Etude : l’alcool est 114 fois plus dangereux que le cannabis pour la société

substances psychoactives

Une étude comparative sur les risques associés aux substances psychoactives a jugé que l’alcool était une substance à « haut risque » et le cannabis « à faible risque ». L’originalité de cette étude est d’utiliser l’approche d’exposition marginale, qui évalue les risques associés à une substance en fonction de sa toxicité et du degré d’exposition à cette substance.

La substance la plus à risque dans nos sociétés serait ainsi l’alcool, très toxique et très consommée. Le désavantage de cette méthode est le manque de données disponibles concernant l’usage des substances illicites et donc l’exposition de la société à ces substances. Les chercheurs utilisent des outils de probabilités pour combler ces manques.

Le contenu de l’étude

Pour déterminer la toxicité des substances, les chercheurs estiment à partir de tests sur des animaux la limite à laquelle la dose devient létale ou provoque l’intolérance. L’exposition est quant à elle estimée à partir d’une consommation moyenne dérivée de scénarios individuels et sociétaux. Pour un individu, par exemple, une consommation régulière d’héroïne ou d’alcool augmente fortement le risque de mort mais à l’échelle de la société, les décès causés par l’alcool sont considérablement plus nombreux que les décès des suites d’une overdose. L’alcool est donc considéré comme plus risqué que l’héroïne et les opioïdes en général du fait du haut degré d’exposition de la société à cette substance.

Plus la marge d’exposition (MOE) est faible, plus les substances sont classées comme dangereuses. Pour les scénarios individuels, les expositions à l’alcool, la nicotine, la cocaïne et l’héroïne sont classées « à haut risque » (<10) et le THC est classé comme « risqué » avec une MOE inférieure à 100. Sur l’ensemble de la population en revanche seul l’alcool est considéré comme une substance à haut risque. La cigarette est considérée comme risquée et le reste des substances est considéré comme faiblement risqué avec des MOE supérieures à 100. Le THC, quant à lui, est considéré comme à moindre risque avec une MOE supérieure à 10 000. En conclusion, l’alcool semble être un problème de santé publique bien plus important que le cannabis, ce que ne reflète pas du tout l’état des législations sur le sujet dans le monde.

Aux États-Unis par exemple, la liste des Substances Contrôlées considère le cannabis comme une substance à haut risque et dépourvue de valeur thérapeutique à l’image de l’ecstasy et l’héroïne alors qu’elle classe la cocaïne et les opioïdes moins restrictivement. Quant à l’alcool et la cigarette, ils n’apparaissent même pas dans cette liste malgré les nombreux décès liés à leur consommation. Pourtant, de nombreuses études montrent que l’alcool est plus toxique pour le cerveau et plus problématique pour la société en termes de sécurité publique ou de mortalité que le cannabis.

En utilisant l’approche d’exposition marginale, les chercheurs ont trouvé que le cannabis est 114 fois moins dangereux que l’alcool. Cette méthode se veut un guide pour les décisions politiques. Selon l’étude, les risques du cannabis, qui ne représente pas en soi un danger pour la santé publique, ont été largement surestimés. En revanche, les risques associés à l’alcool ont été largement sous-estimés. L’étude précise que les priorités en termes de santé publique devraient être l’alcool et le tabac plutôt que les substances illicites qui ne représentent qu’un faible pourcentage des morts liées aux substances psychoactives. Enfin, du fait de la faiblesse des risque associés au cannabis, les chercheurs recommandent de troquer sa prohibition pour une approche régulatoire.

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