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Cours de l'action Leafly

Leafly est l’encyclopédie du cannabis. Depuis 2010, cette plateforme américaine référence des milliers de variétés, des dizaines de milliers de dispensaires et attire des dizaines de millions de visiteurs par mois à la recherche d’informations sur les effets, les arômes et les propriétés thérapeutiques du cannabis. Son histoire est celle d’un projet amateur devenu référence mondiale, puis d’une entreprise qui peine à transformer son audience massive en modèle économique durable.

Trois ingénieurs de Californie du Sud

En 2010, Scott Vickers, Cy Scott et Brian Wansolich travaillent comme développeurs web pour Kelly Blue Book, le site de référence des prix automobiles, en Orange County, Californie. Vickers vient de se voir prescrire du cannabis médical pour traiter son insomnie. Il cherche des informations fiables sur les variétés disponibles et ne trouve rien qui corresponde à ce qu’il imagine : une ressource sérieuse, sans symbolique cannabis criarde, pensée pour des professionnels et des patients.

Les trois ingénieurs construisent Leafly le week-end, en marge de leurs emplois, avec un concept simple : une base de données de variétés cannabis avec fiches détaillées (effets, arômes, saveurs, usages médicaux)
et un système d’avis utilisateurs sur les dispensaires, calqué sur Yelp. Pas d’images de feuilles de cannabis en néon, pas de reggae en fond sonore : un design propre et informatif, pensé pour normaliser l’accès à l’information cannabis.

Le succès est immédiat. En juillet 2011, le site accueille déjà 180 000 visiteurs uniques par mois, avec une croissance de 30% mensuelle.

L’acquisition par Privateer Holdings et la séparation des fondateurs

En 2011, Brendan Kennedy – cofondateur de Privateer Holdings, le premier fonds de capital-investissement dédié exclusivement au cannabis légal, qui fondera Tilray deux ans plus tard – repère Leafly et investit 1 million de dollars via Privateer. La plateforme est officiellement acquise, les fondateurs restent à bord pour accompagner la croissance.

Quand l’État de Washington légalise le cannabis récréatif en 2012, Leafly déménage d’Orange County à Seattle. En avril 2012, la plateforme enregistre déjà 2,3 millions de visites mensuelles et 50 000 téléchargements de l’application mobile par mois.

Le 2 août 2014, Leafly devient la première entreprise cannabis à placer une publicité dans le New York Times, un moment symbolique fort pour la normalisation du secteur.

En 2015, les trois fondateurs quittent Leafly pour lancer Headset, une startup d’intelligence de marché pour l’industrie cannabis — l’équivalent de Nielsen pour les données de vente dispensaires. Privateer Holdings pilote désormais Leafly seul, avant de lui rendre son indépendance en 2019 via un spin-off.

Le pivot marketplace et la croissance pré-bourse

En 2016, Leafly franchit le cap des 6 millions de visiteurs mensuels. La même année, la plateforme opère un pivot stratégique majeur : de simple annuaire et base de données, elle devient une marketplace transactionnelle permettant aux consommateurs de passer des commandes en ligne pour retrait ou livraison. Ce changement est la base du modèle de revenus par abonnements que Leafly développe auprès des dispensaires.

En 2020, la pandémie frappe : Leafly licencie 91 employés en mars, les financements attendus s’interrompent. La CEO Yoko Miyashita — ancienne directrice juridique de la plateforme — est nommée à la tête de l’entreprise en août 2020, avec pour mission de redresser la trajectoire financière.

L’introduction en bourse via SPAC et la désillusion

En août 2021, Leafly annonce sa fusion avec Merida Merger Corp., une SPAC spécialisée cannabis, pour introduire la plateforme au NASDAQ sous le symbole LFLY avec une valorisation d’environ 532 millions de dollars. L’opération est finalisée en février 2022.

La désillusion est rapide. L’action perd plus de 95% de sa valeur dès la mi-2022, emportée par l’effondrement général du secteur cannabis coté. Les revenus plafonnent à 42,25 millions de dollars en 2022 puis déclinent : 34,64 millions en 2024, avec une base de clients payants qui se réduit à mesure que les dispensaires rationalisent leurs dépenses marketing.

La crise financière et le délisting

Fin 2023, Leafly publie une alerte de continuité d’exploitation (going concern) : ses billets convertibles de 29,7 millions de dollars arrivaient à échéance en janvier 2025, et la trésorerie disponible ne permettait pas de les rembourser. Un accord est trouvé avec les créanciers pour repousser l’échéance au 1er juillet 2025.

En janvier 2025, Leafly est retirée du NASDAQ faute de conformité aux exigences de capitalisation minimale. L’action migre sur le marché OTC Pink sous le symbole LFLY. La direction explore des options stratégiques, dont une éventuelle sortie de la cote pour réduire les coûts liés au statut d’entreprise publique.

Leafly aujourd’hui

Malgré ses difficultés financières, Leafly reste la plus grande plateforme de découverte cannabis au monde avec plus de 5,1 millions de visiteurs mensuels moyens, plus de 14 000 dispensaires référencés et une base de données de variétés inégalée. Son modèle repose sur des abonnements mensuels vendus aux dispensaires et aux marques pour leur visibilité sur la plateforme, avec une marge brute de près de 90% — un ratio excellent pour une plateforme tech, mais insuffisant pour couvrir les pertes opérationnelles et la dette.

La plateforme publie chaque année son palmarès des variétés, la « Strain of the Year », devenu un événement attendu dans l’industrie : en 2024, la Super Boof, hybride issu d’une Black Cherry Punch et d’une Tropicana Cookies, a été distinguée.

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