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Ethan Russo

Ethan Russo

Ethan Russo est neurologue, psychopharmacologue et l’un des chercheurs les plus influents sur le cannabis médical. Théoricien de l’effet d’entourage et ex-conseiller médical de GW Pharmaceuticals, il a publié plus de 70 articles scientifiques.

Ethan Russo n’est pas un militant du cannabis. C’est un neurologue certifié, un psychopharmacologue rigoureux, et l’un des scientifiques qui ont le plus contribué à transformer la façon dont la médecine comprend la plante cannabis et ses interactions avec le corps humain. Sa carrière est un fil conducteur entre la clinique neurologique de Missoula, Montana, les essais cliniques de GW Pharmaceuticals, et les théories qui fondent
aujourd’hui le cannabis médical moderne.

De la pédiatrie à la neurologie cannabinoïde

Ethan Russo est diplômé en psychologie de l’Université de Pennsylvanie (1973) et en médecine de l’Université du Massachusetts (1978). Il complète sa formation en pédiatrie puis en neurologie à l’Université de Washington, et exerce comme neurologue clinicien à Missoula, Montana, pendant environ vingt ans tout en occupant des postes de faculté en sciences pharmaceutiques à l’Université du Montana et à l’école de médecine de l’Université de Washington.

C’est dans la pratique clinique que naît son intérêt pour le cannabis : face à des patients souffrant de migraines réfractaires, de douleurs chroniques et d’épilepsie résistante aux traitements, Russo commence à explorer la littérature historique sur les usages médicaux du cannabis, une plante utilisée comme analgésique depuis au moins 4 000 ans avant d’être bannie des pharmacopées modernes pour des raisons politiques plutôt que scientifiques.

L’effet d’entourage : la théorie qui a tout changé

En 2011, Russo publie dans le British Journal of Pharmacology un article fondateur intitulé « Taming THC: Potential Cannabis Synergy and Phytocannabinoid-Terpenoid Entourage Effects » (Maîtriser le THC : synergies potentielles du cannabis et effets d’entourage des phytocannabinoïdes et des terpénoïdes). Il y développe et formalise le concept d’effet d’entourage : l’idée que les cannabinoïdes, les terpènes et les flavonoïdes du cannabis agissent en synergie, produisant des effets thérapeutiques supérieurs à ceux de chaque molécule isolée.

Cette publication devient l’une des plus citées de la littérature cannabinoïde. Elle fonde la justification scientifique des extraits full-spectrum face aux molécules purifiées, et influence directement les décisions de formulation de nombreuses entreprises pharmaceutiques dont GW Pharmaceuticals avec le Sativex (ratio 1:1 THC:CBD, une formulation inspirée en partie par les travaux de Russo et de Geoffrey Guy).

Russo est aujourd’hui considéré comme la figure de référence mondiale de la recherche sur l’effet d’entourage. Sa thèse est constante : avec les cannabinoïdes purs, la courbe dose-réponse est biphasique une dose trop faible ou trop haute réduit l’efficacité. Avec un extrait complet, la courbe est linéaire et plus prédictible.

Il explique ainsi dans une interview que « l’effet d’entourage a été décrit pour la première fois autour des endocannabinoïdes. Les chercheurs ont observé que des matières chimiques inactives placées avec des composants tels que le CBD et le THC augmentaient considérablement les effets anti-inflammatoires. Et c’est tout là où réside l’effet d’entourage : l’effet global est plus puissant que les composants individuels. En tant que chercheur, cela m’a vraiment plu; c’était un concept que j’ai toujours senti présent dans le cannabis. Depuis, j’ai fait beaucoup de travail pour essayer d’établir certaines de ces relations. »

Et favorise grandement les approches synergétiques plutôt que des extraits isolés, pour une raison simple : « Avec les cannabinoïdes purs, il peut y avoir une courbe dose-réponse biphasique. Cela signifie qu’une faible dose ne traite pas nécessairement la douleur, une dose moyenne le fait, mais à une dose plus élevée, vous perdez les avantages. Lorsque vous avez un extrait, vous obtenez une dose-réponse qui est une pente constante vers le haut; en d’autres termes, vous bénéficiez de bienfaits sur la douleur quelle que soit la dose et vous n’obtenez pas cette baisse à des doses de plus en plus faibles. »

Conseiller médical de GW Pharmaceuticals (2003-2014)

De 2003 à 2014, Russo est Senior Medical Advisor et médecin investigateur pour GW Pharmaceuticals. Il supervise plusieurs essais cliniques de phase I à III du Sativex pour la douleur cancéreuse résistante aux opioïdes, et participe aux études cliniques sur l’Epidiolex pour les épilepsies pédiatriques réfractaires. Son travail contribue directement à l’approbation réglementaire des deux seuls médicaments dérivés du cannabis approuvés dans le monde.

Le cannabis comme réponse à la crise des opiacés

Autre axe de travail sur lequel Ethan Russo s’est penché, utiliser le cannabis pour réduire les dommages de la crise américaine des opiacés.

Il fait le constat que le cannabis médical est utilisé depuis les débuts du 19è siècle au Royaume-Uni, en notant que le cannabis était utilisé pour réduire l’intensité des symptômes de sevrage de la morphine et éviter la détresse gastro-intestinale qui peut accompagner la consommation d’opiacés. Mais il base surtout sa réflexion sur l’action du cannabis sur le corps comparée aux opiacés.

« Les opioïdes tuent 80 Américains par jour. Le cannabis n’a jamais tué personne. La raison ? La façon dont les récepteurs cannabinoïdes sont déployés dans le cerveau. Les surdoses d’opioïdes provoquent régulièrement la mort en surchargeant les récepteurs opioïdes dans les centres cardiorespiratoires du cerveau, avec pour résultat une « dépression respiratoire » qui pousse les utilisateurs à simplement arrêter de respirer et à mourir. Alors que le cerveau est riche en récepteurs cannabinoïdes, il n’existe presque pas de récepteurs cannabinoïdes dans les centres cardiorespiratoires du cerveau », et donc d’arrêt cardio-respiratoire pour les consommateurs de cannabis.

Déficit endocannabinoïde clinique : une hypothèse structurante

Russo est également l’auteur d’une hypothèse thérapeutique qui suscite un intérêt croissant : le déficit endocannabinoïde clinique (Clinical Endocannabinoid Deficiency). Il propose que certaines pathologies chroniques (migraine, fibromyalgie, syndrome du côlon irritable) pourraient résulter d’un fonctionnement insuffisant du système endocannabinoïde, et que le cannabis médical pourrait compenser ce déficit de façon similaire à ce que fait un supplément hormonal.

PHYTECS, CReDO Science et la suite

En 2014, Russo co-fonde PHYTECS, société de biotechnologie dédiée à la recherche sur le système endocannabinoïde humain. En 2020, il fonde CReDO Science avec Nishi Whiteley, axé sur le développement de technologies de rupture affectant le système endocannabinoïde. Il sert également comme Chief Medical Officer chez Andira Pharmaceuticals et conseiller médical senior chez Canurta.

Russo est ancien président de l’International Cannabinoid Research Society (ICRS) et ancien président de l’International Association for Cannabinoid Medicines (IACM). Il a publié plus de 70 articles dans des revues à comité de lecture, rédigé sept livres sur le cannabis et les plantes médicinales, et formé des professionnels de santé dans plus de 30 pays.

Il a été photographié aux côtés de Raphael Mechoulam, le père de la recherche sur les cannabinoïdes, qui a isolé le CBD en 1963 et le THC en 1964, une image qui symbolise la continuité d’une science du cannabis construite patiemment, décennie après décennie, contre le stigmate et l’interdit.

Ethan Russo et Raphael Mechoulam

Ethan Russo et Raphael Mechoulam

« Le meilleur reste à venir »

Dans un épisode du podcast Cannabis Enigma, Ethan Russo a déclaré qu’en matière de cannabis médical, « le meilleur reste à venir ».

« Pour la plupart, dans le monde entier, nous avons encore affaire à du cannabis qui est principalement riche en THC et en myrcène, qui va être très sédatif, produisant ce que nous appelons familièrement, l’effet couch-lock, où la personne se sent clouée au canapé » explique-t-il. « Cela peut donc convenir à la personne qui essaie de s’endormir, mais ce n’est pas du tout bon pour la personne qui pourrait avoir besoin de travailler ou d’étudier, et rester fonctionnelle, en particulier avec des douleurs chroniques. »

Alors que la compréhension des composés de la plante et des effets qu’ils procurent s’approfondit, le Dr Russo suggère que nous ne faisons que gratter la surface du potentiel thérapeutique du cannabis.

« Nous gagnerions vraiment à avoir de meilleurs profils qui auraient moins de myrcène, plus d’équilibre entre le THC et le CBD, ce qui va diminuer le profil d’effets secondaires et également avoir un profil bénéfique de terpénoïdes qui, encore une fois, peuvent réduire les événements indésirables associés et éventuellement aider avec d’autres paramètres, que ce soit l’inflammation ou l’humeur, explique-t-il. « Nous n’avons vraiment pas vu les capacités du cannabis correctement exploitées à ce stade ».

Le Dr Russo explique également comment les consommateurs de cannabis médical continuent de bénéficier à long terme des propriétés thérapeutiques de la plante, même si leur tolérance augmente.

« La beauté du cannabis est que, même si l’on s’habitue aux effets psychoactifs, les bienfaits sur tout ce que vous traitez demeurent. En d’autres termes, si nous avons un patient souffrant de douleur chronique et qu’il profite de la consommation de cannabis, tant que cet état est stable – il ne s’aggrave pas – nous ne voyons pas d’augmentation de dose au fil du temps et, en fait, il y a beaucoup de gens qui ont pris du cannabis à des fins thérapeutiques pendant des décennies et qui utilisent la même dose », ajoute-t-il.

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