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« On avance à tâtons ». Cette phrase prononcée par Léa Ruellan, fondatrice de la marque Équilibre CBD, aurait pu être dite par toutes les personnes interrogées pour cet article, tant l’avenir semble flou pour les entreprises tricolores investies dans le Cannabis. Malgré tout, chacun essaie comme il peut d’anticiper les années à venir.

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A quoi ressemblera le marché ? Que dira la loi ? Quelles seront les nouvelles technologies ? Pas facile de répondre à toutes ces questions, lorsque le présent nous préoccupe, comme c’est le cas pour de nombreux entrepreneurs et entrepreneuses du monde du cannabis. « Comme on consomme beaucoup de CBD, notre système endo-cannabinoïde est au top, donc on est bien relax », s’amuse Léa Ruellan.

Pour un ou une cheffe d’entreprise, anticiper l’avenir est crucial. « C’est très important pour savoir la direction à prendre et les investissements à mettre en place », détaille Raphaël De Pablo, patron de La Ferme médicale et producteur de chanvre à Bordeaux. Dans le domaine du CBD, particulièrement, les entreprises attendent que le décret autorisant la molécule soit publié.

« Envie d’investir mais on peut pas »

« On a envie d’investir, mais tant que le décret autorisant le CBD n’est pas signé, on ne peut pas. On a des investisseurs prêts à nous suivre, le problème est de leur dire : ‘Si vous mettez un million d’euros sur la table, on n’est pas sûr de pouvoir s’en servir demain », poursuit le chanvrier bordelais.

D’autres ont quand même quelques petites techniques pour patienter. Chez Equilibre CBD, Léa Ruellan mise par exemple beaucoup sur les cosmétiques, car ils sont « déjà autorisés au niveau européen« . De cette manière, la cheffe d’entreprise sait qu’elle n’aura « pas de problèmes ».

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Autre manière de patienter : fabriquer un maximum, puis stocker en attendant la parution du décret. C’est le pari de Jérémy Lagrue, fondateur de SFE Process. Son entreprise fabrique des machines pour extraire diverses molécules des plantes, et notamment le CBD. « Pour fabriquer une machine, il nous faut 6 à 8 mois. Donc l’idée est d’en fabriquer plusieurs, pour les mettre en stock. Comme ça, le jour où le décret se débloque, on pourra répondre à la demande. On sait que les premiers arrivés seront les premiers servis. »

Mais il y a un problème : « c’est une grosse sortie de trésorerie » de fabriquer en avance. « On essaie d’anticiper au mieux, mais on sait qu’on ne pourra pas servir une centaine de clients », regrette l’ingénieur.

Baisse des prix

En ce qui concerne la vente en magasin, les professionnels du CBD ont une crainte majeure pour l’avenir : la baisse des prix. « Quand je suis arrivé sur le marché, en 2018, les enseignes vendaient des fleurs de CBD à 20 euros le gramme. Aujourd’hui, même 10 euros le gramme, c’est impensable ! On se situe plus autour de 6 à 8 euros », observe Mao Aoust, président de High Society, une chaîne de 180 magasins de CBD

« C’est un résultat assez normal de la concurrence : à partir du moment où il y a plus de magasins, les prix baissent car les consommateurs ont le choix, explique l’économiste Pierre-Yves Geoffard, co-auteur de la note Cannabis : comment reprendre le contrôle, du Conseil d’Analyse Économique. Du point de vue des boutiques, la baisse des prix est pénible, car elle réduit les marges. Mais c’est un processus tout à fait classique. » Le patron de High Society acquiesce : « On perd en chiffre d’affaires, tout simplement. »

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Et les prix pourraient encore plus grimper, à cause d’une possible taxe. Jusqu’à présent, le CBD est taxé entre 5 et 20 %, comme tous les biens de consommation courants, et souvent considéré comme « tisane et infusions » dans la classification. « On entendra parler d’une taxe dans pas longtemps, pronostique l’économiste. Quand le gouvernement aura compris que l’interdiction du CBD ne fonctionne pas, je suis prêt à parier que des discussions vont s’ouvrir sur le montant de la taxe. »

« Ce serait mentir de vous dire qu’on ne craint pas cette taxe, considère Mao Aoust. Nous on a fait le choix de vendre avec une taxe à 5,5 %. Si demain ça augmente, je perds une grosse partie de mon chiffre d’affaires. On doit se battre pour faire entendre notre voix. Au Luxembourg, par exemple, ils ont choisi d’imposer une forte taxation, et ont tué le marché. »

Les consommateurs attendent un « produit propre »

Autre enjeu : l’écologie. Toutes les personnes sollicitées pour cet article ont compris que les consommateurs les attendent au tournant. « Je pense qu’il y a un gros besoin de transparence : savoir où est produit le chanvre, où il est extrait », note Léa Ruellan, d’Équilibre CBD.

L’extraction de CBD doit aussi se faire le plus naturellement possible. « On essaye de verdir cette ligne de production. L’industrie utilise énormément de solvants pétroliers, parfois cancérigènes. Le mieux, c’est d’utiliser de l’alcool, mais il est souvent produit avec des pesticides. Nous, on utilise une extraction à base de CO2, ça permet de ne pas utiliser alcool ou solvants », affirme Jérémy Lagrue, de SFE Process.

Preuve de l’attente des consommateurs : son entreprise spécialisée dans les machines à extraction connaît une « croissance à trois chiffres« , qui « double chaque année » son chiffre d’affaires.

Après l’extraction de CBD, vient le temps des analyses. Et dans ce secteur aussi, les professionnels ressentent le besoin d’un produit sain. « Certaines personnes me demandent de doser les métaux lourds et les pesticides, pour garantir un produit le plus propre possible. Ça m’arrive un peu plus ces derniers mois », note Elie Doppelt, président du laboratoire d’analyse Leaf.

Pour garantir au consommateur, il se murmure qu’un label certifiant la qualité devrait voir le jour « début 2023 », poursuit Doppelt. « Car nous avons du mal à prouver la qualité de notre produit, notamment vis-à-vis du chanvre étranger. »

Arrivée prochaine des autres cannabinoïdes

Pour garantir au consommateur – et aux autorités – un produit non-psychotrope, les chanvriers historiques se penchent sur une variété à 0 % de THC. « On vient de monter un conseil scientifique pour être le plus performant possible. Au moment où on aura besoin d’obtenir telle ou telle caractéristique, par exemple 0 % de THC et fortement dosé en autres cannabinoïdes, on pourra faire une variété », explique Nathalie Fichaux, directrice d’Interchanvre, l’interprofession des chanvriers. La société Hemp It a par exemple créé Santhica, « une variété dédiée pour la graine avec 0 % de THC », poursuit-elle.

Autre tendance du marché : l’arrivée d’autres cannabinoïdes non-psychotropes. Beaucoup partent du principe que la France a fait un peu le tour du CBD, et qu’il est temps d’apporter de la nouveauté. « Il suffit de regarder le marché américain pour s’apercevoir que le CBC, le CBG, le CBN sont présents, observe Laure Bouguen, fondatrice de Ho Karan et ancienne porte-parole du Syndicat Professionnel du Chanvre. J’imagine que les consommateurs français vont le demander, car les marques vont le mettre en avant. »

En plus de nouvelles molécules, la manière dont elles sont consommées pourrait bientôt changer. En France, les produits les plus consommés sont les fleurs et les huiles à dominante CBD. Problème : le gouvernement souhaite interdire la vente de fleurs à l’état brut. Et les huiles « ne sont pas le format le plus ‘user-friendly », plaisante Ludovic Rachou, fondateur de la marque Rainbow, et président de l’UIVEC, syndicat qui défend uniquement l’usage du CBD en produits dérivés.

« Je sais pas vous, mais moi je n’ai pas le réflexe de me mettre une pipette dans la bouche ! A l’étranger, notamment aux Etats-Unis, les ‘edibles’ se développent beaucoup. Je pense notamment aux gummies et autres produits comestibles ». Des produits qui existent déjà sur les étals français et que les consommateurs commencent à demander.

Autorisation du cannabis médical en 2023 ?

Outre le CBD, l’horizon le plus proche est sans doute l’autorisation du cannabis à visée médicale. Comme Newsweed le couvre depuis plusieurs mois, la France expérimente en ce moment des traitements à base de cannabis sur plusieurs patients. Le 1000ème vient d’ailleurs d’être atteint. Ce test grandeur nature va durer jusqu’en 2023. Ensuite, que se passera-t-il ?

« Je veux travailler dans le cannabis thérapeutique, mais je ne sais pas quand. Je sais simplement qu’en 2023, il y aura sûrement une filière. Il faut qu’on soit prêts », anticipe Elie Doppelt, qui tient le laboratoire LEAF.

Même chose pour Raphaël De Pablo, de La Ferme Médicale. « Je voudrais distribuer du cannabis médical depuis le Canada jusqu’en France. On a tout ce qu’il faut pour être en place, mais on ne connaît pas les contours. On ne sait pas s’il faudra une licence, par exemple. »

D’autant que les investissements à mettre en place pour produire du cannabis thérapeutique en France sont faramineux. « J’évalue ça à 20 ou 30 millions d’euros. Il faut mettre en place une production en laboratoire, en respectant des normes bien strictes, notamment ce qu’on appelle le Good Medical Practice. »

Enfin, en ce qui concerne le cannabis récréatif, il n’y a quasiment aucun acteur économique qui s’y prépare sérieusement. La France semble camper fermement sur ses positions, et notamment depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Pour de nombreux observateurs, si la France s’y met un jour, ce sera à la Québécoise.

« C’est le modèle culturel qui est le plus proche du nôtre, estime l’économiste Pierre-Yves Geoffard. C’est-à-dire que nous aurons sûrement une production réglementée par l’État, et des boutiques qui sont des régies d’État. »

En attendant, toutes et tous regarderont avec intérêt ce que va faire l’Allemagne. Le pays, qui est le principal partenaire politique et économique de la France, a annoncé la semaine dernière vouloir mettre en place un marché légal du cannabis.

Journaliste indépendant, je considère le cannabis comme une culture, une économie et un sujet de société à part entière, qui mérite qu'on s'y intéresse avec la plus grande rigueur journalistique.

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