Marinol / Dronabinol
Le Marinol est un médicament oral à base de cannabinoïdes approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) en 1985.
Il contient du dronabinol, un type synthétique de THC, l’ingrédient intoxicant du cannabis. Le dronabinol est chimiquement identique au (–)-trans-Δ9-THC – la forme active naturelle du THC – mais produit par synthèse chimique en laboratoire plutôt qu’extrait de la plante. C’est un isolat pur à 100% de THC, sans aucun autre cannabinoïde ni terpène.
Le Marinol a été approuvé par la FDA spécifiquement pour traiter l’anorexie associée à la perte de poids chez les patients atteints du VIH/SIDA, ainsi que les nausées et les vomissements que connaissent de nombreux patients atteints de cancer pendant une chimiothérapie.
Il est commercialisé en France sous le nom de dronabinol et sous AAP (Autorisation d’Accès Précoce), appelée avant Autorisation Temporaire d’Utilisation (ATU)). Il est distinct des médicaments à base de cannabis botanique (comme le Sativex) en ce qu’il contient uniquement du THC de synthèse, sans les autres cannabinoïdes ni les terpènes de la plante.
| Marinol (Dronabinol) | Sativex | Cannabis médical (fleurs) | |
|---|---|---|---|
| Composition | THC synthétique pur | THC + CBD (1:1) botanique | Spectre complet (cannabinoïdes + terpènes) |
| Forme | Capsule orale | Spray sublingual | Fleurs (vaporisation) |
| Biodisponibilité | Faible, variable (6–20%) | Meilleure (sublingual) | Élevée (inhalation) |
| Onset | 30–90 min | 15–40 min | 2–5 min |
| Effet d’entourage | Absent | Partiel (CBD + THC) | Complet |
| Psychoactivité | Oui (THC pur) | Modérée (CBD module le THC) | Variable selon variété |
| Statut France | Disponible sur ordonnance spéciale | Autorisé (SEP spastique) | Expérimentation en cours |
En savoir plus sur le Marinol
Le Marinol est une capsule orale contenant du THC synthétique dans de l’huile de sésame. Le THC stimule simultanément l’appétit et diminue les nausées car il se lie à certains récepteurs du système nerveux.
L’absorption du Marinol par l’organisme est plus lente que celle du cannabis inhalé qui, en comparaison, est rapide. Une fois absorbé, le Marinol peut provoquer une altération de l’état d’esprit, certaines personnes ressentant plutôt un effet high ou euphorique, d’autres devenant dépressives. Dans un cas comme dans l’autre, il est déconseillé de conduire en prenant ce médicament, et les mères qui allaitent ne devraient pas du tout prendre ce médicament.
Une ordonnance est nécessaire pour le Marinol et le médicament est destiné à être utilisé par des patients de 18 ans et plus. Les somnifères, les anxiolytiques et les antidépresseurs font partie des médicaments qui ne doivent pas être pris avec le Marinol.
Propriétés thérapeutiques du Marinol
À l’heure actuelle, le Marinol n’est approuvé aux Etats-Unis par la FDA que pour traiter deux affections : l’anorexie liée au SIDA et les nausées sévères résultant d’une chimiothérapie. Des études sur le Marinol comme traitement de l’apnée du sommeil, de la sclérose en plaques (SEP) et de la dépression sont en cours.
Marinol et apnée du sommeil
Il a été constaté que le dronabinol réduisait la somnolence diurne et améliorait les symptômes de l’apnée obstructive du sommeil lors d’un essai randomisé mené en 2018 auprès de 73 adultes. Publiés dans la revue Sleep, les résultats de cet essai indiquent que les participants prenant la dose la plus élevée de dronabinol (10 milligrammes contre 2,5 milligrammes) ont connu les meilleurs résultats.
Marinol et SEP
Une étude initialement publiée dans la revue European Neurology a examiné le dronabinol comme option de traitement à long terme pour les patients atteints de SEP. L’étude a porté sur 240 patients qui ont reçu soit du dronabinol soit un placebo pendant 16 semaines. Bien que l’effet potentiel de soulagement de la douleur du dronabinol n’ait pas été clairement établi, les chercheurs ont été satisfaits de la bonne tolérance du médicament à base de cannabis synthétique, comme ils l’ont écrit : « Dans l’ensemble, cet essai a démontré le potentiel thérapeutique à long terme, la bonne tolérance et le profil de sécurité favorable du dronabinol – notamment en termes d’abus et de dépendance aux médicaments. »
Marinol et mal de dos
Certaines douleurs lombaires peuvent également être qualifiées de neuropathiques et les chercheurs cherchent à savoir si le Marinol pourrait jouer un rôle dans leur traitement. L’Université de Californie à San Diego en est au stade du recrutement d’un essai clinique qui testera l’efficacité potentielle du dronabinol et du cannabis vaporisé dans la réduction des douleurs lombaires neuropathiques. Les objectifs de l’essai sont vastes et visent à clarifier la manière dont une combinaison de cannabis vaporisé sur une plante entière et de dronabinol influence l’humeur et d’autres facteurs psychologiques.
Marinol et maladie d’Alzheimer
Un autre essai clinique, parrainé par l’Université Johns Hopkins de Baltimore, Maryland, en collaboration avec l’hôpital McLean, teste comment le dronabinol pourrait traiter les symptômes d’agitation chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Cet essai clinique est en cours et les résultats pourraient permettre d’élucider la manière dont le Marinol pourrait être prescrit dans un autre but à l’avenir.
Les limites du Marinol face au cannabis médical
Le Marinol a longtemps représenté l’argument des opposants à la légalisation du cannabis médical : « Si le THC est utile, prenez du Marinol. » Mais la pratique clinique et la recherche ont mis en évidence plusieurs limites importantes.
Biodisponibilité orale faible et variable : administré par voie orale, le THC passe par le foie avant d’atteindre la circulation sanguine, le même processus qui transforme le THC en 11-OH-THC, un métabolite plus puissant mais aux effets moins prévisibles. La biodisponibilité du Marinol par voie orale est estimée à seulement 6–20% selon les individus, avec une variabilité considérable d’un patient à l’autre. À l’inverse, la vaporisation de cannabis atteint 40–60% de biodisponibilité avec un effet quasi-immédiat et facilement titrable.
Absence d’effet d’entourage : le Marinol ne contient que du THC pur, aucun CBD, CBG, CBN, ni terpènes. Or l’effet d’entourage, la synergie entre tous les composés de la plante, est de plus en plus documenté comme facteur clé de l’efficacité thérapeutique du cannabis. Des études suggèrent que le cannabis à spectre complet produit des effets thérapeutiques supérieurs au THC isolé pour certaines indications, notamment la douleur chronique et les spasmes.
Effets psychoactifs plus intenses : sans CBD pour moduler les récepteurs CB1, le THC pur du Marinol peut produire des effets psychoactifs plus marqués et moins bien tolérés que le cannabis à rapport THC/CBD équilibré, paradoxalement moins bien accepté par les patients que le cannabis médical botanique.
Ces limites expliquent pourquoi le Marinol, malgré son approbation dès 1985, n’a jamais vraiment réussi à s’imposer comme alternative satisfaisante au cannabis médical dans la pratique clinique.

