Légalisation canadienne du cannabis : aléas et déconvenues

marché noir

Cela fait moins de trois mois que le Canada a légalisé le cannabis le 17 octobre dernier et les problèmes sont déjà légion dans l’industrie canadienne du cannabis : pénuries, plaintes contre le système en ligne (défaut de remboursement, retards, pauvre service après vente), retards de production, retard de régulations pour certaines provinces, produits rappelés, licences retirés, prix excessifs… Les doutes et les questions qu’avaient soulevés les premiers jours de la légalisation se vérifient aujourd’hui : l’état actuel de l’industrie ne permet pas de satisfaire la demande et n’est pas en capacité de concurrencer le marché noir.

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Le marché noir capte 50 % des consommateurs

Depuis le 17 octobre, le gouvernement a récolté des données auprès des consommateurs de cannabis pour évaluer leurs comportements de consommation et le degré de satisfaction générale vis-à-vis du système en place. Les canadiens étaient invités à répondre à des questions au travers de l’application de crowdsourcing de Statistics Canada. L’agence a ensuite agrégé et analysé les réponses de 385 répondants depuis le 17 octobre et jusqu’au 31 décembre. Elle a trouvé que 52% des répondants ont acheté leur cannabis par voie illégale. Parmi eux, 22% l’ont fait à cause du manque de diversité et de qualité du cannabis légal, 36% l’ont fait à cause de difficulté d’accès et 42% à cause du prix élevé du cannabis légal.

A cause des prix élevés

Les données de Statistics Canada ont permis de mettre en lumière une augmentation importante du prix du cannabis depuis la légalisation. Le prix du cannabis légal est en moyenne de 9,70$ le gramme contre 6,51$ sur le marché noir. Le prix du cannabis légal est loin d’être compétitif et les consommateurs qui achètent leur cannabis par voie légale en achètent moins. La quantité moyenne de cannabis par achat et par personne est de 8,3 grammes par voie légale contre 17,2 grammes sur le marché noir. Non seulement 52% des répondants se fournissent illégalement mais deux fois plus de cannabis est acheté par cette voie que par voie légale. Le Canada est pour l’instant loin de son objectif de concurrencer et faire disparaître le marché noir.

Les prix élevés sont notamment dus au poids des régulations sur l’industrie comme les contraintes d’emballages par exemple. Ils s’expliquent aussi par le coût des régulations pour l’État : « cela coûte un demi million [$CA] par an de faire respecter les règles et les régulations inscrites dans le Cannabis Act » explique David Clement du Centre de Choix du Consommateur. Ce coût est reporté sur les producteurs via des taxes et des frais d’administration qui se répercutent à leur tour sur le prix de vente. « Les taxes et les frais créent des prix élevés au début et le manque de compétition les empêche de baisser » ajoute David Clement.

A cause de la qualité médiocre

Les répondants qui ont affirmé se fournir sur le marché noir à cause du manque de qualité et de diversité de l’offre de cannabis légal (22%) sont également ceux qui en consomment le plus (en termes de grammes par mois). Bien que l’échantillon ne soit pas forcément représentatif, il semble logique que les consommateurs réguliers soient les plus critiques envers la qualité du cannabis légal. Certains connaisseurs qui font des review de cannabis légal comme le site safebud.wiki ont détecté la présence d’insectes et de moisissures. Le producteur RedeCan Pharm a ainsi dû retiré plus de 25 kilos de produits du site de vente en ligne de l’Ontario après une série de plaintes de la part de consommateurs ayant trouvé des insectes ou de la moisissure dans leurs achats.

 

Pour Mark de SafeBud, ces review permettent d’éduquer le consommateur et de le sensibiliser au fait que les régulations gouvernementales et les prix élevés ne sont pas un gage de qualité. « En fin de compte, est ce que le gouvernement fait un meilleur travail que le marché noir, ou pire? » demande Mark. « Il est important que nous ayons de meilleurs contrôles qualité. Je m’en fiche si le produit est en retard, il doit être sûr et le consommateur doit avoir ce pour quoi il a payé. Pour ce genre de prix (…) sa qualité doit être garantie ». Un autre reviewer a récemment posté sur son twitter une vidéo de son achat de Casa Blanca, une variété produite par Organigram, remplie de graines. Il n’est pas concevable quand on achète quelques grammes de cannabis à un prix élevé et par voie légale d’avoir une telle quantité de produit non consommable.

Des pénuries qui n’en finissent pas

Les pénuries de cannabis légal ont frappé le Canada dès les premiers jours de la légalisation. Initialement estimées à quelques 12 ou 18 mois, il semblerait qu’elles dureront plutôt deux à trois ans, le temps que l’industrie s’adapte. C’est l’avis en tout cas de certains cadres de l’industrie comme Chuck Rifici, PDG de Auxly Cannabis Group : « Personnellement je pense que nous n’atteindrons un équilibre réel que dans trois ans ». C’est l’avis également de Greg Engel, PDG de Organigram Holdings et de Everett Knight, vice président pour la stratégie et l’investissement chez Valens Groworks.

D’après Vivien Azer de Cowen & Co, environ 50 % des produits en vente dans cinq provinces étaient en rupture de stock à la mi décembre. Face à cette situation, le gouvernement du Québec a fermé ses succursales trois jours par semaine, Alberta a stoppé le processus d’attribution des licences et l’Ontario, la province la plus peuplée du Canada, a limité l’accord de licences à 25 candidats dans un premier temps. Or, le manque de magasins pousse certains consommateurs vers le marché noir.

Cette situation affecte également le cours des actions du cannabis en bourse qui a diminué de manière constante depuis la légalisation. Il semble que pré-légalisation, Santé Canada ait sous-estimé la demande et les producteurs, les pertes et les retards. Ce mardi, Aurora Cannabis a annoncé qu’elle attendait un chiffre d’affaire de 38 à 42 millions de dollars pour juin soit 9 à 13 millions de moins que les 51 millions attendus. Cette annonce a fait chuter le cours de ses actions de 4,1 %. Elles s’échangent désormais à 5,07$ à la bourse de Toronto.

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