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Cannabis et élection présidentielle : que proposent les candidats ?

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Candidats à la présidentielle et cannabis

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, retour sur les positions des candidats français à l’élection présidentielle vis-à-vis du cannabis. Et si le sujet revient à chaque élection, le contexte européen a beaucoup changé depuis 5 ans.

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Côté médical, la France a (un peu) avancé sur le sujet, en lançant une expérimentation où 1500 patients se soignent avec du cannabis. Côté récréatif, la légalisation progresse dans plusieurs pays. Malte a légalisé et les voisins allemands et luxembourgeois s’y préparent.

Même si une avancée légale autour du cannabis pourrait arriver par un autre chemin que la politique – notamment par les tribunauxNewsweed vous aide à y voir plus clair. Faisons le point sur le programme des douze candidats à l’élection présidentielle.

4 candidats pour légaliser, 4 pour plus de sanctions, 2 pour un débat, 1 pour le statu quo, 1 pour dépénaliser

Commençons par une vue d’ensemble. Quatre candidats à l’élection présidentielle veulent autoriser la vente de cannabis : Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Yannick Jadot (Les Verts), Jean Lassalle (Résistons) et Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste).

Emmanuel Macron (La République en marche) veut maintenir le statut légal actuel, mais donner plus de moyens aux policiers et gendarmes pour faire cesser les trafics.

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Quatre candidats veulent eux renforcer les sanctions pénales pour consommateurs et vendeurs : Valérie Pécresse (Les Républicains), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France). Marine Le Pen (Rassemblement national) et Eric Zemmour (Reconquête).

Deux candidats souhaitent se donner un peu de temps. Anne Hidalgo (Parti socialiste) veut organiser une « conférence de consensus » avec les maires ; Fabien Roussel (Parti communiste) prévoit un « débat démocratique ».

Une candidate se démarque en prévoyant la dépénalisation : Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière). Pour faire la différence avec la légalisation, c’est par ici.

Légalisation et dépénalisation : un quasi-monopole de gauche et extrême-gauche

Trois candidats de gauche (Mélenchon, Jadot, Poutou) veulent donc légaliser le cannabis en France. Dans leurs projets, cette mesure prend plusieurs formes. On peut aussi compter sur Jean Lassalle, le seul candidat pro-légalisation n’appartenant pas à la gauche. Enfin, Nathalie Arthaud ne veut pas légaliser, seulement dépénaliser.

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Jean-Luc Mélenchon : légalisation avec « monopole d’État »

Dans son programme, Jean-Luc Mélenchon penche pour un « monopole d’État », à l’image du Québec ou de l’Uruguay. Pour le candidat La France Insoumise, l’État français devra encadrer toute la chaîne. Ainsi, « la consommation, la production et la vente de cannabis » seraient un monopole public, un peu comme La Poste dans le courrier.

Pour lui, les taxes récoltées par les ventes de cannabis devront viser « des programmes de lutte contre les addictions, notamment en milieu scolaire ». Enfin, Mélenchon souhaite « confier le pilotage de la politique de lutte contre les drogues au ministère de la Santé et non plus de l’Intérieur ».

Yannick Jadot : légalisation avec entreprises « encadrées »

Yannick Jadot, lui, souhaite un modèle plus libéral. Il prévoit « des producteurs et des distributeurs strictement encadrés ». Même si ce n’est pas écrit noir sur blanc, on devine chez le candidat écologiste un modèle de licence. Dans ce cas de figure, une entreprise doit obtenir un accord de l’État pour produire ou vendre du cannabis. C’est le cas dans de nombreux États américains.

Concernant la taxation, le candidat envisage « cinq à six milliards d’euros » récoltés sur les ventes, dans un entretien à Konbini. Il souhaite que cet argent aille vers « les politiques de santé et de prévention des drogues ». Comme Mélenchon, l’écologiste envisage « une approche de santé publique plutôt que policière […] pour gérer efficacement et dignement le sujet des drogues ».

A noter que Béchir Saket a en partie rédigé le volet « santé » du programme de Yannick Jadot. Il est le cofondateur de l’association L630 avec Yann Bisiou, et est très engagé pour une légalisation du cannabis.

Philippe Poutou : pour une « légalisation »

Philippe Poutou parle simplement dans son programme de « légalisation du cannabis », sans donner plus de détails.

Jean Lassalle : légalisation « strictement encadrée »

Jean Lassalle est le dernier candidat à vouloir légaliser le cannabis.  Dans son projet, il affirme vouloir « strictement encadrer sa vente et dédier une grande part des recettes à la lutte contre l’addiction ». Il dénote, d’abord parce que le député des Pyrénées-Atlantiques n’est pas de gauche, plutôt de centre-droit. Il est surtout défenseur des communes rurales. Comme ses collègues de la Creuse, il voit dans le cannabis une opportunité pour redresser des territoires délaissés.

Nathalie Arthaud : « dépénaliser pour mettre fin à la répression »

De l’autre côté, Nathalie Arthaud est la seule à prévoir une dépénalisation. Cela « mettrait fin à la répression contre les consommateurs et les revendeurs » a dit la candidate de Lutte Ouvrière pour le site VIH.org. Elle ne veut pas aller plus loin et légaliser le cannabis, au vu des « enjeux financiers dans ce secteur », notamment « ceux qui souhaitent la légalisation du cannabis sont ceux qui veulent en vendre légalement ».

Le statu quo, volonté de Macron

Il est le seul dans son couloir. Emmanuel Macron marche sur un fil. Il ne veut pas renforcer les sanctions pénales pour les trafiquants, comme droite et extrême droite ; il ne veut pas non plus légaliser ou dépénaliser. Pour le président sortant, il faut plutôt une police et gendarmerie plus efficace contre les trafics.

Emmanuel Macron : « pas favorable à la légalisation du cannabis »

Le programme du président sortant ne contient pas de proposition autour du cannabis, preuve de sa volonté de ne pas changer la loi. « Je ne suis pas favorable à la légalisation du cannabis. Si on légalisait, [les trafiquants] se déplaceraient vers d’autres formes de criminalités », justifie Emmanuel Macron lors de la présentation de son programme face aux journalistes.

Le candidat ne veut pas changer la loi, mais reprend les mots de son ministre de l’Intérieur sur le « harcèlement des points de deal » de cannabis. S’il est réélu, il souhaite « un quart à un tiers des forces de sécurité supplémentaires dédiées à la lutte contre les trafics de stupéfiants ».

Enfin, Emmanuel Macron veut « augmenter » l’amende de 200 euros infligée aux consommateurs de cannabis. Cette amende pourrait bientôt viser les « guetteurs et les trafiquants ».

A noter que le président sortant a beaucoup évolué sur le sujet. En septembre 2016, quelques mois après avoir fondé En Marche, il voyait une « forme d’efficacité » dans la légalisation du cannabis.

Plus de sanctions contre les trafiquants, rengaine pour droite et extrême-droite

Valérie Pécresse : des « peines planchers » pour les trafiquants

Le mot « cannabis » n’apparaît pas une seule fois dans son programme, mais la présidente de la région Île-de-France mentionne les « trafiquants » à plusieurs reprises.

Valérie Pécresse souhaite imposer des « peines planchers », c’est-à-dire minimale, aux « trafiquants de stupéfiants », sans donner plus de détails. Elle envisage aussi « d’exclure » de l’accès au logement social les personnes « condamnées pour trafic ».

Nicolas Dupont-Aignan : « cinq ans » de prison minimum pour les trafiquants

Comme Valérie Pécresse, le mot « cannabis » n’apparaît pas dans le projet de Debout la France. Comme Valérie Pécresse, il propose de « renforcer considérablement l’arsenal répressif ». Pour lui, il faut viser les trafiquants, en leur imposant une « peine plancher de cinq ans d’emprisonnement », alors que la peine « moyenne » pour un petit dealer est de un à deux ans de prison.

Aussi, Nicolas Dupont-Aignan veut « déchoir systématiquement les binationaux et expulser les étrangers coupables de trafic de drogue ».

Marine Le Pen : amende ou prison ferme

Le programme de la candidate du Rassemblement Nationale n’est pas très clair en ce qui concerne le cannabis. Elle aussi en parle en mentionnant le « trafic de drogue », mais ne donne pas plus de détails dans son projet présidentiel. Dans le volet « sécurité », Marine Le Pen évoque la fin du « rappel à la loi » pour la « détention de stupéfiants », qui est selon elle un « encouragement ». Pour elle, « deux types de peines peuvent être compris par les délinquants et les criminels : les amendes et la prison ferme ».

Pour en savoir plus, il faut écouter Marine Le Pen dans les médias. Sur France Bleu Vaucluse, elle considère que la légalisation n’est « évidemment pas la solution », et propose « d’adapter les peines des dealers en fonction des kilos ou des grammes de drogue qu’ils détiennent ».

Eric Zemmour : une politique « féroce »… puis légalisation possible si ça ne fonctionne pas

Le candidat n’est pas non plus très prolixe sur ses mesures liées au cannabis. La plante est, là aussi, associée au trafic de drogue qu’Eric Zemmour veut « anéantir ». Pour cela, l’ancien polémiste veut créer une « force nationale regroupant les services de police et de justice, les douanes et l’administration fiscale, notamment pour multiplier les saisies contre les trafiquants ».

Comme Valérie Pécresse, il souhaite « expulser automatiquement les trafiquants de drogue et leurs familles des logements sociaux ».

Mais la position du candidat d’extrême-droite n’est pas figée dans le temps. « Nous devons d’abord appliquer avec férocité une politique répressive contre le trafic de drogue (…) ce n’est qu’ensuite, si elle échoue vraiment, que nous devons réfléchir à la suite », déclarait-il pendant une conférence à Béziers. Une originalité pour sa famille politique.

Un grand absent : le cannabis thérapeutique

Ce n’est pas faute d’avoir cherché. Notre surligneur était prêt à colorer tous les mots liés au « cannabis médical » ou encore « thérapeutique », voire concernant « l’expérimentation » en cours depuis le printemps 2021. Malheur ! Nous n’avons rien trouvé. Pas une ligne, aussi surprenant que cela puisse paraître. Même chez les deux candidats les plus avancés sur la légalisation du cannabis – Mélenchon et Jadot.

Aucun des douze candidats ne dit si l’expérimentation, censée s’arrêter au printemps 2023, doit continuer. Personne ne précise s’il souhaite faire de nouvelles recherches scientifiques sur le sujet.

Il y a bien quelques déclarations médiatiques. « Le cannabis est aussi un moyen de soin dans un certain nombre de cas » pour Jean-Luc Mélenchon chez Konbini ; « Pour la légalisation du cannabis thérapeutique » dit Marine Le Pen sur BFMTV« Un outil extrêmement intéressant dans le traitement des cancers et d’un certain nombre de maladies » selon Yannick Jadot en visite chez LaFleur.

Problème : ces déclarations ne sont jamais présentes noir sur blanc dans le programme. Quelle est donc la valeur politique d’une prise de position médiatique ?

Journaliste indépendant, je considère le cannabis comme une culture, une économie et un sujet de société à part entière, qui mérite qu'on s'y intéresse avec la plus grande rigueur journalistique.

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