Marc Scott Emery est né le 1er octobre 1958 à London, en Ontario. Entrepreneur libertarien et militant de la première heure pour la légalisation du cannabis, il devient l’une des figures les plus controversées et les plus influentes du mouvement mondial pour la légalisation, au point d’être surnommé le « Prince of Pot ».
En 1995, il voit plus grand que la graine. Il ouvre le premier magasin uniquement dédié à l’herbe sous le nom de Hemp BC Store. Bang, pipe, eye cool, solvant et littérature cannabique au menu de sa boutique. A cette époque, il réalise déjà plus de 3 millions de dollars de chiffre d’affaires. Il crée par la suite le magazine Cannabis Canada, qui deviendra Cannabis Culture. Il peut ainsi contester la politique prohibitionniste et les tabous autour du cannabis librement. Il crée également l’un des premiers sites de vente en ligne. Ainsi, une carte de crédit et une adresse postale suffisent désormais pour être livré en graines de cannabis. Egalement à son actif, la création d’une chaîne de télévision appelée « Pot TV » (la télé de la beuh).
Lors des réunions tenue sur la marijuana par des « experts » de la lutte anti-drogue, il s’amuse à contester toutes les affirmations prohibitionnistes. Par exemple, lorsque John Walters, Directeur de la politique des drogues US s’exprime à Vancouver, son discours est parsemé de petit » BULLSHIT » , « Liar ». Les multiples apparitions dans les médias et sa parole lui valent le nom de « Prince of Pot ».
En 1996, les autorités canadiennes confisquent toutes les marchandises de sa boutique Hemp BC. Marc Emery repart à l’assaut et réouvre dans la foulée. A l’époque, les autorités Canadiennes sont confrontées à des problèmes de drogues très importants. L’héroïne et la cocaïne tuent près de 300 personnes rien qu’a Vancouver en une année.
Relativement pacifique dans son message, il se fait la voix de tous les fumeurs de cannabis dans le monde. Pour autant, il remarque qu’après chaque parution dans un média américain, la police de Vancouver l’arrête, puis le relâche, pour manque de preuves et de faits solides. Certains politiques de la ville commencent à contester la pression constante des Américains dans les affaires canadiennes. Le « Prince of pot » fait de plus en plus d’émules et vend désormais ses graines à travers toute l’Amérique du Nord.
La démocratisation de l’usage du cannabis ne plait cependant pas à tous. Vancouver est une ville frontalière du nord-ouest des Etats-Unis, et du coté américain de la frontière, de lourds moyens sont mis en place pour stopper l’afflux d’herbe venue du nord. Pour Marc Emery, les affaires sont florissantes jusqu’en 2005.
Cette année-là, la DEA américaine débarque devant son magasin. Il est accusé d’avoir vendu plus de 495 000 kilos de cannabis aux Etats-Unis. Pourtant, il n’y a jamais mis les pieds. Sont accusés avec lui, ses deux collègues Gregory Keith Williams aka « Marijuana man » et Rachelle Rainey Fenkarek aka « Michelle K. Kale ». Selon la DEA, Marc Emery ferait partie des 45 plus grands trafiquants de drogue au monde. Le seul canadien sur la liste.
Pour la première fois, une personne qui n’est pas recherchée dans son propre pays est inculpée et extradée vers les Etats-Unis. Dans son communiqué, la DEA ne l’accuse pas de vendre des graines, mais d’encourager la légalisation via de la propagande internationale. Les Etats-Unis souhaite couper la tète du serpent avant qu’il ne devienne trop gros. Marc possède désormais les fonds pour alimenter un lobby, créer des événements pour soutenir sa cause, en plus de disposer d’une forte exposition médiatique. Marc encourt alors entre 10 ans de prison et la perpétuité.
Il plaide coupable au tribunal de Seattle et prend 5 ans qu’il purgera à partir de 2010. Il souhaite être extradé vers le Canada mais le gouvernement conservateur lui refuse cette possibilité. Il restera coincé durant 4 ans et demi loin de ses proches.
Lors de son retour, les choses ont changé. Le cannabis est légalisé à usage médical. De nombreuses associations militent désormais, et des dispensaires vendent du cannabis aux personnes malades qui se sont vues prescrire du cannabis. Marc Emery est accueilli triomphalement a Vancouver par les activiste pro-cannabis et se fume une quinzaine de joints d’affilée. Pour beaucoup, Marc Emery est le père fondateur de la légalisation du cannabis, ou tout du moins, de la dédiabolisation du cannabis.
Malgré que le Canada ait annoncé sa volonté de légaliser le cannabis au printemps 2017, les combats de Marc Emery ne sont pas terminés. Propriétaire de plusieurs dispensaires, il propose dès aujourd’hui du cannabis à toute personne majeure qui s’y présente, anticipant fortement la future légalisation. Ses vendeurs sont régulièrement arrêtés, ses dispensaires fermés. Mais Marc ne lâche rien, sans doute persuadé qu’il ne risque plus grand chose.
Il est aidé dans son combat par Jodie Emery, sa femme. Elle commence à travailler avec lui en 2004 dans son média puis se battra sans relâche pour la réhabilitation de son mari pendant son incarcération. Elle fut la figure de proue des pro-légalisation en l’absence de Marc et conserve aujourd’hui ce rôle devant les médias classiques et lors des nombreux événements cannabiques dans lesquels elle se rend.
Paradoxalement, Marc Emery reste une figure controversée dans le Canada du cannabis légal. Partisan d’une légalisation totale et non régulée, il critique régulièrement le modèle de légalisation choisi par le gouvernement canadien, qu’il juge trop restrictif et favorable aux grandes entreprises au détriment des petits producteurs et des militants historiques. Sa voix reste influente, même si elle dérange parfois y compris dans le camp pro-légalisation.
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