Rick Simpson Oil (RSO)
La Rick Simpson Oil (RSO), également connue sous le nom de Phoenix Tears, est un extrait de cannabis brut non raffiné produit par extraction à l’éthanol. Elle porte le nom du Canadien Rick Simpson, qui affirme avoir guéri son propre cancer de la peau en 2003 grâce à un mélange maison d’huile de cannabis. C’est l’un des extraits de cannabis les plus connus dans l’univers du cannabis médical, et l’un des plus controversés.
Qui est Rick Simpson ?
En 2003, Rick Simpson reçoit un diagnostic de carcinome basocellulaire, un cancer de la peau. Déjà utilisateur de cannabis médical pour traiter des acouphènes et des vertiges consécutifs à une chute, il lit une étude du Journal of the National Cancer Institute montrant que le THC semblait réduire la croissance de cellules tumorales chez des souris. Il décide d’expérimenter.
Selon son propre récit, il prépare un extrait maison, l’applique sur ses grains de beauté cancéreux recouverts d’un bandage. Quatre jours plus tard, les excroissances auraient disparu. Il commence alors à cultiver son propre cannabis, perfectionne son mélange, crée le documentaire Run From the Cure sur YouTube et écrit The Rick Simpson Story. Jusqu’en 2009, il distribue gratuitement son huile à des milliers de patients. Il est finalement contraint d’arrêter pour des raisons légales.
Composition et caractéristiques du RSO
Le RSO est produit par extraction à l’éthanol : c’est techniquement un EHO (Ethanol Hash Oil) dans sa version la plus brute. La matière végétale est trempée dans l’alcool pour en extraire les cannabinoïdes, puis le solvant est évaporé à chaleur douce.
La chaleur appliquée lors de l’évaporation décarboxyle les cannabinoïdes acides, le THCA se transforme en THC actif, le CBDA en CBD. Le RSO est donc un extrait activé et fortement psychoactif, contrairement à certains extraits bruts.
Sa teneur en THC est typiquement supérieure à 60%, souvent entre 60 et 90% selon la qualité du matériau de départ. Il contient également l’ensemble des cannabinoïdes présents dans la plante (CBD, CBN, CBG, CBC…), mais peu de terpènes — la chaleur les volatilise en grande partie lors du processus d’évaporation.
C’est cette perte de terpènes qui distingue techniquement le RSO d’un vrai extrait à spectre complet (Full Spectrum Cannabis Oil ou FSCO), lequel préserve l’intégralité des composés bioactifs y compris les terpènes. Le RSO est donc riche en cannabinoïdes mais appauvri en terpènes, ce qui peut limiter l’effet d’entourage.
RSO vs huile CBD vs EHO : les différences
| RSO | Huile CBD | EHO raffiné | |
|---|---|---|---|
| Solvant | Éthanol | Variable (CO2, éthanol, huile porteuse) | Éthanol (cryogénique) |
| THC | Élevé (≥60%) | Faible (≤0,3% légal) | Variable |
| CBD | Présent | Dominant | Variable |
| Terpènes | Faibles (volatilisés) | Variables | Élevés si cryo |
| Décarboxylation | Oui (activé) | Variable | Non (si EHO brut) |
| Psychoactivité | Forte | Non | Variable |
| Usage principal | Médical / thérapeutique | Bien-être / médical | Concentré récréatif/médical |
Comment est consommé le RSO ?
Le RSO se présente généralement sous forme d’une huile épaisse, sombre et visqueuse, conditionnée en seringue pour faciliter le dosage. Il n’est pas fumé, sa consistance et sa teneur en résidus végétaux le rendent inadapté à l’inhalation directe.
Les trois modes de consommation principaux sont l’application topique directement sur la zone à traiter (peau, articulation), la prise sublinguale sous la langue pour une absorption rapide, et la prise orale en capsule pour des effets plus lents mais prolongés.
Le protocole de Simpson
Rick Simpson recommande sur son site un protocole de 90 jours utilisant 60 grammes de RSO au total, avec une montée progressive des doses :
- Semaines 1 à 5 : doses croissantes à partir d’une très faible quantité (environ la taille d’un demi-grain de riz, trois fois par jour)
- Semaines 5 à 12 : montée jusqu’à 1 gramme par jour
Il insiste sur le fait que la seule façon d’être certain de la qualité du produit est de le produire soi-même — il se dissocie formellement de tous les vendeurs en ligne qui prétendent commercialiser son huile.
Ce que dit la science
La communauté médicale et scientifique reste prudente et sceptique vis-à-vis des affirmations de Rick Simpson. Aucun essai clinique contrôlé n’a à ce jour validé le RSO comme traitement du cancer.
Ce qui existe : des études préliminaires et in vitro montrant que certains cannabinoïdes (THC, CBD) peuvent inhiber la prolifération de certaines cellules cancéreuses en conditions de laboratoire. Plusieurs études sur des modèles animaux ont montré des résultats encourageants. Mais le passage des résultats de laboratoire aux essais cliniques humains reste un saut considérable, non encore franchi pour le RSO spécifiquement.
Margaret Haney (Columbia University) et d’autres chercheurs soulignent le manque total d’essais cliniques en double aveugle sur le RSO. Les témoignages positifs de patients existent et sont nombreux, mais ils ne constituent pas une preuve scientifique.
En France, le RSO contenant plus de 0,3% de THC est une substance illégale : sa production, sa possession et sa distribution sont passibles de poursuites pénales. Les patients qui cherchent accès à des traitements cannabinoïdes doivent se tourner vers les circuits légaux du cannabis médical.
Controverse et imitations
Simpson a toujours une communauté de défenseurs et de patients qui témoignent de résultats positifs. Il a également généré une vague d’imitations commerciales qu’il réprouve publiquement — son site précise qu’il ne produit ni ne fournit plus son huile et se dissocie de tout vendeur commercial utilisant son nom.


