Variétés landrace de cannabis : définition, liste complète et préservation
Les variétés landrace de cannabis sont les souches originelles, celles qui ont évolué naturellement dans leurs régions géographiques d’origine pendant des siècles, voire des millénaires, sans sélection artificielle significative. Ce sont les ancêtres génétiques de l’intégralité des variétés de cannabis modernes.
Les plus connues des connaisseurs sont la Colombian Gold, la Durban Poison ou l’Afghan Kush, mais l’écosystème des landraces est bien plus vaste et géographiquement diversifié.
Qu’est-ce qu’une variété landrace ?
Le terme landrace, littéralement « race locale » en anglais, désigne une plante qui s’est adaptée et stabilisée génétiquement dans un environnement spécifique sur de nombreuses générations, sous l’influence exclusive des conditions locales : climat, altitude, photopériode, sol, parasites et pratiques culturales traditionnelles des populations locales.
Dans le contexte du cannabis, une landrace est une variété qui a évolué dans sa région d’origine sans croisement avec des génétiques étrangères, l’intervention humaine se limitant à sélectionner les plantes qui correspondaient le mieux aux besoins locaux (robustesse, arôme, effet) sans jamais les croiser avec des variétés venues d’ailleurs.
Les landraces sont supposées être toutes apparues dans la région de l’Hindu Kush, la chaîne montagneuse entre le Pakistan et l’Afghanistan, avant de se disperser et de s’adapter à travers les grandes routes commerciales et migratoires humaines vers l’Afrique, l’Asie du Sud-Est, l’Amérique Centrale et les Caraïbes. Chaque région a produit des expressions génétiques distinctes, façonnées par des milliers d’années d’adaptation locale.
Landrace, heirloom et IBL : quelles différences ?
Ces trois termes sont souvent confondus mais désignent des réalités distinctes.
Une landrace est une variété cultivée depuis des générations dans sa région d’origine, sans croisement étranger. Elle est génétiquement stable mais diversifiée, une population de plantes, pas un clone ou une lignée fixée.
Un heirloom (ou variété « patrimoniale ») est une landrace cultivée hors de sa région d’origine, sans croisement, mais dans de nouvelles conditions environnementales. Les plantes produisent des phénotypes différents, des variations morphologiques et biochimiques dues au nouveau sol, à la lumière artificielle, à l’humidité, tout en conservant la génétique de base de la landrace parentale.
Une IBL (Inbred Line) est une lignée stabilisée par autofécondation ou croisements frères-sœurs répétés pour fixer des traits spécifiques. Certaines IBL sont issues de landraces, mais elles ont été sélectionnées et fixées par les breeders, elles ne sont donc plus strictement des landraces au sens originel.
La source de toutes les variétés modernes
Les landraces sont à l’origine génétique de l’intégralité des variétés de cannabis modernes. L’histoire du breeding contemporain se résume à ceci : à partir des années 1960-1970, des explorateurs, hippies et botanistes ont rapporté des graines de landraces du monde entier, notamment les voyageurs du « Hippie Trail » qui traversaient l’Afghanistan, l’Inde et le Népal, et ont commencé à les croiser en Occident pour créer des hybrides aux meilleures caractéristiques des deux parents.
Les sativas de floraison longue ont été croisées avec des indicas à floraison rapide pour obtenir des hybrides plus cultivables sous les latitudes tempérées. Les profils aromatiques des landraces tropicales ont été combinés à la puissance des indicas d’Asie centrale. Ce brassage génétique a donné naissance à toutes les variétés que nous connaissons aujourd’hui : OG Kush, Skunk, Haze, White Widow et leurs innombrables descendants.
En contrepartie, des décennies de sélection intensive orientée vers la puissance en THC ont considérablement appauvri la diversité génétique du cannabis cultivé en Occident. Beaucoup de landraces originelles ont disparu ou ont été si massivement croisées que leur génétique est devenue indétectable.
Caractéristiques des variétés landrace
Les landraces présentent plusieurs caractéristiques communes qui les distinguent des hybrides modernes.
Profil de cannabinoïdes équilibré : contrairement aux variétés modernes sélectionnées pour des taux de THC maximaux (souvent 20-30%), les landraces présentent généralement des profils plus équilibrés entre THC et CBD, avec des taux de THC souvent compris entre 10 et 18%. Certaines landraces indiennes ou népalaises présentent des ratios THC:CBD proches de 1:1.
Profils terpéniques complexes : n’ayant pas été sélectionnées uniquement pour la puissance, les landraces ont conservé une richesse terpénique que beaucoup de variétés modernes ont perdue. Les terpènes comme le myrcène, le limonène, le pinène et le caryophyllène s’expriment dans des combinaisons uniques à chaque région d’origine.
Adaptation climatique spécifique : une landrace tropicale cultivée sous les mêmes conditions qu’une variété nordique se comportera différemment : cycles de floraison plus longs, sensibilité accrue au froid ou à l’humidité excessive. Cette adaptation est précisément ce qui les rend intéressantes pour la médecine et le breeding, mais difficiles à cultiver hors de leur zone d’origine.
Stabilité génétique : ayant évolué sur des générations dans un environnement stable, les landraces présentent une grande homogénéité phénotypique dans leurs conditions d’origine. Sortir de ces conditions produit de la variabilité phénotypique.
Les principales variétés landrace par région
Asie centrale (Hindu Kush, Afghanistan, Pakistan)
Les landraces de cette région sont des indicas pures, adaptées aux altitudes élevées et aux étés courts. Elles sont à l’origine de tous les haschischs traditionnels de la région (Afghani, Charas).
- Afghan Kush : la référence indica, à l’origine de nombreuses variétés modernes
- Hindu Kush : pure indica des contreforts himalayens, réputée pour sa résine abondante
- Pakistan Chitral Kush : indica montagnarde aux phénotypes aux feuilles parfois violacées
Asie du Sud (Inde, Népal)
- Kerala Gold / Indian : sativas indiennes côtières, effets cérébraux et durée de floraison longue
- Nepalese : landrace himalayenne à dominante sativa, utilisée traditionnellement pour la production de charas
Asie du Sud-Est
- Thaï : sativa pure à floraison très longue, effets hautement psychédéliques et profil terpénique floral/épicé
- Lemon Thai : phénotype thaïlandais aux arômes citronnés particulièrement prononcés
Afrique
- Durban Poison : sativa exceptionnelle d’Afrique du Sud, l’une des plus puissantes landraces connues
- Malawi Gold : pure sativa du Malawi, cycles de floraison extrêmement longs
- Zamal : les variétés de cannabis endémiques de la Réunion
Caraïbes et Jamaïque
- Lamb’s Bread (aussi Lamb’s Breath) : sativa jamaïcaine légendaire, associée à la culture rastafari
Amérique Centrale et du Sud
- Acapulco Gold : sativa mexicaine aux niveaux de THC élevés pour une landrace, couleur dorée caractéristique
- Colombian Gold : sativa colombienne des montagnes Santa Marta, base de nombreux hybrides Haze
- Punto Rojo : landrace colombienne à pistils rouges distinctifs
- Panama Red : sativa panaméenne des années 1960-70, difficile à trouver à l’état pur
- G13 : origine afghane, entourée d’une mythologie importante
Pacifique
- Hawaïenne : hybride à dominante sativa d’Hawaï, arômes tropicaux distinctifs
La préservation des landraces : un enjeu actuel
La standardisation du breeding commercial autour de quelques dizaines de génétiques dominantes (OG Kush, Gelato, Runtz et leurs dérivés) a réduit considérablement la diversité génétique du cannabis cultivé. Des landraces qui existaient depuis des millénaires sont aujourd’hui menacées de disparition pure et simple, victimes de la mondialisation des marchés du cannabis.
Des organisations comme l’IBF (International Breeders Foundation), des collectionneurs de graines et des botanistes travaillent à la préservation de ces génétiques originelles, certains en partenariat avec des communautés locales dans les pays d’origine. Des banques de graines comme Ace Seeds ou Cannabiogen se sont spécialisées dans la collecte et la stabilisation de landraces authentiques.
L’intérêt scientifique pour les landraces est également croissant : leurs profils de cannabinoïdes et de terpènes diversifiés, non appauvris par des décennies de sélection pour le THC, représentent un réservoir génétique précieux pour la recherche médicale et le développement de nouvelles variétés thérapeutiques.

