Suivez-nous

Cannabis en France

Ludovic Mendes : « Un assouplissement du cadre réglementaire du CBD doit être bénéfique à tous »

Ludovic Mendes et CBD

Ludovic Mendes est député La République En Marche. Il travaille aujourd’hui notamment sur les sujets du cannabidiol (CBD) et sur la reconnaissance de la possibilité d’une filière chanvre dédiée au bien-être. A l’occasion d’une de ses récentes vidéos, nous lui avons posé quelques questions.

PUBLICITE

Bonjour Ludovic. Tu as diffusé il y a peu une vidéo sur tes réseaux sociaux où tu visitais un CBD shop. Qu’y as-tu vu ?

Tout le monde a en mémoire l’ouverture massive de CBD Shop à l’été 2018 puis la fermeture rapide de la majorité d’entre eux dans les mois qui ont suivis. Depuis plusieurs mois maintenant je travaille depuis l’Assemblée Nationale pour obtenir un cadre juridique clair et stable pour la filière CBD / Bien-être. A ce titre je m’attache à rencontrer le maximum d’acteurs de cet écosystème. Il était donc logique d’aller à la rencontre d’un gérant de CBD Shop Messin mais également de sa clientèle. Rentrer dans un CBD Shop c’est aussi, pour beaucoup de gens, découvrir la multitude de produits qu’on peut obtenir avec du chanvre : des produits alimentaires, des cosmétiques, des e-liquides, des huiles et même des confiseries !

Qu’est-ce qui te pousse à travailler spécifiquement sur le sujet du CBD et du chanvre bien-être ?

C’est avant tout une question de liberté individuelle et de liberté d’entreprendre dont il s’agit. Le chanvre est utilisé en France comme dans le monde depuis des siècles pour des usages très variés. La France est leader européen de la culture du chanvre, peu de gens le savent. Pourtant si nous n’adaptons pas notre cadre législatif afin d’y intégrer les nouveaux usages du chanvre, dont le CBD, nous serons dépassés par des pays comme le Canada qui avancent très rapidement en la matière et dont les filières se développent très vite. J’ai rencontré beaucoup d’entrepreneurs du secteur qui sont aujourd’hui contraints de s’expatrier pour pouvoir exercer leur activité alors même que le CBD est légal en France…

PUBLICITE

As-tu des personnes dans ton entourage qui en utilisent ?

En effet. Je connais beaucoup de personnes qui utilisent des produits au chanvre CBD et ce pour des usages beaucoup plus variés qu’on ne le pense. Un ami qui souffre de problèmes de foie utilise par exemple l’huile de chanvre dans son alimentation car c’est une des rares protéines qu’il supporte bien. D’autres utilisent de l’huile et des infusions CBD pour leur effets relaxant et anti-stress. Je suis moi-même utilisateur de E-liquide au CBD pour ma cigarette électronique, c’est un substitut très intéressant à la nicotine !

Tu es signataire d’une demande d’une mission d’information sur le sujet. La mission d’information a-t-elle été acceptée ? Sur quoi peut-elle déboucher ?

Le principe de cette Mission d’Information a été accepté. Il nous reste maintenant à la mettre sur pied et à l’intégrer dans le calendrier déjà très dense de l’Assemblée Nationale. Cette Mission d’Information doit nous permettre d’auditionner un maximum d’acteurs de la filière CBD (producteurs, extracteurs, retail) mais surtout d’informer nos collègues sur les enjeux. Il y a beaucoup de pédagogie à faire sur cette question. Cela vaut pour l’opinion publique comme pour la classe politique. Il faut par exemple continuellement rappeler que le chanvre bien-être ne comprend que des produits dont la teneur en THC est inférieure à 0.2%. Le chanvre souffre d’une image dégradée en France, souvent caricaturale. Il faut sans relâche expliquer et démontrer que les usages du chanvre sont très variés et bien souvent vertueux. Il faut combattre les clichés qui font que beaucoup de gens pensent trafic et toxicomanie quand on parle de cannabis.

PUBLICITE

Les entrepreneurs français font aujourd’hui face à beaucoup de réticences réglementaires. Les pays alentours ont moins de difficulté à travailler sur le sujet et leurs produits sont vendus en magasin en France et sur Internet, voire en livraison à domicile. Quel message leur adresser ?

Je veux leur dire qu’un certain nombre de députés ont conscience de cette réalité. L’Assemblée Nationale n’est pas un bunker hermétique à la vie du pays. La situation de nombreux entrepreneurs du secteur CBD est compliqué. Certains sont même poursuivis en justice pour de motifs parfois incompréhensibles. En France le cannabidiol est légal et sa vente est autorisée. Pourtant l’utilisation de la fleur de chanvre, qui contient l’essentiel du CBD, demeure interdite. Il est autorisé de produire du CBD de synthèse et de le commercialiser mais pas d’utiliser la molécule extraite de la fleur naturelle. C’est comme si l’utilisation et la commercialisation de la gousse de vanille était interdite mais qu’on pouvait continuer à produire et à vendre de la vanilline de synthèse.

La France est le troisième producteur mondial de chanvre, uniquement sur des utilisations industrielles. Les Etats-Unis ont légalisé le chanvre, CBD inclus, en début d’année et la Chine met les bouchées doubles sur la même production. N’y-a-t’il pas un risque que la France perde cette filière de compétitivité ?

Bien entendu ! Nous prenons du retard vis-à-vis de nombreux pays. C’est vrai pour le Canada ou la Chine mais également pour nos plus proches voisins européens comme le Luxembourg, la Belgique ou l’Italie. Le plus rageant est de constater que la législation européenne autorise l’utilisation complète de la fleur de chanvre… Il y a en France de grands savoir-faire en matière de culture du chanvre mais aussi d’extraction. Nous observons depuis plusieurs années une demande grandissante des consommateurs pour les produits issus de l’herboristerie. Ce mouvement témoigne d’une volonté de consommation plus responsable et de la redécouverte des vertus de certaines plantes que nous avions délaissées. Le chanvre n’échappe pas à cette tendance mais le cadre législatif actuel ne permet pas un développement convenable de cette filière.

Les variétés catalogue de chanvre permettent une production consistante mais faible de CBD au vu des profils d’autres variétés. Te semble-t-il possible d’ouvrir ces variétés pour de la production en intérieur, comme c’est le cas en Suisse par exemple ?

C’est en effet une question qui devra être abordée. Si des variétés offrent un meilleur taux de CBD tout en garantissant le respect des normes de concentration en THC il serait absurde de ne pas envisager leur inclusion au catalogue des variétés autorisées à la culture.

Dans un deuxième temps il faudra peut-être également envisager de rehausser le seuil maximum de THC autorisé. Le parlement européen a récemment envisager de passer à 0.3%, c’est un bon début et les efforts doivent se poursuivre pour atteindre à terme un taux autour de 1%.

La Creuse a déjà commencé à mener des expériences sur du chanvre en intérieur. Appuierais-tu de telles expériences en Moselle ?

La Creuse fait aujourd’hui figure de département avant-gardiste sur cette question en grande partie grâce au travail de mon collègue Jean Baptiste Moreau et d’Eric Correia le président du Grand Guéret. Je serai évidemment très favorable à ce que le département de Moselle soit au rendez-vous de la culture du chanvre. Plus globalement nous devons penser la question de manière globale et ne négliger aucun acteur de la filière. Un assouplissement du cadre réglementaire CBD doit demain être bénéfique à tout le monde, du producteur au distributeur. J’aimerais que cette avancée serve les intérêts des agriculteurs et des entrepreneurs français plutôt que de constater l’augmentation de la consommation de produits quasi exclusivement importés de l’étranger.

Aurélien a créé Newsweed en 2015. Particulièrement intéressé par les régulations internationales et les différents marchés du cannabis, il a également une connaissance extensive de la plante et de ses utilisations.

Cliquez pour commenter

Vous devez être connectés pour poster un commentaire Connexion

Laisser un commentaire

Cannabis en France

Quelle efficacité pour le futur « plan stup' » en France ?

Efficacité du plan anti-stups en France

Edito. 4 ministres étaient réunis ce matin à Marseille pour annoncer la mise en place d’un nouveau plan anti-stupéfiants en France. Grande oubliée de cette réunion ? La ministre de la Santé. Le ton était donné, le cannabis n’est qu’un enjeu répressif. Regroupé autour de 6 thèmes principaux et 55 mesures, l’objectif (louable) est de mettre un grand coup au trafic de drogues en France. Mais si 50 ans de prohibition ont échoué, comment faire ? Passer la « vitesse supérieure » nous dit Castaner.

PUBLICITE

Pour nous qui croyions fortement à l’efficacité de l’amende Poulliat, dont on nous promettait qu’elle allait permettre de déporter les forces de police sur la lutte contre le trafic, c’est une déconvenue certaine. Elle n’est d’ailleurs toujours pas en application, comme l’expliquait ce matin David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale sur France Info, qui n’y voit qu’un « outil », à condition de « pouvoir encaisser [et] prélever cette amende ». Dommage de ne pas y avoir pensé plus tôt. Nicole Belloubet a précisé plus tard qu’elle le serait courant 2020.

55 mesures donc, et aucun objectif de fixé. Ce sera ainsi plus facile de communiquer sur la réussite de ce plan, qui va à rebrousse-poil de tout un contexte international. Tout le monde connaît évidemment la situation du cannabis en France : pays le plus répressif et premier consommateur de cannabis en Europe.

Alors que l’échec de la répression sur la consommation de drogues est désormais internationalement reconnu, que le Luxembourg va légaliser le cannabis, que les Pays-Bas passent en partie à une production nationale encadrée et régulée, que le Portugal a dépénalisé toutes les drogues en 2001, comme tous nos voisins ensuite, alors même que notre ministre de l’Intérieur était un fervent défenseur de la légalisation du cannabis, alors que 33 Etats américains ont légalisé le cannabis médical et 11 le cannabis récréatif, que le Canada et l’Uruguay l’ont fait, que le Mexique et l’Afrique du Sud ont déclaré son interdiction inconstitutionnelle et sont en train de légiférer, l’exécutif français n’a finalement qu’un mot à la bouche : répression.

Omo lave plus blanc que blanc

La future répression à l’égard des trafics s’appuiera notamment sur ces 6 grands points :

PUBLICITE
  • remplacer l’OCRTIS par l’Ofast, pour « oublier » les nombreuses affaires d’importations illégales de cannabis. Le nouvel organe sera muni de 150 enquêteurs et de 16 antennes territoriales
  • renforcer la remontée d’informations sur l’état du marché, à la fois statistique via la MILDECA (qui a déjà du mal à dissocier chanvre et cannabis) et pragmatique via par exemple des cartographies des points de deal
  • création d’un plan-poucave, pour dénoncer plus facilement le dealer le plus chaud de ta région
  • saisir davantage les biens des mis en examens
  • renforcer la coopération internationale, notamment avec le Benelux. Ce sera peut-être l’occasion de regarder du côté des Pays-Bas et du Luxembourg.
  • et globalement augmenter les budgets dédiés à la lutte contre les trafics

Hormis les innovations techniques et les nouvelles techniques d’enquête, le plan reste sur la même ligne que ces 50 dernières années. La prévention sera adressée via les risques sanitaires et pénaux. Et la prise en charge des addictions évacuée au grand plan 2018-2022 qui ne promettait là aussi rien de nouveau. La lutte contre les stupéfiants coûtait déjà 680 millions d’euros par an en France, sans 1 seul centime de gain. Même Hadopi n’en avait pas rêvé.

Et pourtant, un échec couru d’avance

S’il est aussi typiquement Français de jouer les oiseaux de mauvaise augure, voici ce qui pourrait nous mettre objectivement sur la piste d’un énième échec de politique publiques des drogues en France :

  • La répression échoue depuis 50 ans en France.
  • Christophe Castaner ne croit pas à son plan. Il le disait lui-même il y a tout juste 4 ans à propos du trafic de cannabis : « c’est pas la sanction qui empêche le trafic ».
  • le Mexique, qui a envoyé l’armée contre les cartels et lancé une guerre à la drogue qui a fait plus de 100 000 morts, finit par légaliser.
  • plus un produit est prohibé, plus il est intéressant pour le marché noir. C’est en tout cas la conclusion d’une étude belge sur les trafics en Belgique.
  • les circuits d’acquisition du cannabis ne se limitent plus au four. La mesure 13 du plan propose d’ailleurs d’engager une réflexion « pour améliorer la surveillance du vecteur postal ». Si c’était toutefois la seule…
  • le succès d’une politique de répression ne peut seulement se réjouir d’une hausse des saisies. Ce chiffre ne veut rien dire. Tout au plus il dénote d’un regain d’activité des Douanes. Mais sans savoir ce qui n’est pas saisi, ce chiffre ne sert qu’à se regarder le nombril. 500 tonnes sont consommées chaque année en France. Se féliciter d’en avoir arrêté 100, sans non plus préciser si elles étaient destinées au marché français, n’est que du chiffre. Pas de l’efficacité.
  • si tant est que l’offre se raréfie, et c’est fortement improbable désormais, le seul consommateur en fera les frais : produits plus chers, plus coupés, plus forts, cartouches de THC avec des diluants mortels, cannabinoïdes synthétiques… Mais pas moins disponibles

« La France ne sera pas le terrain de jeu des trafiquants », a conclu le ministre en fin de présentation. Tous ces éléments, et les quelques 50 dernières années dans le monde, nous poussent au contraire à croire que les seuls gagnants de ce plan anti-stups seront bien les trafiquants.

Continuer la lecture

Trending

Ne manquez aucune news, abonnez-vous à notre newsletter !

1 newsletter par semaine, pas de pub !

0