Boissons, space-cakes, bonbons : à quoi ressemblera la « deuxième vague » de légalisation canadienne

edibles

La légalisation du cannabis au Canada est pour l’instant incomplète. Un segment considérable du marché du cannabis est toujours illégal : les edibles. Les boissons, pâtisseries, bonbons et en général tout ce qui s’ingère ne sera légal qu’en 2019, probablement autour du 17 octobre. Santé Canada a donc un peu moins d’un an pour mettre au point des régulations. En attendant, les entrepreneurs se préparent déjà pour « la deuxième vague » de légalisation.

Un marché prometteur

Quand on entend edibles, on pense immédiatement aux space-cakes. Mais les edibles c’est aussi la bière, le vin, le miel, et, en général, tout ce qui se mange ou se boit. Le principe des edibles est qu’ils permettent de contourner le stigma associé à la consommation de cannabis sous sa forme fumable. Pour beaucoup d’entrepreneurs, les boissons et aliments au cannabis sont donc un moyen de le rendre plus socialement acceptable. Les produits alimentaires ont en effet l’avantage d’être plus discrets et moins connotés. Andrew Doolittle, propriétaire de Pot & Pan Kitchen, un magasin d’edibles dans le Maine, explique: « Nos clients cibles sont les gens lambda qui veulent consommer du cannabis mais qui ne veulent pas le fumer ».

Bruce Linton, le PDG de Canopy, ajoute que la boisson a un potentiel sociabilisant important : « Pleins de gens trouvent qu’il est socialement plus confortable de partager un verre ». L’entreprise a d’ailleurs reçu un investissement de plus de 4 milliards de dollars de la part du producteur de la bière Corona, Constellation Brands. De manière générale, l’industrie de la boisson se rapproche de plus en plus de l’industrie du cannabis.

Un produit qui cristallise en particulier l’intérêt des investisseurs et entrepreneurs est la bière au cannabis. Molson Coors a lancé un partenariat avec une entreprise canadienne pour la création d’une bière et Heineken commercialise déjà une bière infusée au THC en Californie. Deux entreprises canadiennes sont aussi en train de mettre au point une bière directement brassée au cannabis en vue de la prochaine légalisation des edibles au Canada.

Selon un sondage datant de l’année dernière et effectué par l’Université de Dalhousie, presque la moitié des Canadiens était prête à gouter les edibles mais ils étaient encore plus nombreux à se dire inquiets des risques associés à la consommation par des enfants. Un sondage plus récent de Deloitte estime que six usagers sur dix choisiront les edibles, un format moins stigmatisé selon Jennifer Lee une des conductrices du sondage.

Selon The Star, les edibles, une fois légalisés, représenteront environ 50% de la valeur en dollar des ventes de cannabis. L’avantage de ce marché, c’est que les entreprises pourront plus facilement développer une marque et une identité autour d’une gamme de produits spécifiques. En effet, les marques seront plus différenciées en matière de goût et de packaging que pour l’huile et les fleurs.

Un cadre régulatoire complexe

En soi, les edibles sont déjà disponibles car rien n’empêche les particuliers de s’en cuisiner avec les fleurs qu’ils achètent en magasin. Toutefois, les ventes légales devront être soumises à un cadre régulatoire strict qui promet d’être complexe car l’alimentation est toujours un sujet délicat en matière de santé. Des cas d’intoxication, notamment chez les enfants, ont déjà été signalés avant même la légalisation. Santé Canada doit minimiser par tous les moyens ces incidences en mettant en place des régulations pour ne pas rendre ces produits attractifs pour les enfants par exemple.

Au Colorado, les edibles ont été légalisés en 2014 sans pratiquement aucune restriction ni régulation. Après une augmentation des intoxications chez les enfants, l’État a introduit des régulations. Parmi ces régulations on compte : des paquets résistants aux enfants, un symbole de cannabis universel et une dose maximale de 10 milligrammes de THC par dose. Les edibles ne peuvent pas non plus avoir une forme d’animal, de fruit ou de personne.

De manière analogique, Santé Canada devra imposer des restrictions sur le marketing de ces produits et des doses limites. Selon un porte parole de l’agence, Tammy Jarbeau, Santé Canada envisage d’imposer un symbole de cannabis universel sur les emballages et d’interdire certaines formes de produit, ingrédients et arômes qui seraient trop attractifs pour les enfants. Il est ainsi possible que les bonbons ne soient pas autorisés. Les candies sont pourtant un best-seller aux États-Unis.

Durant l’année à venir, le gouvernement fédéral va s’entretenir avec les acteurs de l’industrie pour confectionner à leurs côtés les régulations qui s’appliqueront en termes d’edibles. A Montréal, une conférence organisée par le Conseil de la Transformation Alimentaire du Québec s’est tenue récemment. Elle réunissait des entrepreneurs canadiens et américains en vue de discuter des futurs opportunités et challenges liés au marché des edibles. Le Conseil a d’ailleurs formé une commission pour évaluer les aspects du futur marché. Les entrepreneurs et institutions doivent se tenir prêts à naviguer dans un environnement légal complexe.

Catégories liées : Business

Articles liés

Derniers articles

altria
Altria (Malboro) investit $1,8 milliard dans un producteur de cannabis canadien
bong
Pourquoi la forme des bangs importe ?
Cannabis thérapeutique à l'Assemblée Nationale
Cannabis thérapeutique : que s’est-il dit à l’Assemblée Nationale ce 5 décembre ?
cannabis facility
Aurora Cannabis à la conquête de l’Europe
THCV
Le THCV sera-t-il le nouveau CBD ?
musée de la weed
Weedmaps ouvre son musée du cannabis à Los Angeles
Suivez-nous sur Telegram

Laisser un commentaire