Mycotoxine
Une mycotoxine est un composé toxique produit par un champignon ou une moisissure, du grec mykes (champignon) et toxikon (poison). Dans le contexte du cannabis, les mycotoxines représentent l’un des risques sanitaires les plus sérieux et les moins visibles : elles peuvent contaminer les fleurs avant la récolte, pendant le séchage, le stockage ou le transport, et restent actives et dangereuses même après que la moisissure visible a été éliminée.
Les deux principales mycotoxines du cannabis
Les marchés légaux réglementés testent systématiquement deux familles de mycotoxines dans leurs certificats d’analyse (COA) :
| Mycotoxine | Champignon producteur | Seuil réglementaire typique | Organe cible |
|---|---|---|---|
| Aflatoxines (B1, B2, G1, G2) | Aspergillus flavus, A. parasiticus | 20 µg/kg total | Foie (hépatotoxique, cancérigène) |
| Ochratoxine A (OTA) | Aspergillus ochraceus, Penicillium spp. | 10 µg/kg | Reins (néphrotoxique) |
Les aflatoxines sont parmi les mycotoxines les plus étudiées et les plus nocives connues, classées cancérigènes de groupe 1 par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer). Normalement présentes dans le sol, elles infestent particulièrement les cultures en conditions chaudes et humides.
Les ochratoxines sont des contaminants courants de la chaîne alimentaire (céréales, café, raisins) et peuvent se développer directement sur les fleurs de cannabis en conditions de séchage insuffisant ou de stockage mal contrôlé.
Pourquoi les mycotoxines sont particulièrement dangereuses sur le cannabis
Contrairement à d’autres contaminants alimentaires, le cannabis est souvent consommé par inhalation, ce qui court-circuite les mécanismes de détoxification digestive et hépatique qui filtrent une partie des mycotoxines ingérées via l’alimentation. Les mycotoxines inhalées atteignent directement les poumons et la circulation sanguine.
Deuxième facteur aggravant : les mycotoxines sont thermorésistantes. Fumer du cannabis contaminé ne les détruit pas, la combustion à 800-900°C en dégrade une partie mais pas la totalité, et certains produits de dégradation thermique des aflatoxines restent toxiques.
Populations à risque particulier : les patients en cannabis médical immunodéprimés (chimiothérapie, VIH, greffes) sont les plus vulnérables. Une exposition régulière à de faibles doses de mycotoxines peut endommager progressivement le foie et les reins, des organes souvent déjà fragilisés chez ces patients. C’est pourquoi les programmes de cannabis médical ont des normes mycotoxines plus strictes que les marchés récréatifs.
Comment les mycotoxines se développent sur le cannabis
Les conditions favorisant la contamination :
- Humidité excessive pendant la culture, le séchage ou le stockage. Seuil critique : > 65% d’humidité relative
- Température élevée (> 25°C) combinée à l’humidité
- Curing insuffisant : fleurs mal séchées conservant un taux d’humidité résiduel élevé
- Stockage en plastique hermétique à température ambiante : crée des micro-environnements propices aux moisissures
- Dommages physiques aux fleurs : trichomes brisés, récolte brutale. Fragilisent la plante face aux infections fongiques
La contamination peut être invisible à l’œil nu dans les premiers stades. Seul un test en laboratoire permet de la détecter avec certitude.
Prévention et tests
En culture : programme de lutte intégrée rigoureux, contrôle de l’hygrométrie sous 50% en floraison, ventilation suffisante.
Post-récolte : curing complet à 58-65% d’humidité relative, stockage en bocaux en verre hermétiques à l’abri de la chaleur.
Test en laboratoire : les mycotoxines font partie du panel standard des certificats d’analyse sur les marchés légaux. Les résultats sont exprimés en µg/kg (microgrammes par kilogramme) ou ppb (parties par milliard). Un COA sans panel mycotoxines est incomplet pour tout usage médical.
Pour les consommateurs : l’examen visuel d’un cannabis contaminé peut révéler une poudre blanche ou grise (différente des trichomes cristallins), une odeur de moisi ou de serviette humide. En cas de doute, voir notre article sur ce que l’herbe ne devrait pas sentir.

