Le Comité éthique de la Ligue contre le Cancer se prononce en faveur du cannabis médical

Cannabis médical et cancer en France

Là où le cannabis médical est légal (et disponible), une des affections qui justifie communément sa prescription est le cancer, et plus précisément les effets secondaires de son traitement comme les nausées, la cachexie et les douleurs chroniques.

Saisi par un particulier sur la question, le Comité éthique et cancer a jugé que l’impossibilité pour les malades du cancer de se soigner au cannabis en France n’était pas éthiquement justifiée. Le Comité éthique et cancer est un organe consultatif indépendant créé par l’association Ligue contre le Cancer en 2008. Il est composé d’un collège d’experts qui peut être saisi ou se saisir de « toute question d’ordre éthique en relation avec la pathologie cancéreuse ».

Le Comité avait été saisi par une jeune femme de 27 ans diagnostiquée d’un cancer et ayant subi toutes sortes de traitements et interventions lourdes lui ayant laissé de nombreuses séquelles, notamment des douleurs chroniques intenses. Supportant mal les anti-douleurs traditionnels, le corps médical s’est trouvé impuissant à soulager ses douleurs. Elle s’est donc tournée vers le cannabis qui aurait causé une amélioration notable de sa qualité de vie : apaisement des douleurs, des nausées et stimulation de l’appétit. Elle a ainsi interrogé le Comité sur le caractère éthique de l’interdiction du cannabis thérapeutique en France, qu’elle considère pour sa part comme un refus de soins de la part des autorités.

Le cannabis médical en France

Le cannabis médical n’est pas vraiment illégal en France, mais c’est tout comme. La loi n° 70-1320 du 31 décembre 1970 a rendu le cannabis illicite mais son usage thérapeutique est légal depuis 2013. Le Sativex a ainsi obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) en 2014 pour le traitement de la sclérose en plaques. Il n’est toutefois pas disponible en France à cause d’un désaccord sur le prix entre le gouvernement et le laboratoire qui commercialise le médicament.

Un autre médicament, le Dronabinol, peut faire l’objet d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) nominative dans le cadre de douleurs neuropathiques après échec de tous les traitements, de nausées et vomissements dans le cadre de chimiothérapie anticancéreuse et d’anorexie chez les patient atteints du VIH. Sur la période 2006-2013, seuls 508 ATU ont été délivrées.

Récemment, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), un organe affilié au ministère de la Santé a convoqué un Comité spécialisé scientifique temporaire (CSST) chargé d’évaluer « la pertinence et la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». Le Comité en question doit réviser la littérature scientifique existante en matière de cannabis médical et recueillir les témoignages des malades et associations de malades se soignant au cannabis. Le Comité rendra un rapport préliminaire d’ici la fin de l’année, s’il juge que la mise à disposition du cannabis thérapeutique est pertinente il devra alors définir le cadre légal qui régulera son accès.

Les arguments pour

Pour l’instant, les données scientifiques sur le cannabis médical sont limitées, hétéroclites et relèvent en général d’études observationnelles et non d’essais cliniques contrôlés. Malgré ces obstacles méthodologiques, un rapport de 2017 des Académies nationales des sciences, d’ingénierie et de médecine des États-Unis qui recense plus de 10 000 études sur la question a conclu qu’il existait des preuves notables de l’efficacité thérapeutique du cannabis dans le traitement de la douleur chronique et comme antiémétique. Selon ce rapport, il n’existe pas assez de preuves pour conclure à son efficacité concernant la cachexie mais une récente étude sur des rats suggère que le cannabis déclenche l’hormone responsable de la sensation de faim et peut ainsi être utilisé pour réguler les comportements alimentaires.

D’un point de vue éthique, le Comité a conclu qu’il n’existait pas « de raison de s’opposer à l’usage du cannabis par des malades qui disent en tirer un bénéfice, quand bien même ce bénéfice n’est pas démontré selon les méthodologies scientifiques les plus rigoureuses ». Quant aux témoignages des patients, il rappelle que, bien qu’ils n’aient pas de valeur scientifique, ils doivent être entendus et pris en compte.

Les arguments contre

Les arguments contre l’usage du cannabis ont trait à son caractère psychoactif qui peut causer, entre autres, des troubles cognitifs, moteurs ou psychiatriques. Le Comité note en revanche que ces troubles sont en général observés quand il est consommé sous sa forme fumable. La toxicité de la fumée est un autre élément qui témoigne en la défaveur de ce mode de consommation. Un autre argument est que la consommation à visée thérapeutique du cannabis est susceptible de favoriser son usage récréatif et son détournement par des personnes non malades. Cependant, selon le Comité : « cela ne peut conduire à réfuter le bénéfice déclaré par les personnes malades qui consomment du cannabis ».

Toujours selon le Comité, ces arguments ne sont pas suffisants pour justifier l’interdiction de l’usage thérapeutique du cannabis : « Aucun des arguments possiblement en défaveur d’une telle consommation ne lui est apparu de nature à continuer de l’interdire. En particulier, il n’a pu identifier d’effet néfaste avéré assez sérieux pour s’opposer à une semblable pratique par des personnes adultes atteintes d’une maladie grave, potentiellement mortelle, et qui déclarent en tirer bénéfice ».

Enfin, le Comité recommande que les autorités sanitaires conduisent des évaluations pour vérifier plus rigoureusement l’existence de propriétés thérapeutiques du cannabis dans le traitement du cancer et les doses et mode d’utilisation (voie d’administration, posologie) qui sont les plus adaptées. Le Comité en appelle d’une certaine façon à la responsabilité éthique des autorités sanitaires pour encadrer une pratique qui repose pour l’instant sur des réseaux criminels et qui soumet les malades au risque permanent de faire l’objet de poursuites pénales.

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