Tolérance au cannabis : comment la réduire et combien de temps ça prend ?
Les consommateurs réguliers de cannabis savent que leur tolérance au cannabis varie au fil du temps. Malgré des alternances entre les variétés ou le changement de méthode de consommations, certains usagers sentent moins les effets du cannabis après un usage répété. C’est qu’il est sans doute temps de faire une pause, soit pour tester sa dépendance au cannabis, soit par abaisser son niveau d’accoutumance.
Pourquoi réduire sa tolérance au cannabis ?
Le cannabis ne tue pas les cellules du cerveau comme la méthamphétamine. Contrairement à l’alcool, il ne fait pas disparaître les connexions entre ces cellules. Mais la consommation répétée de cannabis entraîne un effet diminué mieux connu sous le nom de « tolérance » : le consommateur a besoin de plus de produit pour avoir le même effet.
Une pause dans sa consommation de cannabis permet ainsi de nettoyer son corps des cannabinoïdes accumulés, comme le THC. Les nombreuses recherches sur le sujet pointent toutes vers la même direction : les consommateurs réguliers de cannabis développent une tolérance à la drogue. Une étude du Dr. Miles Herkenham de l’Institut National sur la Santé Mentale sur le système endocannabinoïde en est venu à la conclusion suivante :
« Les effets dépendent du temps et des doses, et sont réversibles. Il apparaît également qu’ils sont en lien avec les récepteurs cannabinoïdes. Le résultat de l’étude a des implications quant aux conséquences de l’usage chronique et à haut niveau de drogue, suggérant que les effets diminuent alors que les quantités consommées peuvent augmenter. »
Alors qu’il est possible de devenir très tolérant au cannabis et à ses effets, cette accoutumance peut être inversée en faisant une pause dans sa consommation. Certains réduiront juste leur consommation alors que d’autres arrêteront d’un coup.
Cette pause peut aussi consister à changer sa routine de consommation, ce qui peut avoir des conséquences sur l’effet du cannabis et la manière dont il interagit avec l’esprit et le corps.
Les raisons d’une pause peuvent être nombreuses : nouveau travail ou entretien d’embauche avec un test de drogue, vacances dans un pays peu tolérant sur le cannabis, faire des économies, retrouver une vie sans cannabis…
Quelle que soit la raison, cette pause devrait offrir de nouvelles perspectives au consommateur, notamment se rendre compte des effets du cannabis.
Ce qu’on ressent pendant une pause de tolérance
Il est important de distinguer les symptômes de sevrage de tolérance de ceux d’une addiction au cannabis. Pour un consommateur régulier non dépendant, les premiers jours de pause peuvent apporter :
- Légère irritabilité et impatience
- Difficultés d’endormissement ou sommeil moins profond (le cannabis augmente le sommeil lent, son absence crée un rebond de sommeil paradoxal intense)
- Appétit réduit les premiers jours
- Rêves plus intenses et plus vivides, conséquence directe du rebond de sommeil paradoxal
Ces symptômes disparaissent généralement après 3 à 7 jours et ne nécessitent aucune prise en charge médicale dans la grande majorité des cas. S’ils persistent ou s’aggravent, c’est un signal à discuter avec un médecin.
Comment se développe la tolérance au cannabis ?
Le THC provoque une tolérance par l’activation répétée des récepteurs CB1. Cette activation répétée conduit d’abord à une désensibilisation, qui est l’affaiblissement de la réponse au THC, suivie d’une internalisation, qui est l’élimination des récepteurs CB1 de la surface de la cellule. A ce moment-là, le consommateur devra absorber plus de THC pour ressentir un effet similaire.
La différence entre les deux est que les récepteurs désensibilisés sont toujours disponibles pour que le THC s’y lie, mais quand il se lie, son impact est plus faible qu’il ne l’était auparavant. Les récepteurs internalisés ne sont plus disponibles pour que le THC se lie, car ils sont introduits dans la cellule cérébrale à partir de la surface où ils restent ou se décomposent en parties plus petites.
L’activation des récepteurs CB1 par le THC initie ces processus. Comme les récepteurs CB1 sont fréquemment activés, ils deviennent moins associés aux composants qui stimulent les récepteurs.
Les récepteurs CB1 désensibilisés ne sont, eux, plus actifs. Par conséquent, si vous continuez à consommer du THC, il aura moins d’effet sur le fonctionnement du cerveau car il dispose alors de moins de récepteurs pour qu’il agisse.
Alternatives à la pause totale
La pause complète (t-break ou tolerance break) n’est pas la seule option. D’autres stratégies permettent de réduire la tolérance sans abstinence totale :
Passer au microdosage : réduire drastiquement la dose (1-5mg de THC) plutôt qu’arrêter. L’activation moins fréquente et moins intense des récepteurs CB1 permet une récupération partielle de leur sensibilité.
Changer de méthode de consommation : un fumeur qui passe au vaporisateur consomme généralement moins de THC par session. L’efficacité supérieure de la vaporisation permet de maintenir l’effet avec des quantités inférieures, réduisant mécaniquement la sollicitation des récepteurs CB1.
Intégrer du CBD : le CBD modulerait négativement les récepteurs CB1, c’est-à-dire qu’il ralentirait leur désensibilisation en présence de THC. Passer à des variétés ou des produits avec un meilleur ratio CBD/THC peut aider à maintenir la sensibilité plus longtemps.
Varier les variétés : les profils terpéniques et les ratios cannabinoïdes différents entre variétés stimulent différemment le système endocannabinoïde, la rotation évite la mono-activation des mêmes récepteurs.
Combien de temps pour se désaccoutumer du cannabis ?
| Durée de pause | Effet sur la tolérance | Nettoyage THC |
|---|---|---|
| 2–3 jours | Légère réduction de la désensibilisation CB1 | Partiel |
| 1 semaine | Réduction notable – effets perceptibles au retour | Partiel |
| 2 semaines | Tolérance significativement abaissée pour la plupart | En cours |
| 30 jours | Réinitialisation quasi-complète pour la majorité | Quasi-total (fleurs) |
| 90 jours | Réinitialisation complète y compris consommateurs très lourds | Complet |
La durée optimale dépend de l’intensité et de la durée de la consommation antérieure : un consommateur quotidien depuis 5 ans aura besoin de plus de temps qu’un fumeur du week-end.
Le corps a en revanche besoin d’au moins 30 jours pour se nettoyer totalement des cannabinoïdes accumulés.
Se remettre au sport, ou n’importe quelle autre activité socialisante, est une bonne solution pour éviter de se voir revenir trop rapidement vers le cannabis.
Les consommateurs qui font une pause dans leur usage de cannabis et qui recommencent ensuite devraient reprendre progressivement. Les effets du cannabis seront en effet plus forts les premières fois, avec des risques que cela les surprenne.
Pour ceux qui voudraient effectuer un sevrage du cannabis complet, il faudra parfois un peu plus longtemps pour se débarrasser de l’addiction psychologique qui peut suivre la consommation de cannabis.

