Portrait : GaléTerpshunter, le breeder discret qui bouscule le CBD français
Dans le monde du Cannabis, les variétés de Type 1 (dominantes THC) sont généralement l’objet de toutes les attentions : compétitions, hype, coupes élites, génétiques mythiques, breeding de précision… À côté, le Type 3 (dominant CBD) traîne encore une réputation de cannabis « faible », sans identité, sans goût, souvent associé à une production industrielle destinée à la biomasse.
Mais dans les Alpes du Sud, un jeune sélectionneur français veut changer cette histoire. Il s’appelle Galé, alias GaléTerpshunter sur les réseaux. À 29 ans, il développe depuis 2022 une ferme artisanale, à l’opposé des standards industriels. Et surtout, il s’est spécialisé dans un travail encore rare en France : transformer des variétés Type 1 en variétés Type 3, en conservant leur puissance aromatique, leur résine, leur structure et leur caractère.
Son approche a récemment été validée par l’un des rendez-vous les plus respectés du CBD en France : la Platinum Cup, où il a remporté quatre premiers prix en fleurs et en hashish avec une variété issue de son travail, l’Onion Patch. Rencontre avec un artisan qui refuse de considérer le cannabis CBD comme une catégorie à part.
Un “paysan” du cannabis, pas un breeder de laboratoire
« Je me considère comme un paysan, donc un peu tout à la fois, passionné par le vivant tout simplement », résume Galé. Le terme est important. Ici, il ne s’agit pas d’un breeder déconnecté de la culture, ni d’un simple producteur. Galé revendique une approche globale : sélection, production, transformation, extraction, vente. Un modèle intégré et artisanal.
« Je gère toutes les facettes de ma ferme de la sélection à la production jusqu’au hashmaking et la revente, un modèle 100% artisanal à l’inverse total des industriels », explique-t-il.
Ce projet prend réellement forme en 2022, lorsqu’il parvient à récupérer « un bout de ferme abandonnée » dans les Alpes du Sud. Mais l’histoire, elle, commence bien avant. « C’est déjà l’aboutissement d’un lien étroit avec le cannabis depuis ma plus jeune adolescence. »
Le CBD, un marché dominé par la biomasse
Quand Galé arrive dans le CBD, il fait un constat simple : la plupart des génétiques disponibles ne sont pas conçues pour produire des fleurs ou du hash de qualité.
Le CBD, en Europe, s’est d’abord construit autour d’un modèle industriel : produire du cannabinoïde en masse via la biomasse, avec des variétés fibreuses héritées du chanvre agricole. Résultat : des plantes adaptées au champ, mais souvent incapables de rivaliser avec les standards organoleptiques du cannabis THC.
« Le CBD a commencé par exister de façon industrielle pour la production de CBD brut via la biomasse. Le modèle paysan a besoin de génétiques adaptées aux fleurs de qualité ou au hash, et elles sont presque absentes du marché. »
Autrement dit : on a construit un marché de consommation avec des plantes conçues pour autre chose. Pour lui, la question est moins celle de la molécule que de l’expérience. Et l’expérience, elle se joue dans les terpènes, la résine, la structure florale, le smoke test.
Transformer le Type 1 en Type 3 : un choix stratégique
Au départ, Galé pense que la logique est simple : pour faire du Type 3, il faut croiser du Type 3 avec du Type 3. Mais il comprend rapidement qu’une autre voie est possible.
« Au début, je pensais que le seul moyen d’améliorer une variété de type 3 était de croiser CBD x CBD, mais j’ai ensuite compris que je pouvais partir de n’importe quelle variété et stabiliser le CBD dessus. »
Ce déclic est déterminant. Car il ouvre un champ immense : celui de toute l’histoire du breeding THC appliquée au CBD.
« J’avais donc le choix entre améliorer plus de 200 ans de sélection sur la fibre pour rendre cela agréable à la consommation, ou partir de plus de 40 ans de sélection sur les qualités médicinales et organoleptiques. »
Dans son esprit, la conclusion est évidente. Pourquoi tenter de rendre consommable une base conçue pour la fibre, quand on peut injecter dans le CBD tout ce que le cannabis moderne a construit depuis des décennies ?
Briser la barrière de qualité entre les “types”
Le mot revient souvent dans son discours : barrière. Galé ne parle pas seulement de différence génétique ou légale. Il parle de fracture culturelle. Pour lui, le Type 3 est encore trop souvent vu comme une version dégradée du cannabis, un substitut.
« Je veux briser la barrière de qualité entre les types, que le type 3 ne soit plus vu comme du « foin » mais comme un allié pour certains moments de la journée où il est appréciable de consommer de la qualité sans être « smogo ». »
Cette phrase résume toute sa philosophie : consommer du CBD ne devrait pas être une concession. Ce devrait être un choix, au même titre qu’une variété THC, selon l’heure, l’état d’esprit, le besoin. Son objectif n’est pas de fabriquer du CBD “correct”. Il veut faire du CBD “désirable”.
Ce qu’il veut sauver du Type 1… et ce qu’il veut éliminer du chanvre fibre
Transformer un Type 1 en Type 3 ne signifie pas seulement “changer la molécule”. C’est surtout un combat contre les caractères hérités du chanvre fibreux.
« L’objectif, c’est de passer le caractère qui détermine quel cannabinoïde sera produit, de garder un maximum de caractères du Type 1 comme la quantité de cannabinoïdes produits, la qualité des trichomes, la capacité à se concentrer sur les fleurs et non sur la fibre. »
Et surtout, il veut éviter ce qui fait la mauvaise réputation de nombreuses variétés CBD : « Écarter tous les caractères issus du Type 3 fibre comme une tige épaisse, un feuillage important et gras, une formation de fleurs médiocre, des trichomes minuscules… »
Derrière cette liste, il y a un diagnostic : le problème du CBD n’est pas seulement un problème de terpènes, mais de morphologie et de sélection historique.
Mendel, backcross et labo sur la ferme : une sélection structurée
Galé décrit un travail très organisé, basé sur les lois de Mendel, avec un schéma qui privilégie un seul croisement CBD, puis des générations de sélection.
« Le schéma est basé sur les lois de Mendel et les chemins pour inverser les types sont nombreux, mais mon schéma implique un seul croisement avec une plante CBD et ensuite je travaille soit en F2/F3 etc., soit en Bx sur le Type 1 pour mieux stabiliser les caractères si besoin. »
Le détail le plus révélateur est ailleurs : la nécessité d’analyser chaque plante. Car le Type 3 ne se devine pas, il se mesure.
« Il faut évidemment faire des analyses de chemotype pour chaque spécimen c’est pour cela qu’on a mis en place un labo sur la ferme avec des méthodes d’analyse rapide et fiable. »
En termes de timing, il estime qu’il faut au minimum trois générations pour commencer à obtenir de nouveaux Type 3.
« Il faut min 3 générations pour voir apparaître les premiers nouveaux types 3 et cela peut prendre 18 mois si tout est bien programmé. »
Le plus dur ? Se débarrasser des “caractères fibre” cachés
Le problème, selon lui, n’est pas de produire du CBD. Le problème est de produire du CBD sans traîner le poids génétique du chanvre agricole.
« Le plus compliqué est de réussir à se séparer d’un maximum de caractères issus du T3 fibre car c’est cela qui vient impacter la qualité finale. »
Et certains défauts n’apparaissent qu’à la fin, lors du test ultime : la combustion, le goût, l’expérience.
« Des caractères fibre cachés qui se dévoilent parfois seulement au smoke test. »
Autrement dit : une plante peut être belle sur le papier, mais médiocre dans la réalité.
Une sélection pensée pour l’arôme et la résine, pas pour le rendement
Là où beaucoup de breeders cherchent la variété “commerciale”, Galé assume une autre priorité : l’impact culturel et organoleptique.
« En premier, je regarde l’impact qu’elle a eu sur la communauté. La production importe peu, car je ne cherche pas à créer des souches commerciales/industrielles. »
Son classement est clair : terpènes d’abord, résine ensuite.
« Le profil aromatique est en haut du classement, suivi de la résine de qualité washable et de la formation des buds. »
Quant à la résistance ou la vigueur, il laisse faire la nature.
« Je me concentre très peu sur la vigueur et la résistance, mais le climat alpin/méditerranéen s’occupe de cela mieux que moi. »
Une sélection brutale, mais efficace : si ça survit ici, ça survivra ailleurs.
GMO Lucid Edition : thiols, odeurs animales et cannabis “sale” assumé
Sa première réussite de “reverse” s’appelle GMO Lucid Edition, et elle porte bien son nom. Pas de terpènes fruités ou sucrés. Galé revendique les notes animales, sulfureuses, parfois choquantes… mais cultes.
« Ma lignée GMO LUCID EDITION est ma première réussite de reverse. Elle a la particularité d’être riche en composés sulfurés volatils (CSV), des thiols qui rappellent des odeurs animales. »
Ces composés font partie de l’ADN de certaines variétés légendaires : « Et qui font la réputation des variétés Skunk/Cheese/Catpiss/GMO. »
On est loin du CBD « citronné léger » destiné à rassurer le consommateur débutant, et proche du cannabis que les connaisseurs recherchent.
Onion Patch : 4 premiers prix à la Platinum Cup
C’est avec l’Onion Patch, directement issue de sa GMO, que Galé frappe fort. Résultat : quatre premiers prix à la Platinum Cup.
« J’ai remporté 4 premiers prix en hash et fleurs avec ma variété Onion Patch. C’est la première fois que je proposais mes résultats après 3 ans de travaux acharnés. »

Onion Patch, 1er spécimen de type 3 issu de GMO
Ce succès n’est pas qu’un trophée : c’est aussi une façon de montrer que le Type 3 peut être compétitif, désirable, jugé sur les mêmes critères que le Type 1. Et cela confirme aussi une tendance plus large : certains consommateurs ne cherchent plus seulement du CBD, mais une expérience complète.
« Ça prouve que certaines personnes recherchent autre chose que le CBD dans le type 3 : une expérience complète, agréable et lucide. »
CBC, terpènes et “variétés locales” : une vision du cannabis comme terroir
Galé ne s’arrête pas au CBD. Il raconte avoir trouvé des spécimens particulièrement riches en CBC, un cannabinoïde minoritaire encore peu exploité.
« La nature m’a offert certains des spécimens les plus hauts en CBC qu’il existe actuellement avec 3,14 % et 4,6 % de CBC. »

Onion patch mâle cut « Pi » avec 3,14 % de CBCa
Et il veut stabiliser cette particularité. Mais sa vision la plus radicale concerne la notion même de variété “parfaite”. Pour lui, elle n’existe pas.
« La meilleure variété sera locale à chacun, celle qui pousse là où tu vis. »
Il relie directement les terpènes à l’environnement et à l’humain : « Les terpènes sont produits naturellement pour s’adapter à un climat local, le même climat dans lequel tu évolues. »
On retrouve ici une philosophie presque “vinicole” : le cannabis comme terroir, comme adaptation, comme produit vivant enraciné.
Un héritage français en construction
Derrière les techniques de breeding et les récompenses, Galé parle surtout d’histoire. D’héritage. Et d’une France qui pourrait enfin construire sa propre culture cannabis.
« Ce qui me donne vraiment de l’émotion aujourd’hui, c’est de nous voir construire un héritage nouveau que l’on offrira à nos enfants : la culture du cannabis en France. »
La comparaison qu’il choisit est parlante : « C’est comme autoriser pour la première fois le fromage ou la charcuterie. »
Et il va encore plus loin, en évoquant l’idée d’une future reconnaissance type AOP/AOC.
Comme tout breeder, Galé a ses références : le hash artisanal avec Frenchy Cannoli, la culture organique et vivante avec Mendo Dope, le breeding montagne avec Humboldt Seeds, la rigueur avec Doja. Une constellation d’influences qui montre bien son ADN : à la fois old school, moderne, technique et culturel.
Z en Type 3 : le prochain défi
Aujourd’hui, ses génétiques ne sont pas encore largement disponibles au public, sauf via sa boutique fermière.
« Mes travaux génétiques développés via Hexagone Genetics ne sont pas encore disponibles au public, sauf sur ma boutique fermière blackgoatfarmz.fr. »
Mais il promet une prochaine vague de variétés Type 3 « new school » et même du Type 2 (THC/CBD équilibré). Son prochain gros objectif : ramener Z en pur Type 3, une variété réputée difficile car très récessive.
« Z est très récessive et demande à être BX plusieurs fois pour continuer à s’exprimer lors de croisement. »
“Ne mettez pas de limites” : la leçon d’un paysan breeder
Pour conclure, Galé replace son travail dans une perspective agricole : la diversité. Il rappelle qu’au XVIIIe siècle, il existait une multitude de variétés locales de choux, aujourd’hui remplacées par quelques hybrides dominants.
Son message est limpide : « N’ayez pas de limites dans la création de nouvelles variétés, donnez-vous des objectifs précis et documentez chaque travail de façon rigoureuse. »
Dans un marché CBD souvent dominé par les volumes, les standards industriels et les fleurs sans âme, Galé incarne autre chose : une tentative de faire entrer le Type 3 dans l’ère moderne, sans compromis. Et si la Platinum Cup a confirmé quelque chose, c’est bien ceci : le CBD n’est pas condamné à rester un marché secondaire, à condition qu’on le traite comme du cannabis et pas seulement comme un produit dérivé.
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