Le cannabis, un enjeu électoral pour la prochaine présidentielle américaine

bureau oval présidence Etats-Unis

Les prochaines élections présidentielles américaines se tiendront en novembre 2020. On sait déjà que Trump sera le candidat républicain mais la candidature démocrate est toujours vacante. Pour l’instant, 7 démocrates se sont lancés dans la course à la présidentielle et certains d’entre eux, s’ils s’avèrent qu’ils deviennent président, pourraient légaliser ou décriminaliser le cannabis à l’échelle fédérale. Dans tous les cas, la popularité grandissante du cannabis aux Etats-Unis fait de la réforme des lois un élément clé des débats et stratégies électorales de la présidentielle.

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Kamala Harris

La dernière en date à avoir rejoint la course présidentielle, Kamala Harris, a commencé sa carrière comme procureure de San Fransisco puis procureure générale de Californie avant de devenir sénatrice. Elle milite avant tout pour une réforme de la justice criminelle. Selon elle, la prohibition n’a conduit qu’à l’emprisonnement de masse et la criminalisation disproportionnée des personnes de couleurs. Elle recommande de traiter les toxicomanes comme des malades et non des criminels. « La guerre contre la drogue a été un échec abject » a-t-elle déclaré.

Elle a d’abord milité pour la dépénalisation fédérale du cannabis mais aujourd’hui elle a carrément pris le parti de la légalisation – ce qui lui a valu d’être noté A dans le classement des politiciens pro-légalisation de NORML. Kamala Harris a notamment ajouté son nom à la proposition de loi du sénateur Cory Booker, le CARERS Act, qui visait à retirer le cannabis de la liste des substances contrôlées fédéralement et à pénaliser les Etats dont les lois sur le cannabis visent de manière disproportionnée les communautés de couleurs.

Elle a également signé le SAFE banking act pour permettre aux entrepreneurs du cannabis d’avoir accès aux services financiers et bancaires mais globalement, comparé à d’autres candidats, elle a soutenu peu de réformes sur le cannabis. Néanmoins, quand Jeff Sessions a annulé le Cole memo qui protégeait les lois sur le cannabis des Etats, elle s’y est opposée et a qualifié sa vision de rétrograde : « Cette administration et Jeff Sessions veulent nous ramener au Moyen-Age » a-t-elle déclaré lors d’un discours au Centre du Progrès Américain.

Mais c’est dans son livre récemment publié, The Truths We Hold, qu’elle se positionne clairement pour la légalisation du cannabis et une forme de justice rétroactive. Elle recommande de non seulement « légaliser le cannabis et le réguler » mais aussi « d’effacer les infractions non-violentes liées au cannabis des casiers judiciaires de millions de personnes qui ont été arrêtées et incarcérées pour que ces personnes puissent continuer une vie normale ».

Tulsi Gabbard

Membre du Congrès depuis 2013, Tulsi Gabbard représente actuellement Hawaii au Sénat. Elle s’est plusieurs fois positionnée en faveur d’une réforme des lois sur le cannabis et a notamment apposé sa signature au CARERS Act de Cory Booker. Elle a été classée B+ par NORML, pourtant elle a soutenu plus d’initiatives législatives sur le cannabis que sa collègue Kamala Harris dont une pour protéger les programmes de cannabis médical étatiques des interférences fédérales, une autre pour légaliser le chanvre, une encore pour protéger les banques qui offrent leurs services aux business du cannabis et d’autres pour combler les nombreuses incompatibilité des lois étatiques et fédérales sur le sujet. Enfin, elle a signé des propositions de loi pour faire tomber les barrières à la recherche et supprimer le CBD de la liste des substances contrôlées. Elle a notamment été le principal sponsor démocrate d’une mesure visant à déclasser le cannabis au niveau fédéral.

Quand Jeff Sessions a annulé le mémo elle a protesté et posté un long thread twitter qui nomment les principales victimes de la décision : les vétérans, les malades et leurs familles et les consommateurs injustement criminalisés. Elle a également mis en avant le rôle prometteur du cannabis en médecine et son potentiel pour combattre la crises des opioïdes.

Selon elle, les politiques fédérales actuelles ne sont pas fondées sur des preuves scientifiques et des faits mais sur « des stigmas inappropriés et des mythes dépassés » : « Pendant des décennies, les mauvaises données et la désinformation ont nourri la Guerre contre la Drogue qui a gâché des milliards de dollars des contribuables pour incarcérer des américains pour des infractions non-violentes liées au cannabis ».

Kirsten Gilibrand

Kirsten Gilibrand, également sénatrice et représentante de New York, défend depuis quelques années déjà la légalisation du cannabis. Elle a co-sponsorisé de nombreuses propositions de lois et aborde fréquemment le thème sur les réseaux ce qui lui a valu un A dans le classement NORML. Elle a notamment co-sponsorisé le CARERS Act et le Marijuana Justice Act de Cory Booker qui visait à mettre fin à la prohibition fédérale et à réparer les torts qu’elle a causés à certaines communautés. « Des millions d’Américains ont vu leur vie détruite à cause de nos politiques défaillantes sur le cannabis, et particulièrement les personnes de couleurs et les communautés pauvres » explique la sénatrice dans un communiqué de presse.

Elle a également co-sponsorisé des propositions de loi visant à protéger les programmes de cannabis médical des interférences fédérales, à rendre plus accessible la recherche sur le cannabis et à légaliser le chanvre (c’est chose faite aujourd’hui). Elle a surtout pris le parti des patients en s’engageant pour défendre leur droit au cannabis médical. Quand Jeff Sessions a annulé le Cole memo, elle a qualifié la décision « d’attaque contre les patients, les vétérans et les enfants » et l’a accusé d’être « ignorant » voire de « servir les intérêt de Big Pharma » à qui elle impute la crise d’overdoses aux opioïdes qui frappe actuellement les Etats-Unis. Elle envisage d’ailleurs le cannabis comme une alternative aux opioïdes et a souligné le paradoxe de ceux qui disent qu’il faut plus de recherche pour légaliser le cannabis médical alors que ce sont précisément les lois actuelles qui empêchent la recherche.

Si elle venait à être présidente, il y a fort à parier que les lois fédérales sur le cannabis changeraient. Elle le dit elle-même : « le cannabis est une question de justice sociale et de morale que le Congrès doit adresser pour aider à réparer des décennies d’injustice causées par nos politiques de drogue nationales erronées ».

Elizabeth Warren

La sénatrice Elizabeth Warren est devenue une référence en matière de modernisation des lois sur le cannabis. Notée A par NORML, elle a notamment sponsorisé le STATE Act, une initiative bi-partisanne qui vise à protéger les Etats des interférences fédérales.

Elle a également co-sponsorisé au moins six autres propositions législatives majeures sur le cannabis dont le CARERS Act et le Marijuana Justice Act, le SAFE Banking Act et le Marijuana Businesses Access to Banking Act dès 2015. Elle a également envoyé une série de lettres à l’administration Trump pour souligner que le cannabis était un remède potentiel pour combattre la crise des opioïdes, pour protester contre la répression fédérale et pour la restauration du Cole Memo.

« Nos politiques actuelles sur le cannabis sont injustes et insensées. C’est pourquoi je me bats pour la réforme » explique la sénatrice sur son site internet. Dans un communiqué de presse consécutif à la rédaction du STATES Act, Warren déclare : « les lois fédérales dépassées sur le cannabis ont perpétué notre système de justice criminelle défectueux, créé des barrières pour la rechercher et empêché le développement économique ». Si elle est élue présidente, elle réformera à coup sûr les lois sur le cannabis.

Julio Castro

Contrairement aux autres candidats, Julian Castro, ancien maire de San Antonio Texas et ancien secrétaire au Logement et au Développement urbain dans l’administration Obama, n’a jamais été membre du Congrès et n’a donc pas eu l’occasion de voter sur ou de sponsoriser des réformes sur le cannabis. Il n’a pas non plus fait beaucoup de déclarations sur le cannabis sur les réseaux mais a cependant critiqué l’administration Trump pour avoir tenté d’interférer avec les lois des Etats sur le cannabis. Interrogé il y a cinq ans de cela, il avait toutefois déclaré qu’il considérait que le sujet méritait « un examen plus minutieux et plus d’analyses ».

Richard Ojeda

Vétéran et ancien membre du Congrès où il a cédé sa place en novembre pour se consacrer pleinement à sa campagne présidentielle, le populiste Richard Ojeda défend depuis longtemps la réforme des lois sur le cannabis et fait campagne pour la légalisation du cannabis médical.

Lorsque Jeff Sessions a annulé le Cole Memo, le vétéran a déclaré : « Il n’y a qu’un seul moyen d’empêcher Jeff Sessions d’attaquer les patients. Il est GRAND temps de décriminaliser le cannabis, de le faire passer à l’échelon 4 [de la liste des substances contrôlées] et de légaliser le cannabis médical à l’échelle fédérale ».

John Delaney

John Delaney, représentant du Maryland au Congrès depuis 2013, s’est lancé dans la course à la présidentielle dès 2017. Il n’est pas très actif sur twitter ou dans les médias mais dès 2014 il a voté en faveur de deux amendements pour protéger les banques et les Etats de l’interférence des lois fédérales. Quand Jeff Sessions a annulé le Cole Memo, il a déclaré : « Le Cole Memo fournissait une guidance claire à une situation conflictuelle. Sa révocation va restaurer la confusion et miner la volonté des électeurs dans plusieurs Etats ». Entre autre, Delaney a reçu une note de 100% par Americans for Safe Access, une organisation qui milite pour la légalisation du cannabis.

La réforme des lois sur le cannabis sera un enjeu de la course à la présidence de 2020. Alors que la légalisation gagne en popularité parmi les électeurs, Démocrates et Républicains se saisissent de la question à mesure qu’elle devient aussi un enjeu électoral. D’ailleurs, la plupart des candidats pro-légalisation cités ici ne soutenaient pas la légalisation il y a de ça cinq ans voire s’y opposaient. Interrogée sur la question en 2014, Kamala Harris avait ri au nez d’un journaliste, Elizabeth Warren avait accusé un de ses opposants de vouloir « défoncer » les américains et Kirsten Gilibrand avait voté contre un amendement qui protégeait les Etats en 2007. Faut-il y voir une forme d’opportunisme politique ou simplement la fin d’une époque où les décideurs se satisfaisaient des stéréotypes prohibitionnistes sur le cannabis ?

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