Le phénomène des « Stoned Moms » aux Etats-Unis

Stoner mom

Consommer du cannabis et être parent sont souvent considérés comme incompatibles. C’est contre cette association que protestent un nombre de plus en plus important de mères aux Etats-Unis. Un phénomène que l’on appelle désormais les « stoned moms » et qui est devenu un segment de marché crucial pour l’industrie cannabique.

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Un phénomène qui prend de l’ampleur

Le phénomène des Stoned moms est particulièrement prégnant chez les mères au foyer. Elles revendiquent le droit de traiter leur stress avec du cannabis mais aussi d’autres affections liées à leur condition de femme et de mère comme la dépression postpartum, les douleurs liées aux règles ou la ménopause. Cela concerne également des affections qui touchent aussi les hommes comme la dépression, l’anxiété et les douleurs chroniques, autant de pathologies contre lesquelles le cannabis est réputé efficace. Elles revendiquent également un usage récréatif et responsable du cannabis. La chanteuse comique américaine Jessica Delfino remarque : “L’usage du cannabis chez les mères est de plus en plus répandu car il est en train de devenir plus légal et donc les gens se sentent plus capable et désireux d’en discuter ».

C’est le constat que fait également Adam Grossman, PDG de Papa and Barkley une entreprise du cannabis. Il a noté un intérêt croissant pour ses produits et pour le cannabis en général venant des mères de famille: « Le mois dernier seulement, nous avons vu l’émergence de nombreux ateliers sur comment être un parent et consommer du cannabis ou des articles sur « être parent et le cannabis » ainsi que des groupes Facebook ». « De plus en plus de femmes commencent à avoir des conversations sur cannabis et l’allaitement, le cannabis et la grossesse et le cannabis et l’éducation des enfants » remarque-t-il.

Briser le tabou

Bien qu’il devienne de plus en plus socialement acceptable de fumer du cannabis, le stigma autour de cet usage est toujours présent. Les parents qui avouent publiquement consommer du cannabis s’exposent à toutes sortes de jugements alors que, comme le font remarquer beaucoup d’entre elles, consommer de l’alcool est complètement banalisé. Dans son article chez High Times Supporting moms who get high, Jessica Delfino qui discute de cette nouvelle tendance fait tout de même remarquer: “Les mères de famille et les femmes qui utilisent du cannabis médical sont souvent mises dans une position où elles se sentent obligées de se justifier et d’expliquer pourquoi elles l’utilisent pour essayer de se soustraire au jugement qui suit inévitablement l’aveu ».

Pour briser le stigma autour de la consommation de cannabis chez les mères de famille, certaines ont recours à des blogs. C’est le cas par exemple de Kathryn VanEaton, désormais connue sous le nom de The Stoner Mom. Elle explique qu’elle est juste une mère comme les autres mais que « en plus de d’être un mère et une épouse » elle est également une militante pour l’usage médical et récréatif du cannabis ». Sur son blog et sa chaîne Youtube, elle publie des vidéos pour aider les parents à développer des habitudes de consommation responsables et à se protéger de la stigmatisation autour du cannabis comme: « 10 astuces pour éviter d’avoir l’air d’un stoner » ou « 8 façons d’être un parent stoner et responsable ». Habitant au Colorado, elle fait pousser son cannabis médical dans une salle fermée à clefs dans sa cave pour soigner sa dépression.

Cette libération de la parole est de plus en plus courante chez les mères américaines et encourage un sentiment de communauté. Selon Kiri Westby qui a décidé de publiquement confesser dans les médias et au travers de son blog d’être une mère de famille et de fumer beaucoup de cannabis: « Au vu de notre récente émancipation de l’illégalité du cannabis, je pense qu’il est grand temps de lever le voile qui pèse sur le cannabis et la maternité ». Elle explique qu’être une « stoned mom » est comme « entrer dans une sororité (…) avec une complicité cimentée par une compréhension mutuelle et une honte commune ».

C’est contre ce sentiment de honte induit par le stigma autour du cannabis qu’elle invite à lutter en revendiquant une consommation responsable: « nous ne pouvons pas nier que nous fumons, mais nous pouvons avoir notre propre discipline de consommation et faire des choix sains pour nos enfants… et pour faire cela, nous devons commencer à libérer la parole. (…) Nous devons accepter que le cannabis est en train de sortir des ruelles sombres pour s’inviter dans nos maisons, juste à côté du whisky et des anti-douleurs, et nous devons préparer nos enfants en conséquence ».

L’industrie s’adapte

Les besoins spécifiques de ce nouveau marché de consommatrices a inspiré de nouveaux genres de produits qui ont pour but de rester discrets ou de contrôler plus efficacement le dosage. Parmi eux, on trouve des sprays, des boissons, des gouttes et des huiles. En se passant des bongs et des joints, les mères évitent ainsi de se voir coller une étiquette de stoner irresponsable. Malgré la légalisation, ce stéréotype continue de coller férocement aux usagers du cannabis et l’industrie tente de le combattre. En témoigne la campagne de pub de MedmenForget Stoner.

forget stoner

Siu, PDG de Mother and Clone, une entreprise basée au Colorado commercialise par exemple des sprays sublinguaux. Elle a voulu créer un produit pratique et sure pour les mères. La prise est micro-dosée, prend effet en une minute et ne dure qu’une heure. Le dosage est donc facile à contrôler et il est presque impossible d’en faire une surconsommation. Elle explique qu’elle s’est lancée dans ce projet après avoir subi une dépression postpartum et en être sortie grâce au cannabis. Un autre produit particulièrement populaire chez les mamans est l’huile de CBD car elle contient peu ou pas du tout de THC, fait effet rapidement (15-20 min) et peut se mélanger à de la nourriture ou s’ingérer par gouttes. Adam Grossman explique que de plus en plus de ses clients sont des mères de famille cherchant à lutter contre la dépression et les nausées.

Kristie Amobi, fondatrice de Rebalan, une entreprise d’éducation au cannabis qui milite pour les vertus du micro-dosing explique sa surprise de voir la prévalence du stress et de l’anxiété chez les mères qui se tournent vers le cannabis pour se relaxer. Le cannabis pourrait-il être la recette miracle au mal du siècle ? « Il n’y a pas de formule magique » explique Kristie « mais je suis confiante qu’il y a une place pour le cannabis à petites doses pour aider les gens à gérer leur stress, particulièrement quand on le compare aux effets secondaires de l’alcool ou d’autres médicaments ». Sur son blog, the Stoner Mom en arrive au même constat : « Il y a beaucoup de gens avec des troubles mentaux non soignés ou non correctement soignés. Les enfants bénéficient vraiment d’avoir des parents présents et joyeux et depuis que j’ai introduit le cannabis dans ma routine quotidienne, mes enfants ne m’ont jamais vu faire un épisode dépressif ».

Malgré l’importance de ce mouvement, les recherches scientifiques sur les effets du cannabis contre le stress, l’anxiété et la dépression manquent. Qui plus est, les psychiatres et médecins sont généralement réticents à le prescrire à des mères qui allaitent ou à des femmes enceintes à cause du manque de données disponibles sur ces effets. L’Infant Risk Center explique que certaines études suggèrent que la consommation de cannabis pendant la grossesse ou l’allaitement peut avoir un effet néfaste au développement de l’enfant mais avoue manquer de précision.

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