Suivez-nous
Silent Seeds
Toutes les entreprises du cannabis

Cours de l'action Weedmaps

Weedmaps n’est pas un producteur, ni une marque, ni un dispensaire. C’est l’infrastructure numérique invisible qui connecte depuis 2008 des millions de consommateurs cannabis avec les dispensaires légaux de leur région, un rôle aussi discret qu’indispensable dans l’écosystème du cannabis légal américain. Fondée dans un appartement de Californie par un patient cherchant son dispensaire, devenue entreprise cotée au NASDAQ à 579 millions de dollars, Weedmaps incarne toutes les turbulences de l’industrie tech-cannabis.

Une idée née d’un besoin personnel

Justin Hartfield est consultant en référencement (SEO) à Irvine, en Californie, en 2008, quand il réalise qu’il n’existe aucune ressource centralisée pour localiser les dispensaires de cannabis médical dans sa région. La Californie a légalisé le cannabis médical dès 1996, mais l’information reste dispersée, opaque, informelle.

Hartfield crée Weedmaps en juillet 2008 avec Keith Hoerling et Doug Francis, une plateforme communautaire calquée sur le modèle de Yelp ou des Pages Jaunes, permettant aux patients de trouver des dispensaires, de lire et laisser des avis, et de comparer les offres.

Le projet démarre pour le plaisir. « J’avais un super nom, ‘WeedMaps’, et ça a décollé beaucoup plus vite que mon activité de consulting », expliquera Hartfield. Il abandonne rapidement le consulting pour se consacrer à Weedmaps à plein temps.

Une croissance bootstrapped fulgurante

La plateforme ne lève pas de capital-risque : elle s’autofinance par les revenus publicitaires des dispensaires qui paient pour être référencés. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 20 000 dollars de revenus mensuels en 2009, 400 000 dollars par mois en 2010, une multiplication par 20 en moins de deux ans. En 2013, Weedmaps attire 1,675 million de visiteurs uniques par mois et génère 1,5 million de dollars de revenus mensuels.

En novembre 2010, General Cannabis Incorporated rachète Weedmaps pour un montant non divulgué. Hartfield reste à bord comme Chief Web Officer. Mais en février 2013, General Cannabis revend toutes ses activités cannabis, Weedmaps y compris, aux fondateurs d’origine. Hartfield et Francis reprennent le contrôle de leur plateforme.

Le modèle et la controverse

Le modèle économique de Weedmaps repose sur les abonnements et la publicité des dispensaires, médecins recommandeurs et services de livraison. La plateforme est à son pic indispensable : pendant des années, toute ouverture de dispensaire en Californie passe d’abord par une fiche Weedmaps. Des critiques émergent pourtant dès 2016, le Los Angeles Times pointe des avis suspects et des pratiques de référencement contestables. Weedmaps est également accusée d’avoir longtemps référencé des dispensaires illicites, une pratique qu’elle n’abandonne qu’en 2019 sous pression réglementaire.

L’introduction en bourse via SPAC et les sanctions SEC

En décembre 2020, WM Technology, société holding de Weedmaps, annonce une fusion avec Silver Spike Acquisition Corp., une société d’acquisition à vocation spécifique (SPAC). L’opération est finalisée en juin 2021 : Weedmaps fait son entrée au NASDAQ sous le symbole MAPS et lève 579 millions de dollars bruts. C’est l’apogée de l’euphorie des « pot stocks ».

La suite est moins flatteuse. La SEC enquête sur les données de croissance communiquées lors du SPAC et sanctionne WM Technology pour avoir présenté de manière trompeuse la croissance de ses utilisateurs actifs mensuels, gonflement des chiffres qui avait contribué à valoriser l’entreprise à la hausse lors de l’opération.

La restructuration et la tentative de sortie de bourse

À partir de 2022, WM Technology engage une restructuration profonde : réduction des effectifs (580 employés fin 2022, contre un pic plus élevé), rationalisation des coûts, recentrage sur la rentabilité. La stratégie porte ses fruits progressivement : l’entreprise enchaîne neuf trimestres consécutifs d’EBITDA ajusté positif et atteint la rentabilité nette annuelle en 2024, avec un chiffre d’affaires de 184,5 millions de dollars.

Mais le titre s’est effondré. En décembre 2024, les co-fondateurs Doug Francis et Justin Hartfield, qui détiennent collectivement plus de 40% du capital, soumettent une offre non contraignante pour racheter toutes les actions qu’ils ne détiennent pas encore, à 1,70 dollar par action (prime de 39% sur le cours). En juin 2025, ils retirent l’offre, invoquant « des facteurs externes », tout en indiquant qu’ils pourraient soumettre une proposition alternative. L’action s’échange autour de 0,70 dollar début 2026.

Weedmaps aujourd’hui

WM Technology opère depuis Irvine (Californie) et propose deux branches de produits : la marketplace grand public Weedmaps (découverte produits, bons plans dispensaires, commande en ligne) et une suite logicielle B2B pour les professionnels du cannabis (e-commerce, conformité réglementaire). La plateforme compte environ 5 200 clients professionnels payants mensuels. Elle possède également le domaine Marijuana.com.

Kevin Durant a signé un partenariat de sponsoring avec Weedmaps en 2021, déclarant vouloir cesser de « stigmatiser l’usage du cannabis dans le monde du sport ».

Malgré les turbulences boursières, Weedmaps reste la référence du secteur pour mettre en relation consommateurs et professionnels du cannabis légal aux États-Unis, un rôle d’infrastructure que peu d’autres plateformes ont réussi à challenger sérieusement depuis 2008.

Actualités Weedmaps