Rima Hassan : quand la « drogue » devient une arme politique
De la « drogue de synthèse » dans le sac de Rima Hassan ? L’information, largement reprise dans les médias en avril, s’est révélée largement inexacte après analyses. Plus gênant : selon Complément d’enquête, Laurent Nuñez aurait lui-même contribué à sa diffusion auprès de journalistes. Une affaire qui montre à quel point le mot « drogue » peut devenir un outil de disqualification politique avant même que les produits aient été analysés.
Il aura fallu quelques heures pour transformer deux sachets suspects en « drogue de synthèse ». Quelques jours pour découvrir que la réalité était nettement moins spectaculaire. Et plusieurs mois pour apprendre que le ministre de l’Intérieur aurait lui-même participé à la circulation de l’information initiale.
Le 2 avril 2026, l’eurodéputée LFI Rima Hassan est placée en garde à vue dans une affaire distincte, pour des faits présumés d’apologie du terrorisme. Lors de l’inventaire de ses affaires, les policiers découvrent deux petits contenants.
Dans l’un : une matière brune. Dans l’autre : des cristaux blancs. Les policiers soupçonnent alors la présence de stupéfiants. Un premier test effectué sur les cristaux réagit positivement aux cathinones de synthèse et le sachet est placé sous scellé sous l’appellation « 3-MMC ». Très rapidement, l’information sort du commissariat et arrive dans les rédactions.
De la « drogue de synthèse » aurait été retrouvée dans les affaires de Rima Hassan. Et la machine médiatique démarre.
Le ministre et « le truc de synthèse »
Cinq mois plus tard, Complément d’enquête apporte un élément particulièrement embarrassant. Selon plusieurs journalistes interrogés par l’émission, Laurent Nuñez aurait lui-même participé à la circulation de cette information le jour de la garde à vue.
Dans un train revenant de Bordeaux, des journalistes interrogent le ministre de l’Intérieur au wagon-bar. L’échange se déroule « off », c’est-à-dire sans attribution publique des propos.
Interrogé sur la présence de drogue dans les affaires de Rima Hassan, Laurent Nuñez aurait répondu : « Il se peut que ce soit exact ». Il aurait ensuite évoqué « un truc de synthèse » pour l’un des produits et « un dérivé de la cocaïne » pour l’autre, tout en reconnaissant qu’il « ne s’y connaît pas trop ».
Selon Complément d’enquête, un journaliste présent aurait alors appelé sa rédaction pour confirmer l’information en s’appuyant sur cet échange.
L’entourage du ministre donne une lecture différente : il assure que Laurent Nuñez répondait à des journalistes sur des informations qui circulaient déjà et qu’il avait justement appelé à la prudence. Il conteste donc l’idée d’une opération destinée à lancer la rumeur.
La question de savoir qui voulait faire quoi reste donc ouverte. En revanche, on connaît désormais beaucoup mieux ce qu’il y avait réellement dans les sachets.
Plot twist : c’était essentiellement du CBD
Les analyses de laboratoire arrivent deux jours plus tard. Les cristaux blancs qui ressemblaient aux yeux des policiers à de la MDMA ou de la 3-MMC ? 82 % de CBD. De l’isolat.
Le deuxième sachet était plus compliqué : il contenait principalement du CBD mais également 1% de THC, soit davantage que le seuil légal de 0,3%. Il constituait donc techniquement un produit stupéfiant, alors même que Rima Hassan disait l’avoir acheté comme CBD dans un commerce à Bruxelles. Le parquet a finalement classé sans suite l’enquête ouverte pour usage, transport et détention de stupéfiants.
Entre-temps, évidemment, la « drogue de synthèse retrouvée chez Rima Hassan » avait déjà vécu sa petite vie médiatique.
Le Conseil de déontologie journalistique et de médiation s’en était même mêlé dès le 10 avril, appelant les rédactions à davantage de prudence après la diffusion de cette information finalement démentie.
Le ministre qui regrettait… les fuites
C’est là que l’histoire prend une tournure assez particulière. Au lendemain de la garde à vue, Laurent Nuñez est interrogé sur RMC et BFMTV et le ministre se montre alors extrêmement prudent.
« Tout ça relève de l’enquête », explique-t-il publiquement. Il refuse de commenter le contenu du sac et ajoute même qu’il regrette qu’il y ait eu des fuites, rappelant que seul le parquet devait communiquer sur ce dossier.
Mais si le récit des journalistes interrogés par l’émission est exact, le ministre qui regrettait publiquement les fuites aurait, quelques heures auparavant, discuté en off avec des journalistes de la nature supposée des produits retrouvés. Nuñez n’aurait donc pas nécessairement créé l’information mais aurait contribué à lui donner du crédit.
Avec tout le poids que peut avoir une confirmation, même prudente et officieuse, venant du ministre de l’Intérieur.
La drogue, cette formidable machine à discréditer
Rima Hassan et son avocat considèrent que la diffusion de ces informations était destinée à lui nuire. Son avocat demande désormais qu’une information judiciaire soit ouverte afin d’identifier précisément l’origine des fuites et que Laurent Nuñez soit entendu.
LFI réclame de son côté la démission du ministre.
Une enquête préliminaire pour violation du secret de l’enquête avait déjà été ouverte après les premières fuites.
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