européens (où il n’est pas forcément remboursé d’ailleurs, par exemple en Allemagne) ? Mystère.

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Voilà pour la première raison officielle.

2ème blocage : l’efficacité

La deuxième raison officielle, qui est moins souvent évoquée, est l’efficacité du Sativex. Les services médicaux rendus (SMR) sont faibles sur la spasticité. Il n’est efficace “que” sur 10% des patients, représentant environ 5000 personnes en France. Les effets secondaires du Sativex sont en revanche peu nombreux (bouche sèche, endormissement, etc…). La weed quoi.

Le rapport entre son prix et son efficacité, un produit cher et qui ne servirait « qu’à » 5000 personnes pourrait tenir comme explication. Mais des solutions existent. Son utilisation pourrait être élargie à d’autres douleurs pour pouvoir bénéficier à plus de malades. Mais ça n’a jamais été à l’ordre du jour des réunions du Ministère de la Santé.

Le risque de mésusage est aussi évoqué. Certains “toxicos” pourraient se procurer du Sativex pour un usage “récréatif”. A 400 boules le flacon, on voit mal comment…

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3ème blocage : l’Académie de Médecine

L’Académie de Médecine ou “Une institution dans son temps” comme le dit son site Internet. Dans son temps, ok, mais celui de sa création alors (1820).

Cette académie s’était fortement positionnée contre l’utilisation de cannabinoïdes en médecine, avec des arguments qu’on qualifiera pour le moins d’étranges :

  • La présence de THC, “dans une proportion mal justifiée” (l’Académie ne nous dit pas pourquoi ou ne donne pas de recommandation, sans doute 0 d’ailleurs), et de CBD, “au mécanisme d’action incertain, afin d’amoindrir les méfaits du THC”
  • Le risque de dépendance psychique et physique (une bonne morphine, c’est quand même mieux)
  • Des “interactions médicamenteuses nombreuses et gênantes” (accrochez-vous) avec les benzodiazépines (Xanax quoi) et avec l’alcool. Deux drogues innoffensives finalement.
  • Le risque de prescription hors AMM pour “sevrer les toxicomanes, atténuer les nausées des malades traités par chimiothérapie, rentre l’appétit aux malades atteints de SIDA”, etc…Aider les malades, oui. Mais pas avec du cannabis.

Cette position officielle, qui a participé à bloquer la commercialisation du Sativex, est somme toute logique quand on voit les membres qui la constituent, notamment le Pr Jean Costentin, addictologue, et haute voix de la prohibition du cannabis en France, maintes fois repris sur ses approximations et ses contre-vérités.

L’Académie de Médecine est-elle assez influente pour bloquer un médicament avec des arguments d’une autre époque ? Nous n’avons pas franchement la réponse. Mais cela n’aide certainement pas à accélérer les choses.

Au final…

… ce sont les malades qui trinquent. La plupart des malades que nous avons rencontrés à ce sujet se soignent eux-mêmes, soit par des produits d’importations, soit en jardinant eux-mêmes, ce qui les place bien évidemment dans l’inconfort de l’illégalité. Ce qu’ils n’arrivent généralement pas à comprendre est pourquoi certains médicaments inefficaces sont toujours commercialisés, alors que le Sativex qui a des effets bénéfiques pour leur pathologie ne l’est pas. Ils sont prêts à payer, pour moins souffrir, parfois quasiment retrouver une vie normale. Marisol Touraine aura brillé par son absence sur ce dossier.

Aurélien a créé Newsweed en 2015. Particulièrement intéressé par les régulations internationales et les différents marchés du cannabis, il a également une connaissance extensive de la plante et de ses utilisations.

2 Commentaires

2 Commentaires

  1. kev

    24 janvier 2017 à 19 h 12 min

    « MDR » comme toujours quand on parle du cannabis en France

  2. gh0stwrit3r

    24 janvier 2017 à 22 h 05 min

    La honte d’un système archaïque et dépassé.

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Sativex

Royaume-Uni : un rapport s’oppose au financement du cannabis médical par le NHS

Royaume-Uni : un rapport s'oppose au financement du cannabis médical par le NHS

Au Royaume-Uni, le cannabis médical a été légalisé l’année dernière, après que les parents d’Alfie Dingley et de Billy Caldwell, tous deux atteints d’épilepsie résistante aux traitements, aient publiquement défié les autorités en important illégalement de l’huile de cannabis dans le pays. Depuis, la légalisation est théoriquement effective, mais les régulations et la difficulté à accéder aux médicaments ne permettent pas aux patients de se procurer leur traitement, ou alors à des coûts prohibitifs. Les organes de Santé britannique avaient donc commandé des rapports pour permettre la mise en place d’un système de distribution de cannabis médical efficace. Cependant, alors que le système de santé public (NHS) a publié un rapport cette semaine présentant une série de mesures visant à éliminer les obstacles à la prescription appropriée de cannabis médical, le National Institute for Health and Care Excellence (NICE), a édité un rapport contradictoire.

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Médecins et familles contre le rapport

Le National Institute for Health and Care Excellence est en charge de décider quels produits de santé peuvent être financés par le NHS. Leur rapport a jugé que « le comité n’a pas été en mesure de recommander l’utilisation de médicaments à base de cannabis pour le traitement de l’épilepsie sévère résistante aux traitements, faute de preuves claires de l’efficacité de ces traitements ». Cela a, d’une part, scandalisé les médecins, puisque même s’il reste du chemin à parcourir, les recherches prouvant l’efficacité du cannabis médical existent, et d’autre part, les associations de patients, qui ont vu leur qualité de vie grandement améliorée depuis qu’ils sont traités avec du cannabis médical.

Dani Gordon, médecin canadien qui se spécialise maintenant dans le cannabis au Royaume-Uni, a déclaré que le rapport est « très décevant, car il ne reflète pas ce que nous voyons pour le traitement médical des patients souffrant de douleurs chroniques. Il ne reconnaît pas non plus qu’il s’agit d’un traitement qui améliore la qualité de vie des personnes atteintes de maladies chroniques graves et incurables ». Hannah Deacon, dont le fils Alfie Dingley est l’un des rares patients à avoir reçu une ordonnance du NHS, s’est dite extrêmement déçue également de la décision prise par le NICE. « Des centaines de milliers de personnes utilisent des médicaments à base de cannabis dans le monde et cela a un impact extrêmement positif sur leur santé », a-t-elle déclaré. « De nombreux pays ont légalisé les industries du cannabis à des fins médicales – l’Amérique, le Canada et les autres pays du G7 – et constatent que les preuves sont suffisantes. Le Royaume-Uni insiste pour réinventer la roue sans raison et les personnes qui souffrent sont des patients ».

Cette colère est également partagée par les patients souffrants de sclérose en plaque, puisque le NICE a rejeté le Sativex, un médicament à base de cannabis, au motif que le prix était trop élevé. Le rapport indique que le médicament n’était pas rentable pour le NHS et que des alternatives devraient être utilisées à la place. La Société nationale de la sclérose en plaques a déclaré être amèrement déçue. « Le refus du NICE de recommander du cannabis pour soulager les douleurs musculaires et les spasmes musculaires, ou de financer le Sativex par le NHS, signifie que des milliers de personnes atteintes de SEP continueront à se voir refuser un traitement efficace », a déclaré Genevieve Edwards, directrice des affaires extérieures de la société.

Le cannabis médical est en effet très cher. Les parents de Murray Gray, qui est devenu fin juillet 2019 le premier patient écossais à obtenir une ordonnance pour pouvoir prendre du cannabis médical, paient actuellement £1500 par mois pour se procurer le traitement de leur fils. Ils arrivent pour l’instant à réunir ces sommes grâce à des dons de particuliers, mais Karen Gray espérait que le NHS puisse prendre en charge les médicaments de son enfant. Le rapport de NICE sonne pourtant le glas sur cet espoir.

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Le National Institute for Health and Care Excellence recommande la mise en place de deux essais cliniques. Le Dr Keith Ridge a déclaré : « Nous avons entendu haut et fort les inquiétudes et la frustration des familles des enfants, mais ces recommandations ont pour objectif de nous aider à développer la base de données permettant de comprendre la sécurité de ces produits, et de garantir une éducation et des conseils spécialisés pour aider les cliniciens du Royaume-Uni ».

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