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Aphria

Aphria est l’une des histoires les plus singulières du cannabis canadien : une entreprise née dans les serres d’une petite ville ontarienne connue pour ses fleurs et ses tomates, devenue en sept ans l’un des cinq plus
grands groupes cannabis mondiaux, avant de disparaître dans la plus grande fusion de l’histoire de l’industrie. Son nom, dérivé du gaélique, signifie « libre » : une ambition portée jusqu’au bout.

Des serres de Leamington au cannabis médical

Leamington, Ontario, est surnommée la « capitale des serres de l’Amérique du Nord ». C’est là que Cole Cacciavillani et John Cervini ont passé leur carrière à cultiver lys de Pâques, chrysanthèmes et légumes sous serre pour les grandes chaînes de distribution. En 2012, Cacciavillani, qui s’intéresse au cannabis médical depuis la légalisation canadienne de 2001, décide de convertir une partie de ses installations et obtient une licence de culture expérimentale pour quelques patients.

En 2013, les deux associés fondent officiellement Aphria. Mais ils réalisent rapidement qu’ils ont besoin d’un dirigeant capable de structurer une vraie entreprise pharmaceutique. Cacciavillani contacte un ancien camarade de lycée : Vic Neufeld, qui vient de quitter après 21 ans la direction de Jamieson Laboratories, le plus grand fabricant canadien de vitamines et compléments alimentaires. Neufeld avait fait passer Jamieson de 20 millions à 250 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel. Il accepte de devenir PDG d’Aphria en mai 2014 — le lendemain de sa retraite.

L’avantage concurrentiel : le coût de production

Là où Aurora et Canopy Growth bâtissaient des installations pharaoniques financées par les marchés, Aphria jouait la carte de la discipline opérationnelle. Ses serres de Leamington, alimentées en lumière naturelle, permettaient une production à un coût deux fois inférieur à celui de ses concurrents canadiens selon Neufeld. Cette avance sur les coûts devient le leitmotiv d’Aphria et l’un de ses principaux arguments auprès des investisseurs.

L’entreprise entre en bourse sur le TSX Venture Exchange avant de migrer vers le TSX principal et le NASDAQ (symbole APHA). Elle développe un portefeuille de marques récréatives — Good Supply, Solei, RIFF, Broken Coast, B!NGO — et s’impose comme principal distributeur de cannabis médical en Allemagne via ses opérations européennes.

La crise de 2018-2019 : l’attaque des vendeurs à découvert

En décembre 2018, la firme Quintessential Capital Management publie un rapport dévastateur qualifiant Aphria de « trou noir pour l’argent des actionnaires ». Elle accuse la direction d’avoir réalisé des acquisitions en Amérique latine (notamment en Colombie, au Jamaïque et en Argentine) à des prix gonflés qui auraient enrichi des initiés. L’action s’effondre à son plus bas niveau depuis plus d’un an.

Une tentative d’OPA hostile est lancée dans la foulée par Green Growth Brands. Sous pression, Vic Neufeld et Cole Cacciavillani démissionnent de leurs postes de direction en janvier 2019, Neufeld citant publiquement le coût en termes de santé et de vie personnelle de cinq années à la tête d’une entreprise cannabis. Tous deux restent au conseil d’administration.

Irwin Simon, investisseur et ancien PDG de Hain Celestial Group (groupe agroalimentaire coté au NASDAQ), est nommé président du conseil d’administration puis PDG. Il redresse l’entreprise, rétablit la confiance des investisseurs et ramène Aphria à la rentabilité opérationnelle : l’entreprise enchaîne sept trimestres consécutifs d’EBITDA ajusté positif avant la fusion — un record dans le secteur.

L’acquisition de SweetWater et le pivot bière

En novembre 2020, Aphria frappe un grand coup en rachetant SweetWater Brewing Company, l’une des plus grandes brasseries artisanales indépendantes des États-Unis, basée à Atlanta, pour 300 millions de dollars en cash et en actions. SweetWater est connue pour sa 420 Extra Pale Ale et son positionnement « cannabis lifestyle ». L’opération préfigure la stratégie de diversification brassicole qu’Irwin Simon développera ensuite chez Tilray.

La fusion avec Tilray : la plus grande de l’histoire cannabis

Le 16 décembre 2020, Aphria annonce une fusion avec Tilray — en réalité une acquisition inversée par laquelle Aphria, plus solide financièrement, absorbe Tilray tout en conservant le nom et le ticker boursier de ce dernier (TLRY sur le NASDAQ). Les actionnaires d’Aphria reçoivent 62% de la nouvelle entité. Irwin Simon prend la tête du groupe combiné.

La fusion est finalisée en mai 2021. La capitalisation boursière combinée atteint 8,2 milliards de dollars à la clôture du premier jour. Le groupe ainsi formé devient le plus grand producteur de cannabis au monde par chiffre d’affaires, avec 685 millions de dollars de revenus pro forma sur les douze mois précédents et une présence dans plus de 20 pays.

Aphria cesse d’exister en tant qu’entité indépendante. Ses marques, ses installations de Leamington et sa direction continuent sous l’enseigne Tilray Brands.

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