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Cannabis en France

Farid Ghehiouèche : « la légalisation du cannabis peut avoir de nombreuses conséquences positives sur la vie des gens »

Farid Ghehiouèche

Farid Ghehiouèche est une figure incontournable du paysage cannabique français. Co-fondateur de Cannabis Sans Frontières, Représentant des usagers au sein de Chanvre & Libertés – NORML France, organisateur de la Marche Mondiale du Cannabis, entre autres, Farid se présente pour la deuxième fois aux élections législatives, dans la huitième circonscription de l’Essonne, face à Nicolas Dupont-Aignan. L’occasion pour nous de l’interviewer et de lui demander ce qu’il a en tête.

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Pouvez vous nous présenter votre collectif Cannabis Sans Frontières ?

Le collectif Cannabis Sans Frontières est né en mai 2009, pour au moins deux bonnes raisons. La première concernait la manière dont les partis politiques évitaient soigneusement de s’engager sur certains sujets sous des prétextes fallacieux comme « l’opinion n’est pas prête », ou « ça ne rapporte pas de voix ». La seconde trouvait son origine dans la manière dont les personnes concernées (usagers de drogues, victimes de l’Etat policier – Exclus, SDF, travailleurs du sexe, gens du voyage, minorités visibles, -) se considèrent -à tort- comme citoyens de seconde zone, de peur d’attirer l’attention ou que leurs revendications ne soient pas prises au sérieux, voire pour s’épargner des ennuis éventuels…

Avec Cannabis Sans Frontières, l’idée était de se servir des élections européennes pour placer la réforme de la politique de contrôle des stupéfiants au cœur du débat public, alors que Sarkozy venait d’enterrer la sortie du rapport Reuter/Trautmann que l’UE avait commissionné [ndlr : qui montrait que la répression face aux drogues n’avait pas montré d’efficacité entre 1998 et 2007]. Comme un pied de nez, notre plateforme programmatique s’appuyait sur les recommandations du rapport Catania adopté par le Parlement européen en 2004 et des propositions malheureusement toujours ignorées aujourd’hui.

Il est évident que la légalisation du cannabis peut avoir de nombreuses conséquences positives sur la vie des gens.

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Vous êtes un activiste du cannabis, pourquoi avez vous choisi d’être militant ?

Je me définis plutôt comme un citoyen du monde, défenseur des droits humains universels. Si je suis devenu un militant-activiste pro-cannabis, c’est à force de vivre des injustices, de subir l’arbitraire des contrôles et les provocations policières… peut être même liées à ma couleur de peau ou mon origine sociale (Cf. en 2012 à Evry, quand la Police Municipale m’a arrêté pour mon dernier happening de campagne électorale). J’avais – et je conserve – cette impression que jamais je ne pourrai vivre normalement dans une société ouverte et tolérante avec une loi inique qui bafoue mes droits élémentaires.

La raison principale de mon engagement tient dans les propos de la Procureur de la République de Bourg-en-Bresse, qui en 1991, prononçait dans son réquisitoire ces mots qui restent gravés dans ma mémoire : « si vous écoutez ses propos, c’est un fléau de plus qu’il veut ajouter, en plus de l’alcool et du tabac, avec les graves conséquences que l’on connait en Espagne ou aux Pays Bas »… A l’époque je venais d’expliquer au juge en réponse à ses questions sur ma consommation et ma motivation à respecter la loi : « Ce n’est pas vous, ni les policiers qui vous méprenez en faisant appliquer la loi, c’est le législateur qui fuit ses responsabilités en ne prenant pas la mesure de la réalité pour modifier la loi en conséquence ».

Depuis je n’ai cessé de m’informer et d’agir pour l’abrogation de la loi du 31 décembre 1970 et la définition d’une politique de contrôle des stupéfiants juste et efficace.

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Encore aujourd’hui, trente cinq ans plus tard, ce petit ennui de jeunesse avec la justice française m’empêche d’obtenir un visa pour voyager aux Etats Unis !

J’espère qu’un jour de mon vivant, nous pourrons enfin avoir une politique qui sépare les marchés des substances selon des modalités d’accès différenciées en fonction de la toxicité scientifiquement reconnue. Peut-être réalisera-t-on que l’alcool est sans doute encore plus problématique à réguler que le cannabis, ou que le cannabis aidera à mieux contrôler les problèmes causés par l’alcool et la cigarette !

Que dites-vous aux opposants d’une légalisation du cannabis ?

Tout dépend le niveau de sérieux de leur argumentation, car souvent leurs propos ne sont pas étayés par la connaissance, mais par des opinions personnelles.

D’abord considérons que le statu quo répressif est une aubaine pour les organisations criminelles qui prospèrent grâce au trafic, car la demande ne diminue pas.

Je leur explique que l’exemple des Pays Bas ou du Portugal démontre que l’on peut avoir une politique de tolérance de l’usage de drogues, beaucoup plus efficace pour limiter la consommation chez les plus jeunes, pour lesquels il y a de vraies raisons de s’inquiéter en France.

J’aimerais qu’ils comprennent que le cannabis n’est pas le problème, mais que c’est l’absence d’information sur la nature, la composition, l’origine et les bons conseils d’utilisation qui peuvent causer des mésusages. S’ils ont peur des effets d’une plante, pourquoi n’ont-ils pas de craintes à l’égard des fleurs de Datura qui ornent les jardins publics ?

Enfin, comme je suis persuadé que les opposants à la légalisation se drapent dans une forme de morale bon teint, et que leur aveuglement est à l’origine de catastrophes sanitaires, sociales, économiques, environnementales, et de dégâts pour l’ensemble de la société et les individus bien plus graves que les drogues elles-mêmes… il est difficile de trouver une voie consensuelle avec ceux et celles qui défendent la même logique que le Président Duterte aux Philippines ou celle d’un chef de bande zetas au Mexique.

Pensez vous que Emmanuel Macron va traiter la dépénalisation du cannabis durant son quinquennat, au-delà de la contraventionnalisation annoncée ? Selon vous, la France suivra t-elle le modèle des Etats-Unis ?

J’espère bien qu’il ne restera pas timoré, comme son prédécesseur, et qu’il ne se limitera pas à une mesure cosmétique, qui pourrait avoir des conséquences encore plus négatives si cette évolution n’a pas de cohérence avec une politique globale de prévention… Si notre jeune président ne vieillit pas trop vite, s’il est en phase avec le monde d’aujourd’hui, avec les réalités du 21ème siècle, en prise avec les enjeux globaux et surtout s’il veut marquer l’histoire de son empreinte, il peut s’attaquer à cette question de la régulation du marché des produits psychotropes. S’il est intelligent et bien conseillé, il pourra réellement mettre de l’ordre dans la finance mondiale et lutter sérieusement contre les organisations criminelles, y compris terroristes, qui tirent profits de ces trafics.

On le sait, ce n’est pas qu’une question de santé publique. Dans les évolutions observées outre-atlantique, ce sont les aspects économiques qui dominent : le marché du cannabis représente une manne financière non négligeable pour le budget national d’un Etat, et en le réglementant on peut le taxer donc disposer de nouvelles ressources pour pallier à certaines missions de services publics. Selon ses modalités de mise en oeuvre, la régulation légale du cannabis peut faire naître un gisement de nouvelles opportunités économiques.

Qu’attendez vous de ces législatives ?

J’espère que la future Assemblée Nationale sera représentative de toutes les couches de la société française, et que de nombreux parlementaires élus auront pris publiquement cet engagement pour réformer la politique de lutte contre les conduites addictives, en portant devant leur électorat la proposition de légaliser/réguler le marché du cannabis.

Vous avez obtenu 0,42% des suffrages lors des législatives de 2012. Pensez vous que le soutien du Parti Pirate sera suffisant cette année face à Nicolas Dupont-Aignan ?

Au nom du « dégagisme », au nom du « renouvellement », au nom de la « majorité présidentielle », au nom de la lutte « contre le FN », au nom de la « concorde nationale », il y a bien des raisons à ce que NDA ne soit pas élu une cinquième fois. Certes, mon score de 2012, de 187 voix dans l’urne peut paraître ridicule à comparer à ses 18000 voix qui le rendent quasi éligible au premier tour. Compte tenu de mes moyens et de la campagne que je mène, j’espère faire mieux mais je ne ferai pas 100 fois mieux pour remplacer ce ponte de l’extrême-droite. Sauf si les abstentionnistes étaient si peu nombreux, qu’ils décideraient le 11 juin de se faire entendre avec leurs voix dans l’urne. Mais je ne rêve pas car le bassin électoral est tout de même très conservateur, limite réactionnaire, donc à priori peu réceptif aux propositions du Parti Pirate, de Cannabis Sans Frontières et de la Fédération Libertaire Unitaire Ouverte (F.L.U.O.).

Quelles sont les principales difficultés dans votre combat aujourd’hui ?

Les principales difficultés tiennent dans l’absence d’un vrai débat public de fond, pour ne plus être à la merci des faux-arguments et de polémiques stériles. Le fond du problème c’est l’art.L3421-4 qui empêche de présenter l’usage du cannabis sous un jour véridique. Comment peut-on avoir un avis éclairé, quand on est obligé « d’objectiver » en propageant toujours les mêmes mensonges alarmistes comme « la théorie de l’escalade », « la perte de Q.I. » pour contrebalancer les arguments « favorables »…

Il y a surtout un problème de financement du mouvement pro-légalisation, car en France nous manquons d’organisations dotées de plusieurs millions d’euros de budget pour faire contre-poids à la puissance du lobby prohibitionniste (comme celles conjuguées de l’OCRTIS, BigPharma, l’Eglise de Scientologie, les Témoins de Jéhovah, Civitas, etc…).

Par exemple, en Allemagne, à la faveur d’un jeu télévisé et d’une récompense de 1 million d’euros, l’organisation D.H.V a pu en l’espace de quelques mois faire basculer l’opinion publique et le gouvernement [ndlr : en anglais, ici], au point que nos voisins germains se fixent pour objectif de devenir les fer-de-lance pour l’accès au cannabis thérapeutique.

En participant à l’élection législative, Au-delà de ma propre campagne, les candidatures Cannabis Sans Frontières + Parti Pirate + F.L.U.O. sont porteuses de tout ces changements : Emmanuel MAILLARD dans la 2ème Circo du Cantal, Florent BARBE dans la 4ème Circo à Paris, Béatrice BUDIN dans la 1ère Circo du Maine-et-Loire, Maxime LAGLASSE et Serge DORDOIGNE sur la 6ème Circo à Paris.

Aurélien a créé Newsweed en 2015. Particulièrement intéressé par les régulations internationales et les différents marchés du cannabis, il a également une connaissance extensive de la plante et de ses utilisations.

3 Commentaires

3 Commentaires

  1. Anis Mg

    1 juin 2017 à 15 h 07 min

    On
    compte sur toi pour des arguments solides concernant la Cure du
    cancer,Diabete,Chrone,Leucemie,Metablastoma… avec les concentrées du
    Cannabis si tu veut convaincre les ignorants et les incultes de la vrai
    medecine.

  2. Sirdec

    1 juin 2017 à 22 h 55 min

    Ce sont des gens comme lui qui font avancer les choses.
    Respect.

  3. Stef Anguille

    1 août 2017 à 19 h 21 min

    +1 de bon propos ! legalisons le cannabis et depenalisons toutes les drogues afin de mieux controler les consos

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Cannabis en France

Quelle efficacité pour le futur « plan stup' » en France ?

Efficacité du plan anti-stups en France

Edito. 4 ministres étaient réunis ce matin à Marseille pour annoncer la mise en place d’un nouveau plan anti-stupéfiants en France. Grande oubliée de cette réunion ? La ministre de la Santé. Le ton était donné, le cannabis n’est qu’un enjeu répressif. Regroupé autour de 6 thèmes principaux et 55 mesures, l’objectif (louable) est de mettre un grand coup au trafic de drogues en France. Mais si 50 ans de prohibition ont échoué, comment faire ? Passer la « vitesse supérieure » nous dit Castaner.

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Pour nous qui croyions fortement à l’efficacité de l’amende Poulliat, dont on nous promettait qu’elle allait permettre de déporter les forces de police sur la lutte contre le trafic, c’est une déconvenue certaine. Elle n’est d’ailleurs toujours pas en application, comme l’expliquait ce matin David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale sur France Info, qui n’y voit qu’un « outil », à condition de « pouvoir encaisser [et] prélever cette amende ». Dommage de ne pas y avoir pensé plus tôt. Nicole Belloubet a précisé plus tard qu’elle le serait courant 2020.

55 mesures donc, et aucun objectif de fixé. Ce sera ainsi plus facile de communiquer sur la réussite de ce plan, qui va à rebrousse-poil de tout un contexte international. Tout le monde connaît évidemment la situation du cannabis en France : pays le plus répressif et premier consommateur de cannabis en Europe.

Alors que l’échec de la répression sur la consommation de drogues est désormais internationalement reconnu, que le Luxembourg va légaliser le cannabis, que les Pays-Bas passent en partie à une production nationale encadrée et régulée, que le Portugal a dépénalisé toutes les drogues en 2001, comme tous nos voisins ensuite, alors même que notre ministre de l’Intérieur était un fervent défenseur de la légalisation du cannabis, alors que 33 Etats américains ont légalisé le cannabis médical et 11 le cannabis récréatif, que le Canada et l’Uruguay l’ont fait, que le Mexique et l’Afrique du Sud ont déclaré son interdiction inconstitutionnelle et sont en train de légiférer, l’exécutif français n’a finalement qu’un mot à la bouche : répression.

Omo lave plus blanc que blanc

La future répression à l’égard des trafics s’appuiera notamment sur ces 6 grands points :

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  • remplacer l’OCRTIS par l’Ofast, pour « oublier » les nombreuses affaires d’importations illégales de cannabis. Le nouvel organe sera muni de 150 enquêteurs et de 16 antennes territoriales
  • renforcer la remontée d’informations sur l’état du marché, à la fois statistique via la MILDECA (qui a déjà du mal à dissocier chanvre et cannabis) et pragmatique via par exemple des cartographies des points de deal
  • création d’un plan-poucave, pour dénoncer plus facilement le dealer le plus chaud de ta région
  • saisir davantage les biens des mis en examens
  • renforcer la coopération internationale, notamment avec le Benelux. Ce sera peut-être l’occasion de regarder du côté des Pays-Bas et du Luxembourg.
  • et globalement augmenter les budgets dédiés à la lutte contre les trafics

Hormis les innovations techniques et les nouvelles techniques d’enquête, le plan reste sur la même ligne que ces 50 dernières années. La prévention sera adressée via les risques sanitaires et pénaux. Et la prise en charge des addictions évacuée au grand plan 2018-2022 qui ne promettait là aussi rien de nouveau. La lutte contre les stupéfiants coûtait déjà 680 millions d’euros par an en France, sans 1 seul centime de gain. Même Hadopi n’en avait pas rêvé.

Et pourtant, un échec couru d’avance

S’il est aussi typiquement Français de jouer les oiseaux de mauvaise augure, voici ce qui pourrait nous mettre objectivement sur la piste d’un énième échec de politique publiques des drogues en France :

  • La répression échoue depuis 50 ans en France.
  • Christophe Castaner ne croit pas à son plan. Il le disait lui-même il y a tout juste 4 ans à propos du trafic de cannabis : « c’est pas la sanction qui empêche le trafic ».
  • le Mexique, qui a envoyé l’armée contre les cartels et lancé une guerre à la drogue qui a fait plus de 100 000 morts, finit par légaliser.
  • plus un produit est prohibé, plus il est intéressant pour le marché noir. C’est en tout cas la conclusion d’une étude belge sur les trafics en Belgique.
  • les circuits d’acquisition du cannabis ne se limitent plus au four. La mesure 13 du plan propose d’ailleurs d’engager une réflexion « pour améliorer la surveillance du vecteur postal ». Si c’était toutefois la seule…
  • le succès d’une politique de répression ne peut seulement se réjouir d’une hausse des saisies. Ce chiffre ne veut rien dire. Tout au plus il dénote d’un regain d’activité des Douanes. Mais sans savoir ce qui n’est pas saisi, ce chiffre ne sert qu’à se regarder le nombril. 500 tonnes sont consommées chaque année en France. Se féliciter d’en avoir arrêté 100, sans non plus préciser si elles étaient destinées au marché français, n’est que du chiffre. Pas de l’efficacité.
  • si tant est que l’offre se raréfie, et c’est fortement improbable désormais, le seul consommateur en fera les frais : produits plus chers, plus coupés, plus forts, cartouches de THC avec des diluants mortels, cannabinoïdes synthétiques… Mais pas moins disponibles

« La France ne sera pas le terrain de jeu des trafiquants », a conclu le ministre en fin de présentation. Tous ces éléments, et les quelques 50 dernières années dans le monde, nous poussent au contraire à croire que les seuls gagnants de ce plan anti-stups seront bien les trafiquants.

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