L’Ontario annonce des ventes privées pour avril prochain

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Alors que l’avenir du système de distribution de la province canadienne de l’Ontario était encore flou il y a de ça quelques semaines après le brusque revirement de politique engendré par l’accession au pouvoir du Parti Conservateur, le nouveau gouvernement vient d’annoncer que la vente privée allait être autorisée mais seulement à partir du premier avril prochain, de quoi laisser le temps au nouveau gouvernement de s’organiser pour mettre en place un système efficace.

Pas à pas

Le ministre des finances de la province, Victor Fedeli, a annoncé lundi que le cannabis serait d’abord disponible en vente en ligne via le site du gouvernement Ontario Cannabis Store, à compter du 17 octobre quand le cannabis sera officiellement légal au niveau fédéral. Le délai de six mois permettra au gouvernement de mettre en place les régulations nécessaires à l’établissement d’un marché privé. Elle sera également l’occasion d’observer la mise en application de modèles de distribution privés dans les autres provinces telles que Alberta, Manitoba et Saskatchewan.

Cette période servira également à communiquer avec les organisations de santé publique, les forces de l’ordre et les communautés indigènes pour concevoir un modèle de distribution le meilleur possible. Le gouvernement souhaite également établir un dialogue avec les municipalités et leur laisser le choix d’accepter ou de refuser le modèle de distribution privé. Il mettra à leur disposition un fond de 40 millions de dollars pour préparer leur éventuelle transition vers le nouveau système.

Des réactions positives pour le choix du modèle privé

Après les déclarations du ministre, de nombreux entrepreneurs de l’industrie du cannabis se sont dit satisfaits et assurés du fait que le gouvernement avait fait le bon choix en ouvrant la voie à un marché privé du cannabis.

Michael Gorenstain, PDG de Cronos un producteur licencié basé à Ontario a déclaré : « nous applaudissons la décision d’Ontario de mettre en place un système de vente privée. Nous pensons que c’est une étape majeure vers la mise en place d’un système de distribution responsable qui permette une large participation des entrepreneurs et permette aux consommateurs de choisir les marques et les produits du futur ».

Afzal Hasan, président et conseiller general de CannaRoyalty partage cette opinion : “Selon notre expérience en tant qu’investisseurs et participants dans des marchés établis du cannabis, la légalisation du cannabis doit être accompagnée d’un cadre régulatoire qui encourage des marchés ouverts et compétitifs sans quoi l’adaptation du consommateur est lente et l’activité du marché noire persiste. Autoriser les ventes privées de cannabis est un pas dans la bonne direction pour Ontario ».

Peter Horvath, PDG de Green Growth Brands, a ajouté : “les consommateurs seront les bénéficiaires ultimes de cette décision. Cela aurait un effet positif sur la disponibilité, la qualité et le prix des produits étant donné que seuls les meilleurs vendeurs qui maîtrisent ces éléments à un haut niveau gagneront la confiance des consommateurs ».

Des inquiétudes quant à la période de transition

Deux universitaires qui approuvent le modèle de distribution privé se sont dits cependant très inquiets quant à la période de transition qui doit être assurée par une vente de cannabis en ligne par le gouvernement. Anindya Sen, professeur d’économie à l’université de Waterloo et Brian Vendramin professeur de business à l’Université Cambridge de SudBury ont qualifié le choix de ce modèle de transition de « mauvaise politique » et « d’erreur », principalement car, sur de nombreux points, le marché noir sera toujours plus compétitif.

Il sera plus compétitif en terme d’efficacité notamment. En effet, il y a de fortes chances qu’un tel système se retrouve très vite dépassé par la demande et que le gouvernement ne puisse pas assurer la livraison de toutes les commandes dans un temps satisfaisant : « Il y aura des milliers de commandes par jour et les gens s’attendront à une livraison rapide. S’il elle ne l’est pas, ce qu’il se passera c’est que les gens se tourneront de nouveau vers le marché noir » précise Anindya Sen. Brian Vendramin rejoint son confrère et ajoute : “ll faut s’assurer que on n’est pas en train de commander des simple pizzas”. Il s’inquiète également de la protection des mineurs: comment s’assurer avec un tel système que la commande n’émane pas d’un mineur ?

Le système de vente en ligne posera en outre des problèmes de logistique : « la province devra engager une armée de conducteurs qui viennent jusqu’à chez vous et vous livre le produit en échange d’une signature. C’est vraiment inefficace et je pense que cela va à l’encontre de ce que veut le gouvernement » explique Anindya Sen. Il exprime son incompréhension face au choix du gouvernement de ne pas réguler les dispensaires existants et de leur faire assurer la distribution. D’autant plus qu’en terme de qualité de service, les magasins, qui offrent un contact avec le personnel et la possibilité de poser des questions ou de recevoir des conseils, ont un clair avantage commercial sur la vente en ligne. Etant donné que ces magasins existent déjà, pourquoi troquer un système de qualité pour un autre moins efficace? Comme le dit le professeur:  « Si les gens ont accès à ce genre de service de haute qualité sur le marché noir pourquoi achèteraient-ils leurs produits légalement ? »

Lisa Campbell, présidente du Cannabis Consumer and Retail Alliance de Ontario, avait également exprimé ses réserves quant à la « politique de tolérance zéro envers les vendeurs privés déjà existants » qui consiste à les rejeter dans l’illégalité au lieu de les intégrer à la transition. Elle revendique un modèle à l’image de ce qui se fait en Colombie Britannique où ce sont les dispensaires déjà en opération qui prennent à charge la transition.

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