Les questions que soulèvent les premiers jours de la légalisation au Canada

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Le monde entier ne parle que de ça (quoiqu’en France on soit trop occupé à parler de Mélenchon), le Canada vient de légaliser le cannabis et c’est l’euphorie générale : des files d’attentes interminables, des gens qui campent depuis 3h du matin pour être les premiers à acheter du cannabis légal et des amateurs de cannabis aux anges qui se livrent à une véritable célébration. Néanmoins, au-delà de cette euphorie des premiers jours, la légalisation du cannabis canadienne soulève un certain nombre de questions.

L’offre va-t-elle combler la demande ?

Selon Alain Brunet, président de la SQDC, la société enregistre 50 commandes à la minute, que ce soit en succursale ou via le site internet. La demande explose de façon similaire partout ailleurs et certaines provinces connaissent déjà des ruptures de stocks sur certains produits : en Ontario sur son site internet, en Alberta et au Manitoba également. Certains, comme la mairesse de Montréal, Valérie Plante, attribuent cette explosion de la demande à l’euphorie de la légalisation. Elle parle d’un « effet de nouveauté » qui « s’estompera ».

Cependant, la culture du cannabis, comme tout produit agricole, prend du temps et les chaînes d’approvisionnement ne sont pas immédiates, ce qui signifie que les pénuries sont susceptibles d’être longues. Selon les statistiques officielles, 16 % de la population canadienne a fumé en 2017 ce qui correspond à presque 6 millions de personnes pour seulement 120 producteurs. Il faudra un certain temps à ces derniers pour être capable de combler la demande, d’autant plus qu’elle est susceptible d’augmenter.

Le marché noir va-t-il disparaître ?

Puisqu’il est impossible, pour l’instant, que les producteurs canadiens soient en mesure de produire assez de cannabis pour répondre à la demande, le marché noir va persister pendant encore un moment. Bill Blair, ministre chargé de la Réduction du crime organisé, envisage de ravir 25 % des parts du marché noir d’ici fin 2018. C’est assez ambitieux au vu des pénuries actuelles dès le deuxième jour de la légalisation et de la facilité d’avoir recours à un dealer de proximité. Les réseaux de dealers sont déjà établis et leurs prix s’adaptent à la légalisation. Qui plus est, il n’y a pas de restrictions d’âge pour acheter du cannabis à un dealer même si les peines qu’encoure ce dernier sont assez dissuasives.

Est-ce qu’investir dans le cannabis est toujours une bonne idée ?

Les investisseurs ont bien compris que le secteur allait connaître un temps d’adaptation. Depuis que la légalisation est effective, les titres des entreprises du cannabis chutent en bourse d’environ 15 %. Ils avaient cependant augmenté d’une valeur similaire les jours précédant la légalisation. Les investisseurs qui ont bénéficié d’une très bonne séquence avant la légalisation ont retiré leur argent, par profit mais aussi par prudence.

Investir avant la légalisation et investir après ne relève pas du tout de la même stratégie. Avant la légalisation, il n’y a que pure spéculation mais désormais le secteur du cannabis va devoir s’adapter à la réalité de l’industrie et du marché. L’inertie de cette adaptation signifie qu’investir dans le cannabis maintenant relève d’une stratégie à long-terme. Des mouvements de bourse spectaculaires sont susceptibles de réapparaître quand approchera la légalisation des edibles.

Est-ce que la légalisation va se retourner contre Justin Trudeau ?

Même si la légalisation donne l’impression que tout le monde est satisfait, un sondage montre que seule une petite fraction de canadiens (2 sur 10) sont intéressés par le cannabis légal. Si le projet de légalisation est politiquement audacieux il est également très controversé. La perception de sa réussite ou son échec sera un enjeu de taille pour les élections législatives canadiennes de l’année prochaine. Il est encore trop tôt pour savoir ce qu’il en sera. Justin Trudeau restera surement dans l’histoire comme le président qui a légalisé le cannabis au Canada mais il pourrait en payer le prix politique.

L’opposition conservatrice dénonce un « processus [qui] a été réalisé à la hâte pour des raisons purement politiques dans le but de respecter une échéance qu’il a lui-même imposée ». « Justin Trudeau ne tient pas compte des préoccupations très graves soulevées par ceux qui devront gérer les conséquences de sa décisions » a déclaré Pierre Paul-Hus, député conservateur. Son collègue Gérard Deltell a d’ailleurs revêtu ses habits de deuil pour souligner le jour sombre que vit le Canada selon lui. Il dénonce une banalisation du cannabis et met en avant des problèmes de santé publique.

Les médecins également se disent inquiets quant à la légalisation du cannabis. Le Journal de l’Association médicale canadienne dénonce « une expérience nationale incontrôlée qui va opposer d’un côté les bénéfices des producteurs de cannabis et des revenus fiscaux et de l’autre la santé des Canadiens ». Mme Kesall, chef du journal, précise que s’il y a augmentation de la consommation, la légalisation sera un échec et ajoute : « Nous ne pouvons pas espérer que l’industrie du cannabis restreigne ses ambitions de croissance et se fixe comme objectif une réduction de la consommation ». Sur ce point, en effet, l’industrie du cannabis est déjà en train de faire du lobbying pour des régulations plus permissives.

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