Cannabis et chirurgie : un no-go ?

chirurgie cannabis

A plusieurs reprises, des patients se sont vus refuser une opération à cause de leur consommation de cannabis. Quelles sont les raisons médicales et non-médicales qui justifient un tel refus ?

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Les problèmes potentiels

Le cannabis est souvent consommé sous forme de joint. Il peut donc entraîner des complications au niveau de l’appareil respiratoire au même titre que la cigarette. Dans une étude récente conduite sur 50 patients, 26 d’entre eux ont requis de l’albuterol, un médicament utilisé pour dilater les bronches, 31 d’entre eux ont requis du glycopyrrolate, un médicament qui empêche la sécrétion trop abondante de salive. Ces deux médicaments sont utilisés pour éviter les difficultés respiratoires et favoriser l’intubation.

« Ces problèmes sont commun à tous les fumeurs chroniques » explique le Dr. Hervé Damas, un médecin chirurgien également spécialisé dans les traitements au cannabis. Ainsi, le problème n’est pas le cannabis en soi mais le mode de consommation. Néanmoins, la même étude souligne que le cannabis semble interférer avec les anesthésiants. Elle rejoint en ce sens une autre étude qui en comparant des dossiers de patients anesthésiés a conclu que les patients consommateurs de cannabis médical ont eu besoin de doses significativement plus fortes d’anesthésiants – en particulier le propofol – lors d’opérations.

Une autre étude suggère que la consommation de cannabis peut également entraîner des complications cardio-vasculaires notamment chez les jeunes usagers chroniques en augmentant les risques d’infarctus du myocarde de 2,5 à 4 fois. Cela dit, la généralisation de ces résultats a été contestée. Face à ces risques, la consommation de cannabis entraîne l’usage de plus de médications durant les opérations chirurgicales augmentant ainsi le risque d’effets secondaires indésirables que celles-ci entraînent. De manière générale, les médecins recommande l’arrêt de la consommation au moins 72h avant toute opération.

Dans une autre étude, les chercheurs se sont intéressés à la différence d’expérience de la douleur dans un cadre post-opératoire chez 155 patients consommateurs de cannabinoïdes et 155 patients non consommateurs après une chirurgie orthopédique lourde. Il s’avère que les premiers ont indiqué une plus grande incidence et une plus grande intensité de la douleur au repos (62,3% contre 45,5%) et en mouvement (85,7% contre 75,2%). Néanmoins, les chercheurs expliquent « qu’il semble logique qu’une personne qui prend un médicament contre la douleur (comme les cannabinoïdes) et subit une opération douleureuse sans avoir accès au médicament ensuite, expérimente généralement une douleur accrue ».

Des barrières morales demeurent

Si la consommation de cannabis entraîne quelques risques supplémentaires en chirurgie, ceux-ci ne semblent pas justifier l’annulation de l’opération. Pourtant, il est arrivé que dans certains cas des médecins refusent de pratiquer une opération après avoir été notifié d’une consommation de cannabis chez le patient. En juin dernier, une patiente et militante du cannabis médical écossaise, Bernadette McCready, qui utilise de l’huile de cannabis pour soulager des douleurs chroniques à la suite d’une hystérectomie, s’est vue refuser une opération au Royal Alexandra Hospital pour cette raison.

« J’étais assise sur le bord du lit, quelques minutes avant l’opération et j’ai été jetée hors de l’hôpital » explique cette dernière au Daily Record. « On aurait dit qu’il y avait un tueur en série dans la pièce. Je ne me suis jamais sentie autant humiliée ». Ce genre de refus est basé sur des considérations purement morales. Les services de santé publique britanniques ont déclaré que la possession ou la consommation de cannabis ne justifiaient pas un tel refus : « Notre politique est d’offrir des soins à tous, peu importe les choix de vie, sauf dans des circonstances cliniques très spécifiques ».

Malheureusement, ce cas n’est pas isolé : en Utah, avant la légalisation du cannabis, un jeune homme de 19 ans s’est vu refuser l’inscription sur une liste de greffe de poumon à cause de sa consommation passée de cannabis. Il a été contraint d’aller dans un hopital en Pennsylvanie où les docteurs ont interdiction de refuser une greffe à cause d’une consommation de cannabis. Interrogé par la presse locale sur cette affaire, un chirurgien de l’hôpital a déclaré : « nous avons récemment libéralisé nos critères concernant le cannabis ».

Dans une enquête sondant 360 fournisseurs de greffe de cœur à travers 26 pays, presque deux tiers des répondants se sont positionnés pour l’admission de patients utilisant du cannabis médical sur les listes de greffe. En revanche, seulement 27,5% d’entre eux soutiennent l’admission des consommateurs de cannabis récréatif. Ce genre de barrières morales peut conduire les patients à cacher aux médecins leur consommation de cannabis. Cela peut s’avérer dangereux car ces derniers ne peuvent pas anticiper les complications potentielles liées à cette consommation. La communication est essentielle. D’autant plus que la majorité des répondants de cette étude (68%) soutiennent la greffe si le patient s’est abstenu.

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