Novel Food, accise, contrôles DGAL : pourquoi la fleur de CBD est la grande survivante de 2026
Au printemps 2026, une partie de la filière française du CBD a cru revivre le cauchemar de 2021 sur les fleurs de CBD, nouvelle illustration d’une réalité bien connue des professionnels : un marché peut être profondément bouleversé sans qu’aucune loi ne soit modifiée.
Cette fois, c’est le plan national de contrôle de la DGAL (Direction générale de l’alimentation) qui a mis le feu aux poudres. Huiles, gummies, boissons et compléments alimentaires contenant des cannabinoïdes sont désormais clairement dans le viseur de l’administration, qui applique une lecture plus que stricte du règlement européen sur les Novel Foods.
Les médias généralistes n’ont pas aidé, en titrant à répétition que « le CBD est interdit ». Une formulation largement excessive, mais révélatrice de la confusion qui entoure encore le secteur. Dans les faits, la situation est beaucoup plus segmentée.
Une éternelle confusion entre CBD et « produits au CBD »
Le débat autour du CBD souffre d’un problème structurel : il est souvent réduit à une seule catégorie de produits. Or, dans la réalité, on parle de familles très différentes : huiles sublinguales, compléments alimentaires, cosmétiques, infusions, fleurs de CBD… autant de produits qui n’ont ni le même statut, ni les mêmes règles du jeu.
Le plan de contrôle de la DGAL cible principalement les denrées alimentaires contenant des cannabinoïdes, dans le cadre du règlement européen Novel Food. Ce texte impose une autorisation préalable pour tout ingrédient qui n’avait pas d’historique de consommation significatif dans l’Union européenne avant le 15 mai 1997.
Si le principe est simple, son application au CBD reste largement bloquée et fait l’objet d’interprétations et de mises en places divergentes entre États membres, certains se cachant derrière l’Europe pour éviter une régulation là où d’autres prennent le soin d’autoriser et de réguler proprement la filière et ses produits.
La fleur CBD hors du scope du Novel Food
La voix de l’European Industrial Hemp Association (EIHA) gagne néanmoins du terrain dans le secteur du chanvre européen : la fleur de chanvre séchée ne devrait pas être considérée comme un “nouvel aliment” au sens du règlement Novel Food, dans la mesure où sa consommation en Europe précède largement la date de référence de 1997.
Dans cette lecture, il ne s’agirait pas d’un ingrédient innovant mais d’un produit agricole traditionnel, même si cette interprétation n’a pas encore été définitivement tranchée par l’Europe et continue d’alimenter un débat juridique ouvert.
Ce positionnement s’inscrit dans une histoire déjà mouvementée pour les fleurs de CBD, qui ont déjà survécu à la tentative d’interdiction française de 2021, finalement annulée par le Conseil d’État au nom de la libre circulation des marchandises et de l’absence de risque sanitaire suffisamment établi.
Depuis, malgré les cycles de durcissement réglementaire et les incertitudes, elle reste l’un des segments les plus stables du marché français, mieux identifié par les autorités et moins exposé aux requalifications rapides que les produits transformés.
En 2026, c’est d’ailleurs cette logique de différenciation qui s’impose : plutôt qu’une remise en cause globale du CBD, on assiste à une hiérarchisation des risques, avec d’un côté les produits alimentaires contenant des extraits de cannabinoïdes fortement exposés aux règles du Novel Food et aux contrôles, et de l’autre la fleur de chanvre brute, qui évolue dans un cadre distinct encore en consolidation mais nettement moins ciblé par les nouvelles orientations administratives.
L’autre front : la fiscalité
Au durcissement administratif s’ajoute un second levier de pression, plus discret mais tout aussi structurant : la question de l’accise. Plusieurs filières liées au chanvre transformé ont vu émerger des débats sur l’opportunité d’assujettir certains produits à une fiscalité spécifique, sur le modèle de ce qui existe pour d’autres substances réglementées.
Là encore, la fleur brute, perçue comme un produit agricole plutôt que comme une préparation transformée, échappe pour l’instant à ces discussions, qui se concentrent sur les produits manufacturés et les extraits. Une distinction supplémentaire qui renforce, par effet de cumul, l’avantage relatif de ce segment face aux huiles, gummies et autres formats travaillés.
Des usages qui se déplacent vers d’autres formats
Ce durcissement sur les produits alimentaires a un effet immédiat sur les comportements. Une partie des consommateurs se détourne des huiles et des gummies, au profit d’alternatives perçues comme moins exposées aux requalifications.
Certains commerçants ont d’ailleurs fait le choix de migrer vers des formats alternatifs naturels sans cannabinoïdes, comme le CB2. Contrairement aux produits classiques à base de cannabidiol, le CB2 met en avant une approche basée sur d’autres composés naturels du chanvre, les terpènes, et un extrait de magnolia, du PEA (palmitoylethanolamide) et du géraniol, qui ont tous pour particularité d’interagir avec le système endocannabinoïde.
Ces nouveaux formats s’inscrivent autant dans une recherche d’innovation que dans une tentative d’adaptation au cadre réglementaire.
2026 : la fin des produits CBD ?
L’année 2026 ne signe pas la disparition du CBD. D’abord parce que le plan de contrôle de la DGAL est contesté et attaqué par l’ensemble des associations représentatives du secteur, accompagnées des principales associations agricoles.
Et parce qu’en attendant une issue plus favorable, le marché n’a plus que le choix de se structurer autour d’une distinction claire entre produits CBD exposés et segments mieux ancrés dans les cadres existants.
Dans ce paysage, la fleur de chanvre conserve une place particulière : produit brut, historique, déjà éprouvé par plusieurs cycles de tension réglementaire, et aujourd’hui relativement mieux identifié par les autorités.
C’est cette logique qui structure aujourd’hui les choix de certains acteurs du secteur, comme CBD.fr, qui privilégient des gammes alignées avec les cadres les plus stabilisés, dans un marché où une réglementation mouvante a toujours fait partie de la stratégie produit.
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