Non, InstaDose ne cassera pas les prix du CBD

Serait-il possible qu’un acteur inconnu du marché du cannabis se monte en un rien de temps et révolutionne la production d’huile de CBD ? Probablement. Mais quand l’annonce est trop belle, cela pousse normalement à y regarder de plus près.

Il y a quelques jours, une nouvelle cannabique émergeait sur Internet : Instadose « le plus gros producteur canadien fait baisser les prix de l’huile de cannabis de 96,34% ».

Le plus gros producteur de cannabis canadien ? On pensait que c’était Canopy. Si certains producteurs licenciés canadiens ne se gênent pas pour se présenter plus gros qu’ils ne sont, se vanter d’être le plus gros producteur d’un pays sans avoir de licence est un peu osé. Une rapide recherche fait d’ailleurs remonter l’absence d’InstaDose dans les sites de news B2B comme Marijuana Business Daily ou Cannabis News Venture.

InstaDose est-elle trop belle pour être vraie ? Il semblerait bien.

Un géant invisible établi en deux mois

Les journaux qui ont relayé l’info ont dans la plupart des cas simplement publié le communiqué de presse de la compagnie.

Celui-ci explique que l’entreprise est installée en République Démocratique du Congo, où la culture du cannabis est illégale au passage, avec « une capacité de production de 900 000 litres d’huiles par an » grâce à ses 200 000 fermiers qui cultivent 100 000 hectares de cannabis, dont on ne voit d’ailleurs pas la couleur sur le site de la-dite entreprise. Pour comparaison, Canopy Growth, le réel plus gros producteur de cannabis canadien, couvre 40 hectares. Aussi, cacher le recrutement de 200000 fermiers au Congo sans même un papier dans la presse économique locale tient du miracle.

Pour cultiver du cannabis au Congo, l’entreprise explique qu’elle a d’abord dû  obtenir l’aval des autorités congolaises qu’elle a rencontré en octobre dernier pour discuter du projet. Le vice-ministre de l’Agriculture et des représentants d’autres ministères étaient présents. Le projet requerrait l’accord d’une licence spéciale pour la culture et l’exportation, une coordination des différents ministères censés fournir du matériel et un investissement de 25 millions de dollars. Le communiqué précise que le vice-ministre doit désormais statuer de la possibilité de confectionner des médicaments à base de cannabis sur le sol congolais.

Dans le communiqué récent publié par les médias, en revanche, l’entreprise annonce avoir déjà entamé la production de 90 000 litres d’huile prêts à entrer sur le marché mondial dans les mois à venir. En deux mois à peine, l’entreprise aurait donc obtenu une licence des autorités congolaises, construit des sites de production (apparemment certifiés aux normes GMP européennes) « pour 76 millions de dollars » et commencé la production.

C’est sûrement le développement le plus rapide de l’histoire. Et d’autres ne s’y sont pas laissé prendre non plus. Quand on regarde sur le site les images des soi-disant sites de production en République du Congo, aucune trace des-dites installations, pas de laboratoires, pas de sites de culture, même le matériel semble vétuste et insuffisant pour une telle surface de production.

La localisation précise des installations n’est pas indiquée, les images de leurs opérations en Argentine affichent le logo d’une autre compagnie « Bio Estériivet » et dans leur spot de présentation, ils intègrent des silots à grains (?) qui ne leur appartiennent pas puisque le logo affiche GSI Grain Systems

Nous ne sommes toutefois pas au bout de nos surprises. En fouillant un peu, nous avons retrouvé une vidéo YouTube de ce même site en 2016 qui présente exactement le même aspect. Les méga installations d’Instadose? Du vent.

Il est possible que l’entreprise négocie réellement un contrat avec les autorités congolaises auquel cas les coûts de production seront en effet bas. Le reste n’est en revanche qu’invention. Nous avons d’ailleurs connaissance du seul projet de culture de cannabis médical en RDC, et ce n’est pas celui-là (nous vous en reparlerons lorsque ce sera officiel).

InstaDose affirme par ailleurs être en discussion avec des « géants pharmaceutiques » pour la première importation canadienne: « IDP is currently in discussions with major pharmaceutical companies to assist with the release of the first batch imported into Canada« . Les régulations canadiennes précisent bien que la production canadienne n’est pas censée être destinée à l’import / export du fait des traités internationaux. L’importation reste extrêmement limitée et ne peut s’opérer que par des producteurs canadiens licenciés ce qui n’est pas le cas d’InstaDose Pharma.

InstaDose ne s’arrête pas là puisqu’elle prétend également que son huile, qu’elle qualifie comme de « la meilleure qualité du monde », va être distribuée dans le monde entier au travers d’accords de ventes. Apparemment, elle serait même en discussion avec le géant pharmaceutique et agro-alimentaire (Monsanto) Bayer. Rien que ça. Et personne n’en a entendu parler, pas même chez Bayer.

Pour couronner le tout, le PDG d’InstaDose, Grant Sanders, a des antécédents peu glorieux que révèle Equity.guru. Il était porte-parole et associé de la compagnie Hemp agro qui avait reçu l’aval du gouvernement du Nicaragua pour cultiver du chanvre. L’entreprise a été accusée de trafic, son cadre sur place enfermé en prison et les cultures brûlées. Ils avaient notamment choisi comme partenaire local un dealer réputé  de cocaïne.

Génie des affaires ou arnaque à l’investissement cherchant à profiter de la naïveté de non-initiés qui voient dans le boom du cannabis une opportunité de faire de l’argent rapidement ?

Nous avons essayé d’appeler l’entreprise pour discuter de ces « petites incohérences ». Elle est injoignable sur les deux numéros communiqués. Le contact média est directement sur messagerie avec un sommaire « please leave a message ».

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