L’effet d’entourage: mythe ou réalité ?

cannabis

Il existe d’innombrables variétés de cannabis aux effets différents. Elles développent pourtant toutes le même principe actif : le THC. Outre le THC, la plante de Cannabis Sativa L. possède une multitude de composants chimiques dont 480 ont été jusqu’ici identifiés. Si les cannabinoïdes ont sans doute les effets physiologiques les plus importants, les terpènes responsables notamment du goût de la weed et les flavonoïdes responsables de la couleur de la plante posséderaient également des effets neurochimiques.

On sait peu de choses sur l’action de ces composants sur le corps mais ils sont réputés avoir le potentiel d’altérer les vertus thérapeutiques du THC en créant une forme de synergie. C’est ce qu’on appelle « l’effet d’entourage ». Celui-ci attesterait, par exemple, de la différence d’effets entre les extraits de plante entière et les cannabinoïdes purs, isolés. Cependant, aucune preuve scientifique valide ne vient étayer ce discours pourtant devenu mainstream dans l’industrie du cannabis.

Réalité scientifique ou stratégie commerciale ?

Chris Emerson, chimiste et co-fondateur de la compagnie qui a crée le Level Blends, un vaporisateur, estime que l’effet d’entourage peut être décrit comme « la somme de toutes les parts qui mènent au pouvoir ou à la magie du cannabis ». Il pense qu’il est possible de modifier les ratios de terpènes et cannabinoïdes des e-liquides pour obtenir un effet spécifique et éventuellement être en mesure de créer des produits personnalisés pour les besoins du consommateur ou du patient.

C’est également tous le sens de la culture du breeding dans laquelle les moindres aspects génétiques de la plante sont mesurés et manipulés pour produire différents effets.

Pour Margaret Haney, une neurobiologiste spécialisée dans la recherche sur le cannabis à l’Université de Columbia, ces allégations ne sont qu’une stratégie marketing à but commercial. Elle ne nie pas en bloc l’existence de l’effet d’entourage mais souligne le manque de données : « le public non initié a vraiment accroché avec cette idée d’effet d’entourage mais on manque de données ».

Les arguments pour

Les cannabinoïdes autres que le THC, comme le CBD, ont une action neurochimique différente. Est-ce que ces effets sont capables d’altérer l’action du THC au point de produire une différence signifiante entre l’administration d’extraits de plante entière et de THC isolé ? C’est la question que pose le concept d’effet d’entourage. Certains pensent que oui, et que le CBD notamment a le pouvoir de mitiger les effets néfastes du THC en bloquant certains récepteurs dans le cerveau.

Le psychopharmacologue Ethan Russo a travaillé avec GW Pharmaceuticals, les créateurs du Sativex un médicament au cannabis contre la sclérose en plaques contenant un ratio égal de THC et CBD. Il explique que 10 milligrammes de THC peut causer des psychoses ou des symptômes psychotiques chez à peu près 40% de personnes. Avec le Sativex en revanche, à 48 milligrammes de THC, seul 4 patients sur 250 ont eut des effets psychotiques indésirables. » Selon lui, c’est « une démonstration très importante de cet effet de synergie ».

L’effet d’entourage a également connu un regain d’attention en 2011 quand Russo a publié un article dans le British Journal of Pharmacology dans lequel il revoyait toutes les potentielles interactions entre le THC et les différents cannabinoïdes et terpènes. Il cite par exemple une étude qui suggère que l’alphapinene, un terpène qui donne un arôme de pin à la weed, aurait le potentiel de préserver l’acetylcholine, une molécule impliquée dans la formation de la mémoire. Ce terpène pourrait donc contrebalancer les effets néfastes du THC sur la mémoire immédiate.

Il y a quelques mois, une équipe de chercheurs brésiliens a conduit une méta-analyse des études effectuées entre 2013 et 2017 sur les effets thérapeutiques du CBD dans le traitement de l’épilepsie. Publiée dans le journal Frontiers In Neurology l’étude a notamment distingué les patients administrés avec du CBD pur de ceux administrés avec un extrait de plante contenant d’autres composants naturels du cannabis. Chez ces derniers, l’effet médical du cannabis semble être maximisé puisque 71% d’entre eux ont noté des améliorations contre 36% chez ceux ayant pris du CBD pur. L’étude en conclut que « les extraits de cannabis riches en CBD semblent avoir un meilleur profil thérapeutique que le CBD isolé » et que « cette différence est surement due aux effets synergiques du CBD avec d’autres phytocomposants ».

Les arguments contre

Dans les années 80, un médicament à base de THC synthétique, le Marinol, a été introduit pour stimuler l’appétit des patients sous chimiothérapie. Pourtant, malgré sa disponibilité, de nombreux patients ont préféré consommer la plante de cannabis plutôt que le médicament. Haney de l’Université de Colombia a donc conduit une étude sur le sujet et a conclu à une différence insignifiante entre les deux produits. Elle considère que le médicament est efficace et n’a pas les effets secondaires qu’on lui impute en général qui sont le fait, selon elle, d’un effet placebo psychologique.

Les chercheurs soulignent qu’il faudrait prouver l’existence de cette synergie par des essais cliniques contrôlés. A ce jour aucune étude clinique en double aveugle précisément ciblée sur l’effet d’entourage n’a été conduite. Avec des placebos et dans un environnement sous contrôle, les chercheurs pourraient vérifier s’il existe une différence d’effets significative entre les terpènes et les placebos. Malgré le manque de données scientifiques, l’idée a fait son chemin dans l’industrie où l’on propose déjà aux consommateurs différents ratios de cannabinoïdes et de terpènes pour des effets désignés.

Russo admet que la littérature scientifique fait défaut sur le sujet mais il croit personnellement en l’effet d’entourage: « Avons-nous besoin de meilleures études pour prouver le concept ? La réponse est oui. J’y crois parce que je connais depuis 40 ans les différences entre les différents cannabis. Ils sentent différemment. Ils ont un goût différent. Ils ont des effets différents ».

Raphaël, Mechoulam, le chercheur qui a découvert le THC et le CBD, a également déclaré qu’il pensait que les vertus thérapeutiques de la plante entière étaient plus importantes que celles de ses composants isolés.

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