Colmar : retour sur le procès de la jardinerie Auxine, accusée de complicité de trafic de stupéfiants

Procès Auxine

Pavé dans la mare ou enfonçage de porte ouverte : l’industrie du cannabis en France existe bel et bien. Les magasins de graines, les jardineries ou la vente d’accessoires pour fumeurs sont des activités tout à fait légales. Et bien qu’on n’ait jamais vu un tabac se faire poursuivre pour incitation à la consommation de stupéfiants en vendant des feuilles longues et un paquet de cigarettes, les growshops et autres jardineries, spécialisés ou non dans le matériel de culture d’intérieur, sont régulièrement accusées de faciliter la culture de cannabis à domicile.

Christian KELHETTER a monté sa « jardinerie alternative » en 2011, d’abord sous l’enseigne Indoorgardens, puis sous sa propre marque, Auxine. En avril dernier, à l’issue d’une perquisition sur son lieu de travail et à domicile, Christian est accusé de complicité de trafic de stupéfiants. Certains de ses clients cannabiculteurs se sont fait prendre et ont déclaré se fournir en matériel chez lui et recevoir des conseils de sa part.

L’activité professionnelle de Christian en prend un coup, tout comme sa vie personnelle. Il risque de la prison ferme pour avoir vendu du terreau et des lampes, disponibles chez Truffaut ou sur tous les growshops en ligne. Pour aider à financer sa défense, ses comptes étant bloqués, Christian a lancé une cagnotte en ligne. Et nous sommes allés prendre de ses nouvelles, à quelques jours de son procès.

L’activité de growshop reste risquée en France, et tu n’es pas le premier à comparaître devant la Justice. Avais-tu imaginé un jour vivre cette épreuve ?

Je ne considère plus mon magasin comme un growshop depuis que j’ai quitté l’enseigne Indoorgardens en 2015. Je qualifie mon magasin de « jardinerie alternative », appellation que j’ai d’ailleurs déposée à l’INPI. Mon activité dépasse largement celle du growshop. Certes je commercialise du matériel de culture d’intérieur mais je m’occupe également de maraîchage, d’orchidée, de murs végétaux, de terrarium et aquarium ainsi que du jardinage au naturel. Je suis labellisé « Jardiner au naturel » par la Fredon. Ces activités représentent dans mon chiffre d’affaire une part en constante augmentation depuis 3 ans. Les cannabiculteurs restent malgré tout les principaux clients. Je n’ai jamais cherché à cesser de les servir mais ils ne font pas partie des axes de développement de l’entreprise.

Je ne suis pas le premier à comparaître mais le premier à communiquer publiquement sur mon affaire. Jusqu’ici je pensais que les précédents magasins spécialisés dans la culture d’intérieur qui avaient été inquiétés l’avaient été pour des raisons extrinsèques à leur activité (production, trafic, fiscalité, etc..). Depuis que cette affaire a commencé je découvre que les rumeurs sont infondées, notamment pour les magasins Indoorgardens de l’Ouest de la France. Le manque de communication des précédents magasins inquiétés ne m’a pas permis de me rendre compte que moi aussi je pourrais être inquiété. C’est très dommage et je ne souhaite pas qu’il en soit de même pour les presque 200 magasins français restants. Je ne suis pas le dernier, tu peux en être sûr, de nombreux autres sont dans les rouages en ce moment et ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne ferment. Je pense que très peu l’ont compris.

J’ai toujours mis un point d’honneur à rester droit et à faire mon travail le plus justement possible. Pour moi le cannabiculteur est un activiste qui préfère produire son cannabis lui-même plutôt que de se fournir chez les mafieux en produits d’origine et de qualité douteuses. Je n’ai jamais trouvé d’argument moral pour refuser de les servir ou arrêter de commercialiser le matériel qu’ils utilisent. Je ne m’attendais pas du tout à être inquiété de la sorte. En tout cas pas sans un avertissement préalable ou un dialogue avec les autorités, auquel cas j’aurais immédiatement refusé toute vente liée au cannabis.

Les accusations tournent majoritairement autour de l’usage (détention / consommation) de stupéfiants chez toi et à ton travail. Pourquoi cela rejaillit-il sur ton magasin ?

Je suis accusé des faits suivants :

  • complicité d’acquisition non autorisée de stupéfiants à mon domicile et à Colmar
  • complicité de détention non autorisée de stupéfiants à mon domicile et à Colmar
  • complicité d’emploi non autorisé de stupéfiants à mon domicile et à Colmar
  • complicité d’usage illicite de stupéfiants à mon domicile et à Colmar
  • usage illicite de stupéfiants à mon domicile et à Colmar
  • détention non-autorisée de stupéfiants à mon domicile et à Colmar
  • exécution d’un travail dissimulé à mon domicile et à Colmar

À mon domicile je n’ai jamais consommé que du cannabis légal ou des extraits de cannabis légaux vendu par des sociétés française ou du chanvre cultivé légalement par un de mes partenaires.

Les accusations d’acquisition, détention, emploi et usage correspondent à un ensemble regroupable sous le terme « trafic ». C’est la façon détournée de juger les producteurs de cannabis. La production étant un crime, les accuser de trafic permet de passer au Tribunal Correctionnel au lieu de passer en Cour d’Assises, également en comparution immédiate et sans instruction.

Concernant l’accusation de travail dissimulé, mon employé est le salarié d’une deuxième entreprise que je détiens « Fleurs de Chanvre sàrl » qui avait mis en place un partenariat de recherche avec le CNRS pour évaluer l’efficacité de produit à base de chanvre sur les maladies colorectales. C’est ce même chanvre qui a été retrouvé chez moi et au magasin. Il n’y a jamais eu de travail dissimulé dans mon magasin. J’ai toujours respecté la loi.

Ce n’est pas mon usage ou ma détention qui rejaillissent sur le magasin. Ce sont les déclarations des clients du magasin qui ont rejailli sur ma vie privé et sur mon entreprise. Chez moi ont été trouvés du chanvre et du « haschich légal » que j’ai remis moi-même aux gendarmes. Également au magasin c’est uniquement du chanvre qui a été trouvé. Je t’invite à lire les différents articles de mon blog pour y puiser des informations : www.auxine.net

En France, tout est légal sauf la plante. Les growshops s’attachent à ne pas parler cannabis pour ne pas être accusés d’incitation à la culture, malgré que tout le monde sait que les clients peuvent l’utiliser pour. Cette hypocrisie cessera-t-elle un jour ?

Tu dis :  » tout le monde sait que les clients peuvent l’utiliser pour ». C’est justement là le problème. D’après les autorités, savoir qu’un client va utiliser le matériel pour cultiver du cannabis et lui vendre tout de même constitue de fait une complicité. D’après les gendarmes, le vendeur devrait refuser la vente et dénoncer son client. Pour moi il n’y a pas d’hypocrisie, depuis 15 ans c’est un secret de polichinelle. Tout le monde sait bien que le matériel de culture d’intérieur peut être utilisé pour cultiver du cannabis. Le marché du matériel de culture d’intérieur représente aujourd’hui au minimum un chiffre d’affaire de 100 millions d’Euros par an en France. Les magasins spécialisés ont été de nombreuses fois exposés dans les médias. De grandes enseignes françaises existent avec plusieurs dizaines de points de vente et de nombreux salariés. Il n’y a aucune d’hypocrisie. Certains magasins se croient peut-être cachés mais aucun ne l’est.

A la suite du jugement, quelles seront tes options ? Réouverture, changement de projet … ?

– Les journaux locaux m’ont sali. Un client sur deux que je croise dans la rue me demande pourquoi j’ai trafiqué avec de la cocaïne. Je n’ai jamais fait ça mais les articles de journaux peuvent le laisser penser.

– Le magasin est en cessation de paiement. Le coût de ces trois mois de fermeture serait difficilement rattrapable et je pense que la clientèle, même non-cannabicultrice, ne souhaite plus y mettre les pieds.

– J’ai perdu la confiance de mes prestataires, fournisseurs et financeurs.

– J’ai mis en place une cagnotte afin de financer ma défense au tribunal, pensant que les autres magasins allaient participer afin que je puisse me défendre jusqu’au bout avec une procédure longue, coûteuse et complexe. Peu ont participé, pas assez en tout cas. Il n’y aura donc pas de défense efficace le 26 juillet. Je vais baisser la tête et attendre la sentence. Les acteurs de ce marché m’ont un peu dégoûté. Seul les fabricants Bio-Technology et GHE ont pour l’instant participé. Je les remercie ainsi que les autres contributeurs qui sont majoritairement des magasins ou des proches

– Même si je pouvais légalement réouvrir, sans le soutien de mes confrères et fournisseurs le magasin est perdu. Je prévois de liquider dès la levée des scellés.

– Je ne sais pas ce que je ferais ensuite. Je viens de perdre 7 ans de travail acharnés et plusieurs dizaines de milliers d’Euros. Je vais peut-être devoir payer une forte amende ou faire de la prison ferme. Si je ressors libre le 26 je pense pour l’instant à me salarier afin de remplir mon frigo. Pour l’instant je mange des pâtes. Je pense également à changer de pays. Mais il est trop tôt pour prendre quelque décision que ce soit.

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