Le Brésil va-t-il devenir l’équivalent des Philippines en matière de lutte antidrogue ?

jair bolsonaro

Sur fond de crise politique et économique, le Brésil va élire un nouveau président. Le dimanche 7 octobre, deux candidats se sont qualifiés pour le second tour: Jair Bolsonaro et Fernando Haddad. Les deux hommes ont une vision radicalement différente de la lutte antidrogue. La position de Bolsonaro, le favori du premier tour, ressemble dangereusement à celle du président philippin Rodrigo Duterte.

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Brésil et cannabis

Le Brésil est considéré comme le premier consommateur de cannabis d’Amérique du Sud. Depuis quelques années, la consommation de cannabis est tolérée pour un usage personnel mais la détermination de «l’usage » est laissée à la discrétion des services de police et des juges. Cela a conduit à un traitement inégal qui a eu tendance à exacerber les différences ethniques et sociales. L’omniprésence des cartels dans la société et l’intensification comme la militarisation de la guerre contre la drogue ont étouffé cette politique de la tolérance au point que les consommateurs sont poursuivis et incarcérés comme des trafiquants présumés.

En outre, le pays est miné par la violence et la criminalité : la population carcérale du pays est actuellement la quatrième plus grande du monde et le taux d’homicides est quatre fois supérieur à la moyenne mondiale. La violence liée au trafic de cannabis s’élève à 60.000 homicides annuels, que ce soit dans le cadre de guerres de gangs pour le contrôle de la chaîne de production et de distribution, ou dans le cadre d’affrontements avec la police. A l’heure actuelle, le cartel le plus influent est le Premier Commando de la Capitale (PCC). Il a réussi à mettre en place un réseau de narcotrafic transnational, officieusement appelé « Narcosul », qui fait venir le cannabis du Paraguay et la cocaïne de Bolivie.

Des voix libérales s’élevaient en faveur de la légalisation du cannabis (notamment celle d’un juge de la cour suprême, Roberto Barroso) pour lutter contre le narcotrafic. Une position également envisagée par des pays de la région comme le Mexique ou l’Uruguay. En particulier dans le contexte du Brésil, pays miné par la pauvreté, les politiques antidrogue radicales semblent ignorer les causes sociétales profondes qui poussent certains à la consommation ou au trafic de drogue. Leur efficacité est discutable puisque, bien souvent, ce sont des petites mains remplaçables qui sont tuées par les forces de l’ordre et non les barons de la drogue. Si ces politiques freinent probablement les cartels, elles ne permettent pas de lutter à long-terme contre ces organisations.

Bolsonaro le « Trump » ou le « Duterte » brésilien

Le favori du premier tour, se situe à l’extrême droite sur l’échiquier politique. Surnommé le Trump brésilien, il partage avec ce dernier un même goût de la provocation. A la faveur du ras-le-bol général, son discours populiste et conservateur séduit de plus en plus d’électeurs. En outre, il s’est publiquement déclaré contre l’avortement et la libéralisation des drogues et préconise, à l’image de Trump, une intensification de la guerre contre la drogue.

Bolsonaro partage également avec Trump une admiration commune pour « l’efficacité » du président phillippin Duterte en matière de lutte antidrogue. Ce dernier a déclaré une véritable guerre contre la drogue et a même été jusqu’à proposer d’armer les civils. Comme Trump qui avait mentionné la peine de mort pour les dealers, et comme Duterte dont il considère qu’il fait « une bonne chose pour son pays », Bolsonaro s’est déclaré favorable au fait que la police tue les trafiquants. Il veut également militariser davantage la lutte antidrogue et renforcer la présence de l’armée « dans les rues, et même dans les écoles, [où] les bandidos vendent de la drogue et fument ouvertement de la marijuana » a t-il affirmé.

En contraste avec ces politiques de l’éradication, son rival, Fernando Haddad, semble adopter une position plus mesurée. Il précise que son parti aborde historiquement les problèmes de drogues comme des questions de santé publique. Dans une interview a El pais, il a également dénoncé l’inefficacité des politiques actuelles qu’ils considèrent comme mensongères et a exprimé la nécessité « d’analyser le sujet avec une vision plus scientifique, plus pragmatique et moins fondamentaliste, en cherchant des objectifs concrets, comme améliorer la santé publique ».

Alors qu’il était maire de Sao Paulo, Haddad avait notamment été à l’initiative du programme « A Bras Ouverts » qui offrait des nuits d’hôtel, des repas chauds, l’accès à des services de santé ainsi que l’opportunité de travailler et d’être payé aux toxicomanes, les détournant ainsi des commodités et de l’argent facile que pouvaient leur proposer les cartels de la drogue.

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