Suivez-nous

Cannabis en France

Et si on arrêtait d’acter l’échec des politiques publiques françaises des drogues ?

La soirée continue sur le cannabis

Edito. France 2 consacre ce soir sa deuxième partie de soirée à l’éternelle question : « Drogue : un échec français ? ». Mais ne serait-il pas temps d’arrêter de rabâcher les mêmes poncifs et de passer à la question suivante, plus intéressante : « Comment se sortir de ce bourbier ? ».

PUBLICITE

C’est peu dire que le sujet n’est pas nouveau. L’échec des politiques publiques des drogues a été acté en 1976, avec la publication de l’Appel du 18 joint dans Libération. Puis, le Collectif d’information et de recherche cannabique (CIRC) a ressorti le même texte en 1993 et organise depuis des rassemblements tous les 18 juin.

En 2013, Chanvre & Libertés a pris la continuité des mouvements appelant à la réforme des lois sur le cannabis, et s’est mué en NORML France l’année dernière, à la faveur d’un rapprochement avec l’organisation américaine. 42 ans d’échecs actés, 16 Marches Mondiales du Cannabis, 3 associations sur le coup, et rien n’a changé.

Pourtant, l’inefficacité des politiques actuelles des drogues en France laisse peu de place au doute. S’il est bien un sujet sur lequel tout le monde est d’accord, c’est bien celui-là. Les avis divergent en revanche sur les solutions à adopter, et c’est sans doute ce thème que France 2 aurait pu aborder, avec davantage de modernité.

C’aurait également été l’occasion de répéter que le projet de contraventionnalisation des consommateurs de cannabis prévu par le gouvernement est un non-sens et un retour en arrière : au lieu d’une dépénalisation, le projet prévoit d’ajouter aux peines potentielles de prison une amende systématique. Belle avancée.

PUBLICITE

Qui peut réellement croire que cela allégera le travail de la police ou de la Justice ? De nombreuses voix au cœur des problématiques des drogues (addictologues, magistrats, policiers…) ont expliqué la nullité de ce projet. Mais le ministère de l’Intérieur ne le voit que sous l’angle de la répression et de la prohibition. Pas étonnant alors que le rapport de Mr Poulliat et Reda commence par : « Cette mission n’a pas pour objet de réfléchir à la lutte contre la toxicomanie ou à la réforme de la loi du 31 décembre 1970. »

La réforme des lois sur les drogues est pourtant aujourd’hui nécessaire. A la fois pour appréhender et encadrer leur consommation, mais aussi pour reprendre la main sur un pan de l’économie laissé aux mains de personnes peu soucieuses de la santé de ses clients, tout en se nourrissant des revenus de leurs ventes pour nourrir la prévention, réinvestir dans les quartiers délaissés de la République ou donner davantage de moyens aux forces de l’ordre pour travailler sur de vraies missions.

Les Français ne s’y trompent pas : ils sont déjà 52% à être en faveur d’une légalisation du cannabis.

La télévision publique aurait pu profiter de l’occasion pour se mettre à leur niveau et montrer que des solutions existent ailleurs, ou qu’il est facile d’imaginer un modèle français de régulation du cannabis. Elle reste aujourd’hui, au moins dans l’intitulé de l’émission, bloquée sur une question dont on connaît déjà la réponse. Et nous pond un « débat » qu’on a déjà vu 1000 fois.

PUBLICITE

Aurélien a créé Newsweed en 2015. Particulièrement intéressé par les régulations internationales et les différents marchés du cannabis, il a également une connaissance extensive de la plante et de ses utilisations.

Cliquez pour commenter

Vous devez être connectés pour poster un commentaire Connexion

Laisser un commentaire

Cannabis en France

Quelle efficacité pour le futur « plan stup' » en France ?

Efficacité du plan anti-stups en France

Edito. 4 ministres étaient réunis ce matin à Marseille pour annoncer la mise en place d’un nouveau plan anti-stupéfiants en France. Grande oubliée de cette réunion ? La ministre de la Santé. Le ton était donné, le cannabis n’est qu’un enjeu répressif. Regroupé autour de 6 thèmes principaux et 55 mesures, l’objectif (louable) est de mettre un grand coup au trafic de drogues en France. Mais si 50 ans de prohibition ont échoué, comment faire ? Passer la « vitesse supérieure » nous dit Castaner.

PUBLICITE

Pour nous qui croyions fortement à l’efficacité de l’amende Poulliat, dont on nous promettait qu’elle allait permettre de déporter les forces de police sur la lutte contre le trafic, c’est une déconvenue certaine. Elle n’est d’ailleurs toujours pas en application, comme l’expliquait ce matin David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale sur France Info, qui n’y voit qu’un « outil », à condition de « pouvoir encaisser [et] prélever cette amende ». Dommage de ne pas y avoir pensé plus tôt. Nicole Belloubet a précisé plus tard qu’elle le serait courant 2020.

55 mesures donc, et aucun objectif de fixé. Ce sera ainsi plus facile de communiquer sur la réussite de ce plan, qui va à rebrousse-poil de tout un contexte international. Tout le monde connaît évidemment la situation du cannabis en France : pays le plus répressif et premier consommateur de cannabis en Europe.

Alors que l’échec de la répression sur la consommation de drogues est désormais internationalement reconnu, que le Luxembourg va légaliser le cannabis, que les Pays-Bas passent en partie à une production nationale encadrée et régulée, que le Portugal a dépénalisé toutes les drogues en 2001, comme tous nos voisins ensuite, alors même que notre ministre de l’Intérieur était un fervent défenseur de la légalisation du cannabis, alors que 33 Etats américains ont légalisé le cannabis médical et 11 le cannabis récréatif, que le Canada et l’Uruguay l’ont fait, que le Mexique et l’Afrique du Sud ont déclaré son interdiction inconstitutionnelle et sont en train de légiférer, l’exécutif français n’a finalement qu’un mot à la bouche : répression.

Omo lave plus blanc que blanc

La future répression à l’égard des trafics s’appuiera notamment sur ces 6 grands points :

PUBLICITE
  • remplacer l’OCRTIS par l’Ofast, pour « oublier » les nombreuses affaires d’importations illégales de cannabis. Le nouvel organe sera muni de 150 enquêteurs et de 16 antennes territoriales
  • renforcer la remontée d’informations sur l’état du marché, à la fois statistique via la MILDECA (qui a déjà du mal à dissocier chanvre et cannabis) et pragmatique via par exemple des cartographies des points de deal
  • création d’un plan-poucave, pour dénoncer plus facilement le dealer le plus chaud de ta région
  • saisir davantage les biens des mis en examens
  • renforcer la coopération internationale, notamment avec le Benelux. Ce sera peut-être l’occasion de regarder du côté des Pays-Bas et du Luxembourg.
  • et globalement augmenter les budgets dédiés à la lutte contre les trafics

Hormis les innovations techniques et les nouvelles techniques d’enquête, le plan reste sur la même ligne que ces 50 dernières années. La prévention sera adressée via les risques sanitaires et pénaux. Et la prise en charge des addictions évacuée au grand plan 2018-2022 qui ne promettait là aussi rien de nouveau. La lutte contre les stupéfiants coûtait déjà 680 millions d’euros par an en France, sans 1 seul centime de gain. Même Hadopi n’en avait pas rêvé.

Et pourtant, un échec couru d’avance

S’il est aussi typiquement Français de jouer les oiseaux de mauvaise augure, voici ce qui pourrait nous mettre objectivement sur la piste d’un énième échec de politique publiques des drogues en France :

  • La répression échoue depuis 50 ans en France.
  • Christophe Castaner ne croit pas à son plan. Il le disait lui-même il y a tout juste 4 ans à propos du trafic de cannabis : « c’est pas la sanction qui empêche le trafic ».
  • le Mexique, qui a envoyé l’armée contre les cartels et lancé une guerre à la drogue qui a fait plus de 100 000 morts, finit par légaliser.
  • plus un produit est prohibé, plus il est intéressant pour le marché noir. C’est en tout cas la conclusion d’une étude belge sur les trafics en Belgique.
  • les circuits d’acquisition du cannabis ne se limitent plus au four. La mesure 13 du plan propose d’ailleurs d’engager une réflexion « pour améliorer la surveillance du vecteur postal ». Si c’était toutefois la seule…
  • le succès d’une politique de répression ne peut seulement se réjouir d’une hausse des saisies. Ce chiffre ne veut rien dire. Tout au plus il dénote d’un regain d’activité des Douanes. Mais sans savoir ce qui n’est pas saisi, ce chiffre ne sert qu’à se regarder le nombril. 500 tonnes sont consommées chaque année en France. Se féliciter d’en avoir arrêté 100, sans non plus préciser si elles étaient destinées au marché français, n’est que du chiffre. Pas de l’efficacité.
  • si tant est que l’offre se raréfie, et c’est fortement improbable désormais, le seul consommateur en fera les frais : produits plus chers, plus coupés, plus forts, cartouches de THC avec des diluants mortels, cannabinoïdes synthétiques… Mais pas moins disponibles

« La France ne sera pas le terrain de jeu des trafiquants », a conclu le ministre en fin de présentation. Tous ces éléments, et les quelques 50 dernières années dans le monde, nous poussent au contraire à croire que les seuls gagnants de ce plan anti-stups seront bien les trafiquants.

Continuer la lecture

Trending

Ne manquez aucune news, abonnez-vous à notre newsletter !

1 newsletter par semaine, pas de pub !

0